jeudi 25 juin 2009

Qui peut bien être l'auteur de cette statuette ?



Statuette en buis. Collection Brocard II

Petite et étrange statue. Elle mesure 15 centimètres, pas plus. Dans une caisse, au sein d'un fatras de flacons du siècle passé, elle était abandonnée. J'avais 19 ans et je fus séduit par sa facture, les lignes désuètes et les traces un peu frustres d'un petit burin.
Elle est en bois dur, dans ce buis vénérable qui entourait les villas romaines dans le temps.

A une autre époque, elle devait figurer sur une table, comme presse-papier ou comme œuvre plus emblématique. Puis d'une génération à l'autre, elle fut oubliée dans cette vieille maison.

La pose sensuelle inviterait à rechercher l'origine de ce travail. Il y existe une troublante ressemblance avec les formes de quelques découpages d'Henri Matisse.
Aujourd'hui elle habille mon bureau, au voisinage de quelques anneaux du Néolithique.

Mais qui peut bien être l'auteur de cette statuette ?

lundi 22 juin 2009

Nuage de tags et sujets manquants ?


Nuage de tags du blog "Sur les pas de la collection Brocard II"
Merci au site Wordle mapping.


Créer un nuage de mots clefs est une mode dans l'univers du web 2.0. Cette grande famille du nouveau web rassemblent aussi bien les sites de nouvelle génération, que les réseaux sociaux, ou les nouvelles dynamiques de partage largement nourries par les blogs et les wikis... Un web tribal, communautaire, nomade et électronique, loin et proche à la fois des dynamiques ancestrales de notre humanité ?

Depuis deux ans et demi, patiemment, billets après billets, de façon presque empirique, j'ai ajouté des mots clefs. Après moulinage dans la "machine" Wordle, il est étonnant d'observer la diversité et la cohérence de ces publications. Y apparaissent des signaux faibles en tout petit et des signaux forts en bien plus grand.

Finalement en un coup d'oeil, je pourrais me demander quels sont les sujets manquants ?

vendredi 19 juin 2009

Ils donnent le "LA" dans l'art aborigène


Nellie Marks Nakamarra, 2006, Kintore © 150 x 85 cm
Collection privée Brocard II.

Dans l'esprit du billet précédent, sur le B.A.B.A. de l'acheteur d'art aborigène à distance, je vous invite à porter attention aux évènements qui font le "LA" en Australie pour promouvoir des artistes, reconnaître ou lancer des talents...

4. Se tenir au courant des "Indigenous art awards"

Durant l'hiver australien, que vous soyez en Australie ou à distance vous aurez l'occasion de suivre sur internet les résultats et les catalogues des candidats pour les différents prix organisés chaque année dans le cadre de l'art aborigène.

Ces évènements vous montrent ce qui se fait de mieux dans ce domaine. Les artistes réservent en effet leurs plus belles toiles ou sculptures pour ces rencontres. Si les oeuvres sont à vendre, elles sont malheureusement bien souvent préemptées par les institutions nationales, des musées, des galeries ou des collectionneurs sur le haut de la vague.

Xstrata Coal Emerging Indigenous Art Award,
entre Juillet et Octobre
Organisé par la Queensland art gallery, il permet chaque année de révéler de nouveaux talents.

Telstra National Aboriginal & Torres Strait Islander Art Award (NATSIAA),
d'Août à Octobre
Celui-ci est assez extraordinaire. Organisé par le "Museum and Art Gallery Northern Territory" et sa directrice Apolline Kohen - française installée en Australie, précédement curateur du centre d'art de Maningrida - il couvre tous les différents médias de l'art aborigène, des écorces peintes... aux travaux sur papier. J'aime beaucoup la sélection de l'année 2008.

Le Desert Mob event
tout début septembre
Organisé par le Northern Territory Government, il est suivi de près par des collectionneurs aussi bien nationaux qu'internationaux.

