vendredi 9 mai 2008

Mais qui donc a inventé les barbelés ?

Sur les bords de la corniche d'Alexandrie, entre des blocs de pierre, le monde s'offre à moi derrière un voile de barbelés. Cette journée est pourtant riante, chaude, lumineuse. Les vagues clapotent sur les plages aux mille débris. La brise du large emporte l'odeur puante des poissons desséchés. Les couples musulmans s'effleurent la main un peu inquiet, en toute discrétion.

Vue lointaine. A quelques encablures de la côte, sur une frêle esquive, trois pêcheurs remontent leurs filets et piègent un poisson du jour, dans leurs mailles en nylon.

Vue rapprochée. Une autre grille se dessine à travers les barbelés. Certains s'y emprisonnent par le corps ou la pensée, face à l'inconnu, face à l'étranger...
Mais qui donc a inventé les barbelés ?

P.S. : le 24 novembre 1874, l'américain Joseph Farewell Glidden dépose le brevet du fil de fer barbelé. A lire également "le fil de fer barbelé, symbole du mal politique".

Age d'or suspendu des racloirs de ville

Dans nos villes, ces objets sont devenus insignifiants. S'ils n'ont pas disparu, ils restent presque invisibles. Au ras du sol, dédiés aux tâches les moins nobles, certains ont même oublié leur nom. On ne les appelle plus. Sans sonorité, ils sont suspendus dans le temps et la mémoire. Bientôt ils ne tarderont pas à prendre la tangente, sans regret.

Gratter, ôter, débarrasser... furent leur vocation. C'était l'âge tendre des villes, encore trait d'union entre différents univers. A un temps où la terre s'invitait au festin des rues, coulait, formait boue, tas, monticules et havre de paix pour graminés sauvages.
C'était l'âge d'or des racloirs.

Les pieds de la ville s'enfonçaient encore dans la glaise. Aujourd'hui, des mosaïques de pavés aux revêtements modernes, l'eau ne fait que passer. Elle ne se marie plus à la terre. L'herbe s'absente de ces lieux austères.

Ses heures sont comptées, mais ce racloir de 1850 résiste dans la ville de Marseille.
Il est tout petit, discret, dans son écrin d'asphalte. Il s'abrite dans l'ombre des marches d'une maison patricienne. Pour combien de temps encore ?

jeudi 8 mai 2008

Quelle idée de prendre en photo cet ancien garage ?


Devanture d'un défunt magasin, vieilles enseignes, publicités égarées sur une façade...
Nos villes gardent encore quelques secrets en surface et exhibent leurs tatouages.

Leur peau usée préserve quelques stigmates des anciens occupants, tandis que le ventre de la ville change, se transforme plus rapidement, devient loft, invite d'autres générations ici ou là.

Ces vestiges sont éphémères, l'apanage de quartiers un peu abandonnés, bien souvent en devenir. J'aime y marcher, les parcourir, à la chasse aux images.

Le touriste est absent de cette partie de Bruxelles. L'habitant vous regarde de façon étrange. "Quelle idée de prendre une photo de cet ancien garage ?".

mercredi 7 mai 2008

Hors sujet : out of the box

Ah les délices de la blogosphère et ces invitations lancées par nos amis de la toile. Celle-ci invite à dire 6 trucs sur soi, un peu spontané, avec légèreté si possible... Mon blog ne devait pas y répondre sans doute. L'archéologie, les déserts, la vie nomade, l'art aborigène... c'est une chose. En savoir plus sur l'auteur en est une autre. Merci à Sipane du Blog Détails, pour cette invitation lancée de Dubaï.

1. Je ne m'ennuie finalement presque jamais. Et avant que cela n'arrive, les livres, plantes, objets, amis, prennent le relais et invitent au dialogue.

2. La polyvalance est un must. Il n'est pas rare que je grignote un morceau, en surfant sur le web, tout en regardant la télé et "chattant" par intermitance sur Skype ou Facebook.