La "Shalom Gamarada Aboriginal" art exhibition
entre la mi-juillet et fin juillet
On peut sentir beaucoup d'intuitions dans la sélection effectuée par Jessica Webb. L'exposition réunit le plus souvent des artistes en début de carrière. Le montant de la vente permet de financer la formation d'Aborigènes à l'université de médecine. Vous pouvez déjà commencer à découvrir une partie de la sélection pour l'année 2009.
Par contre ils ne semblent pas encore répondre...

Je vais acheter mon premier carré HERMES aborigène !



Bush medecine leaves by Gloria Petyarre © for HERMES.
Aboriginal art, Utopia

L'art aborigène inspire la maison de luxe Hermès...
Je découvrais enfin il y a quelques jours des clichés avec une bonne résolution du nouveau carré de soie de la collection été 2009, tiré d'une toile de l'artiste Gloria Petyarre d'Utopia.

Ses peintures déjà présentées ici ou sur le blog, figurent dans de nombreuses collections à travers le monde comme au musée de Seattle aux USA, ou sur la couverture de leur ouvrage.

Sur le site collaboratif Flickr je vous invite également à découvrir une très belle photo de Gloria en train de peindre dans son environnement.

Cela me donne envie d'acheter et d'offrir un carré Hermès pour la première fois. La légèreté du mouvement est tellement appropriée à un foulard.

La maison de luxe française a rétribué l'artiste de façon honorable et lui versera selon la règle du droit d'auteur, des royalties pendant près de 75 ans.
Une belle reconnaissance durable !

dimanche 14 juin 2009

Forger son regard pour mieux appréhender l'art aborigène



Cycle Tingari, par Nellie Marks Nakamarra
© Utopia.
Collection privée Brocard II.

... suite du billet précédent.

Aller au plus près de la source... Faire attention à la provenance, cela ne suffit pas vraiment pour passer à l'achat d'une peinture... Plusieurs fois des amis m'ont exprimé leurs craintes, cette porte ouverte sur l'inconnu du monde de l'art, avec ses règles, ses zones d'ombre...

C'est juste. Avant de laisser parler votre émotion, votre instinct, cela vaut la peine de forger son regard, d'appréhender le périmètre du terrain sur lequel vous envisagez de vous engager. Vous pourrez mieux y distinguer la qualité d'un tableau, son importance éventuel dans le mouvement artistique, la place qu'il occupe dans la production de l'artiste.

3. Forger votre regard en art aborigène

Vous êtes parisien, une visite du Musée du Quai Branly s'impose. Vous y retrouverez près de 20 toiles acryliques du désert central (avec les artistes Kathleen Petyarre, Dave Ross pwerle, Rover Thomas, Mick Namerari Tjapaltjari , Ronnie Tjampitjinpa...) et plus de 40 écorces peintes (de John Mawurndjul) principalement de la collection de Karel Kupka, quelques poteaux funéraires...

Vous êtes dans le nord de l'Europe, un détour vers le musée Aborigène d'Utrecht vaut la peine.
Des expositions thématiques conjuguent art contemporain et art aborigène dans un dialogue fertile.

Vous habitez dans le sud de la France, ne manquez pas l'ouverture du Musée des Confluences de Lyon, et les expositions d'art aborigène actuellement organisées dans les endroits emblématiques de la ville.

Vous pourriez également fréquenter les ventes aux enchères d'art aborigène, organisées par la maison parisienne Gaïa.

Ou bien suivre de près celles de Sotheby's en effectant une recherche sur le mot clef "Papunya" ou aboriginal, sans oublier la maison Christies. Les catalogues des ventes sont de temps en temps proposés sur eBay et offre une excellente documentation sur l'état du marché et des oeuvres de très bon niveau.

Un abonnement sur le site Art Price vous permettra également de vous faire une idée sur les prix de vente des tableaux, sur une échelle de temps de plusieurs années. En étant très attentif, vous pourrez même déterminer l'évolution des côtes, ou la marge de certains galeristes.

Allez rencontrer des spécialistes, dans les différentes galeries aborigènes en Europe.
Bien avant l'intention de vous vendre quelque chose, les galeristes seront enthousiastes à l'idée de partager leur passion. Ils savent que l'art aborigène se découvre étapes après étapes.