3. Après des années assez intensives mais pas trop sportives, j'avais formulé le projet de prendre un nouveau tournant et de réussir un Marathon. Ce fut le cas à Anvers l'an passé en 3h50. Je m'étais juré de ne plus refaire cette épreuve tellement c'est dur. Mais à nouveau, plus le temps passe, plus cette idée me titille.

4. Une lumière veille souvent tard le soir : je dors un peu en semaine et plus le WE. Il faut bien récupérer de temps en temps.

5. La peinture a changé mon regard sur les choses. Je vois des correspondances dans beaucoup d'univers. L'art s'invente continuellement dans des lieux ou espaces incongrus comme les plaques d'égouts, les jeux du lichen sur un rocher, les traces de rouille sur de vieux métaux...

6. Le monde des odeurs m'ouvre d'autres espaces. C'est une passion de famille, évoquée dans les autres blogs Roure et Brocard. Mais j'y reste un peu néophyte. Il me faudrait travailler mon nez. L'inviter à mémoriser, à combiner... La curiosité est là mais il y persiste tant de paresse.

Dans l'esprit du jeu, je transmets l'invitation à d'autres personnes s'ils acceptent de se prêter à ce portrait en quelques traits :
Will avec son bien instructif blog sur l'art aborigène,
Paul écrivain au long cours avec son blog Cahin-Caha offrant prose et poésies,
Espace Holbein pour son appréhension toujours fine et décalée du monde de l'art,
Regards Eloignés pour ses magnifiques photos et textes fort bien documentés dotés d'une forte densité philosophique,
Wanampi pour son blog proposant de l'art aborigène avec des mises en perspective spirituelles ou spatiales des peintures,
Sanza pour son blog Arts Premiers où de multiples expos mêmes anciennes reprennent vie dans leur jus.

mardi 29 avril 2008

Renaissance du phare d'Alexandrie : de l'anastylose à la création 2/2

Y. Vigouroux © CEAlex.

Ce projet pourrait bien voir le jour. Il s'agira d'une première. La ré-invention d'une des sept merveilles du monde. Le phare d'Alexandrie.
Le CEAlex dirigé par Jean-Yves Empereur est sur les rangs. Ses équipes en charge des fouilles sous-marines de la corniche de la ville, ont déjà remonté des flots quelques statues monumentales des Ptolémés.

Au cours des plongés successives ils ont également identifié sous l'eau d'immenses blocs de granit qui faisaient près de 12 mètres de haut. Il ne s'agit pas du fût de colonnes antiques, ni d'un banc pour d'autres géants, mais bien des immenses montants et du linteau de la porte du mythique phare.

Prenons de la hauteur. Laissons parler l'imagination. Nous voici guidé par un plan du projet évoqué dans un précédent billet.
On distingue bien la grandiose porte du phare, face à la mer, dans l'alignement d'une terrasse rituelle. Le phare était temple. Le temple était phare. L'emplacement face à l'immensité invitait à la spiritualité. Les bateaux pouvaient y accoster à l'occasion de cérémonies.

Sous le seuil de la porte figure le sous-bassement symbolique du phare antique. Lumineux, ouvert sur la corniche, il offrira un espace dédié à un musée accueillant les pièces fragiles du monument, tellement érodées par le temps.

Y. Vigouroux © CEAlex.

La nuit, un éclairage laser donnera du volume à l'édifice. Il suggérera la forme et la hauteur de l'édifice antique. De l'anastylose de la porte, composée des éléments d'origine, le phare se ré-inventera et prendra vie dans une déclinaison symbolique de lumière.

Il reste aujourd'hui à conjuguer les bonnes volontés et autorisations égyptiennes nécessaires...
La créativité des tailleurs de pierre, chefs de projet, architectes est là... Nous comptons sur eux et les mécènes, pour offrir ce monument à la ville d'Alexandrie. A suivre...

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lundi 28 avril 2008

Ré-inventer le phare d'Alexandrie : de l'anastylose à la création 1/2

Aujourd'hui un projet unique, enthousiasmant, fragile, s'apprête à voir le jour : l'invention du phare d'Alexandrie.
Inventer ? Ce mot pourrait surprendre. Re-créer, relancer, élever... pourrait être comme une hérésie sur le plan archéologique. Comment pourrait-on édifier à nouveau ce qui fut ?
Et pourtant cela reste possible avec une grande rigueur scientifique, en procédant à ce que le métier appelle une anastylose.
Il s'agit de la reconstruction à partir des éléments originaux du phare. Ceux-ci seront repositionnés à l'endroit initial où les blocs étaient situés dans le bâtiment lui-même.

Le phare a disparu au Moyen Age, absorbé par les flots. Il n'en reste plus rien de visible aujourd'hui.
Certains envisagent qu'une partie du fort de Quaitbay serait la base de cette défunte merveille du monde.
D'autres pensent que l'imaginaire reste le seul référentiel acceptable pour l'éternité. Un rêve, une mémoire enfouie, généreuse, exagérée, juste poétique.

Et pourtant le phare est bien là. Enfin une partie. Sous nos pieds. Sous les vagues tumultueuses de la rade d'Alexandrie. Les archéologues plongeurs de l'équipe de Jean-Yves Empereur trouvèrent différents blocs de granit. Après analyses, recoupements, débats... il devenait clair que ces pierres étaient les restes de la grande porte du phare.

Et pourtant tous ces éléments furent disséminées sous l'eau après un tremblement de terre. Aujourd'hui ils servent en partie de sous-bassement au fort du Moyen-Age. Sous terre ou sous mer le phare n'est plus. De toute façon il ne serait donc pas envisageable de le remonter dans son entier.

Cependant, sortir les pierres de l'eau. Elever à nouveau ce qui fut l'entrée rituelle du monument, juste cette porte, son linteau, semblerait possible.
Imaginez-vous demain passer sous cette ouverture de 12 mètres de haut...

Il s'agit d'un projet gigantesque, aux confins de l'archéologie, de la politique, du mythe entretenu d'une des dernières merveilles du monde...
On voyait il y a peu les plans d'anastylose du jeune et talentueux chef de projet et également tailleur de pierre, Y. Vigouroux. Ils font tout simplement rêver un simple amateur.

L'idée est belle, fragile, enthousiasmante pour cette ville un peu oubliée et pourtant si attachante. A suivre...

dimanche 27 avril 2008

Dialogue avec une tête de Papouasie Nouvelle Guinée


Cette tête de Papouasie Nouvelle Guinée affiche des proportions presque idéales. L'artiste a conservé en guise de front la surface brute du crâne. Beige, sablée, la texture de l'os reproduit à s'y méprendre la teinte d'un visage occidental. L'absence de matière au niveau du cuir chevelu permet de modeler au plus juste les parties plus charnues du reste de la tête. Il n'y a pas d'avancée marquée comme sur d'autres oeuvres de Papouasie. Ce visage est sobre, juste, respectueux sans doute des traits du défunt.

Les lèvres entrouvertes donnent l'impression d'entamer un dialogue. Les mots s'échappent. Les yeux ombrés de rouge interrogent, accompagnent cette discussion, soulignent comme une troublante inquiétude.

Les pommettes saillantes, aiguisées offrent une certaine jeunesse à ce chef, l'harmonie d'une époque où l'obésité était absente. L'inclinaison donnée par le commissaire de l'exposition renforce la mélancolie de cette oeuvre. Ce fut une brève rencontre marquante au musée de l'Océanie de la Vieille Charité à Marseille.

dimanche 20 avril 2008

De la meule au mortier en quelques millénaires

De la meule, même la plus ancienne, au mortier, il n'y a qu'un pas. Broyer. Ecraser. Réduire. Le principe reste le même. Des millénaires les séparent mais le mouvement persiste.

Je garde en mémoire, un petite plateau sous une grotte du Sahara Libyen. De nombreuses cuvettes dans le sol, circulaires, lisses, invitaient à passer la main. Des hommes du néolithique y préparèrent la farine, où d'autres ingrédients plus précieux, médicinaux.