Sur Paris, le salon de Stéphane Jacob est assez réputé. Vous passerez la soirée à découvrir des peintures en dégustant du vin australien, le tout accompagné des conseils de ce spécialiste en art aborigène.
La galerie de Luc Berthier mérite également le détour, avec souvent de très belles expositions avec des oeuvres de la communauté de Maningrida, par exemple. Il s'apprête d'ailleurs à ouvrir une nouvelle exposition dans les prochains jours : "DERNIERS RÊVES" au 12 rue Jacques Callot 75006 Paris du 16 au 22 Juin inclus.
Différentes performances avec des artistes aborigènes sont de temps en temps organisées par la Galerie Yapa de Morteza Esmaili, située dans les contre-forts de l'église Saint Roch.

Sur Pont Aven, n'hésitez pas aller rendre visite à Marc Yvonnou dans sa galerie le "Temps du rêve". Il accompagne également les ventes d'art aborigène de la maion Gaïa en tant d'expert en art aborigène.

A suivre...

vendredi 12 juin 2009

Comment fais-tu pour acheter des peintures sur internet ? (1)


Violet Petyarre, Utopia. Peintures corporelles.
Collection privée Brocard II.

Le plus souvent, mes amis me demandent : "Comment fais-tu pour acheter des peintures sur internet ?". Tu risques de ne rien voir venir, d'être déçu. Ou bien de recevoir un faux, ou d'avoir le tableau bloqué en douane ?

Ils rajoutent. Moi, je souhaiterais pouvoir toucher la toile, l'appréhender dans son entier, ressentir. Et si c'est possible, la mettre en perspective dans mon intérieur, soit de façon virtuelle, soit de façon réelle avec un prêt temporaire d'un galeriste par exemple.

C'est compréhensible et légitime. Ils pourront ainsi la voir, se faire une idée et passer éventuellement à l'achat. Cela offre de beaux jours aux galeristes in situ. Tant mieux. Leur travail, en amont ou au delà de la vente en elle-même, favorise la promotion, une meilleure appréhension de l'art aborigène, par le dialogue et la rencontre. C'est utile et nécessaire pour inviter dans cette "famille des amateurs avertis".

D'autres comme moi se lanceront à distance. Peut-être pas la première fois. Il convient en effet de rentrer en art aborigène, d'être introduit, peut-être un peu "initié". Il est utile sans doute d'ouvrir les yeux sur un autre univers, d'autres codes picturaux, de changer un peu ses schémas mentaux. Cela suppose un contact, une discussion, tout du moins avec un amateur, collectionneur ou spécialiste.

Acheter à distance des œuvres d'art et aborigènes représente un risque. Je le reconnais et le prends avec enthousiasme et quelques précautions.

Sur ce marché, il n'y a plus de frontières, tout dépend de la qualité de l'offre. L'Australie bien entendu, mais Singapore, Paris, San Francisco, Amsterdam sont également des villes où figurent d'excellentes galeries d'art aborigène.

Y aurait-il un guide de l'acheteur d'art aborigène ? Je ne crois pas. Si je devais commencer une introduction sur le B.A.B.A. de l'acheteur d'art aborigène à distance, je soulignerais 6 points principaux :

1. Aller au plus près de la source
Il n'est pas toujours possible d'acheter directement auprès des artistes aborigènes.

Par contre les communautés ont bien souvent mis en place des coopératives artistiques autogérées par les artistes aborigènes eux-mêmes. Il s'agit d'une source de référence. Quelques liens utiles sur le site aboriginalart.org. Papunya Tula, Balgo, Yuendemu, Warmun, Maningrida... méritent à eux-seuls le détour.

Quand des communautés ne comportent pas d'organisation artistique, certaines galeries les représentent avec succès tout en respectant les principes communautaires. A titre d'exemple, pour le mouvement artistique de Bidyadanga, il convient ainsi de contacter shortstgallery.

Néanmoins si vous visez un artiste très recherché sur le marché, il se peut, en raison de la forte demande que très peu d'oeuvres soient disponibles par le biais de la communauté. Celles-ci ont en effet tendance à vendre les meilleures pièces à des galeries renommées afin de valoriser le travail des peintres. Il vous faudra donc soit commanditer une toile auprès de la communauté et attendre plusieurs mois, soit faire votre sélection chez d'autres acteurs du marché.

2. Faire attention à la provenance
Quand vous achetez une toile aborigène, prenez garde à la provenance. Certes, il y a assez peu de faux sur le marché. Le mouvement est récent et les artistes contemporains guère copiés.

Cependant l'art aborigène est un marché assez spécifique et la provenance garantit à la fois l'origine éthique de la toile - l'artiste n'a pas été spolié par un dealer très vénal -, que les possibilités de revente par l'intermédiaire des maisons de ventes aux enchères.

Si la question de la provenance n'est pas fondamentale pour des oeuvres petites, décoratives ou anciennes, elle devient assez centrale quand vous allez en direction d'oeuvres beaucoup plus conséquentes.

Dans tous les cas il conviendra de conserver la documentation sur l'origine de la peinture (facture, certificat, photographies...), la liste des acquéreurs successifs, les éventuelles expositions auxquelles l'oeuvre a participé...

A suivre...

mardi 9 juin 2009

Quelle est la différence entre une toile décorative et une œuvre d'art ?



Margaret Scobie. Bush Medecine Leaves. Utopia. 150 x 135 cm.
© Collection privée Brocard II.

Quelle est la différence entre une toile décorative et une œuvre d'art ? Vaste question posée par des amis il y a peu. Le sujet a certainement été traité ailleurs avec talent. Cependant dans le domaine de l'art Aborigène et en particulier de la communauté d'Utopia il prend une saveur particulière.

Certains galeristes diront en effet que la toile de Margaret Scobie ci-dessus est une peinture décorative. Certes elle ne porte pas un message "ancestral" lié aux temps du rêve (temps immémoriaux et mythologiques de la création du monde) mais traite des plantes médicinales collectées dans le bush australien. Elle pourrait être dés lors "décorative" car elle ne véhicule pas un sens ou message particulier ?

D'autres observeront les effets visuels produits sur la toile et parleront d'un caractère esthétique plaisant à l'oeil, sympathique, dans la ligne des œuvres d'autres artistes comme Gloria Petyarre, également sur les terres d'Utopia. Elle peut plaire tout simplement.

D'autres encore évoqueront l'importance de la production de tableaux de ce type dans une logique de multiplicité versus l'unicité d'une création. Cette déclinaison de très nombreuses fois d'un thème, les idées de répétition ou de séries multiples... ne conviendraient guère à l'idée d'œuvres d'art...

Je me souviens de la remarque d'un spécialiste, évoquant ces seuils de rupture, où naissent des individualités, des styles personnels, l'émergence d'un courant. Certains objets, certaines toiles sont les témoins de ces changements, de ces ondulations et deviennent presque des manifestes. En cela ils acquièrent un nouveau statut et flirteraient avec l'idée d'œuvre d'art.

Certaines personnes pourraient dire, cette toile séduit, flatte le regard, mais ne provoque pas, ne suscite pas de question. Elle est là c'est tout, présente, porte d'harmonie et c'est déjà bien suffisant.

Des amis évoquèrent les effets de mode, l'influence de conservateurs ou conseiller en art attachés à faire naître des artistes, à les valoriser. La logique de prescription pourrait être un passeport vers la reconnaissance d'une oeuvre d'art. C'est une question d'époque et de tendance.

Certains galeristes souligneront la rareté des œuvres disponibles, feront jouer l'émulation entre collectionneurs selon l'équation : ce qui est rare est cher, moins disponible et donc plus exceptionnel...

Le distingo entre objet décoratif et objet d'art pourrait être sans fin... Reste que je ne regrette pas l'acquisition de cette toile de Margaret Scobie (cousine de Gloria Petyarre et nièce d'Emily Kngwarreye) au tout début de mes aventures sur les chemins d'une collection. Un mouvement particulier du vent sur les feuilles, les subtilités bicolores de ces plantes médicinales, ouvrent une fenêtre vers un autre univers de guérison chamanique.