Un creux nettement plus profond s'enfonçait de plus de 30 cm dans la pierre. Sans outil en métal, quelle patience avait-il fallu pour creuser la roche. Des jours, presque des semaines...

Quelle pouvait être son utilité ? Ce trou était bien trop profond pour moudre des grains. Par contre il devenait bien pratique pour un mettre un liquide. Nous avions peut-être en face de nous, l'ancêtre de la marmite ? Pas de feu dans l'âtre, absence de trépied, point de manche... Les mets étaient mis dans la cavité de pierre, remplie d'eau, puis des pierres chaudes se glissaient à l'intérieure. Les échanges ingénieux de chaleur permettaient de cuire les aliments.

Ce mortier fut chiné dans les Alpes de Hautes Provence, à Barcelonnette. Il n'existait pas dans le temps une cuisine sans son mortier. L'objet était indispensable pour préparer la soupe au pistou, l'aïoli et autres merveilles culinaires parfumées de Provence.

jeudi 17 avril 2008

Plaisir de l'effort créateur dans l'art aborigène

Karel Kupka. Un art à l'état brut. Edition Clairefontaine - Lausanne. 1962.
Peinture d'un poisson sur écorce. Lamjarad, clan Djauan. Beswick, 1956.

Il est des semaines, il est des soirs... Où le besoin de se nourrir prend le pas sur l'écriture, la rédaction. Bref, le fait de rédiger quelque chose. On pourrait y voir comme un vide, l'absence d'une inspiration, l'impression d'avoir tout dit, sous de nombreux angles.

En fait un silence tout relatif règne, presque fragile face aux armées d'objets. Ils sont là. Ils nous entourent. Comme de vieux meubles, ils craquent, parlent, chantent leur histoire. Cela devient une cacophonie des silences. Ils nous aliènent par leurs tailles réduites ou plus importantes. Ils nous lient dans et par la pensée avec les premiers propriétaires.

Certains eurent la parole rare. Ils ne dirent rien si ce n'est l'essentiel. Comme si tout à coup leur langue laissait échapper une pensée trop longtemps contenue, emprisonnée, concentrée, donnant le meilleur d'elle-même tel un absolu de parfum. Cette gestion du silence est un choix. Elle varie au sein des cultures, de l'Afrique à l'Asie. Où seul l'ancien, le sage a la légitimité d'élever la voix.

Cela revient à une invitation, pour travailler son intériorité. Il y existe de nouveaux espaces libres où le temps ne compte plus. La bobine du film s'arrête. La dernière page d'un roman se tourne. C'est un palier, une étape dans le cycle des échanges. La rythmique y prend même une belle tournure. Recevoir, apprendre, se construire, avant de donner à son tour.

En ce moment, dans cette parenthèse, je lis un beau livre de Karel Kupka, grand collectionneur d'art aborigène, dont la majeure partie de la collection est au Musée de Bâle ou du Quai Branly avec la fameuse "Grotte aux écorces". Le surréaliste André Breton y introduit la notion de "Main première". Morceaux choisis...

Dans l'appréhension de ces art primitifs... "il n'y a que le seuil émotionnel qui puisse donner accès à la voie royale; les chemins de la connaissance, autrement, n'y mènent jamais (1)."

"Un tel document vivant (NDRL : peinture)... nous dénude les racines de l'art plastique, il ébauche en nous une certaine réconciliation de l'homme avec la nature et avec lui-même (2) ."

"Ce n'est que le fait de peindre, nous dit Kupka, l'acte même de la création qui compte pour eux". Certaines peintures ne sont "uniquement produites pour le plaisir de l'effort créateur".

Les peintures selon Claude Lévi-Strauss, se référant à LLod Warner, servent "à définir une loi d'équivalence entre des contrastes significatifs qui se situent sur plusieurs plans : géographiques, météorologique, zoologique, botanique, technique, économique, social, rituel, religieux et philosophique. D'où l'immense intérêt de remonter à ce qui peut être le pivot d'un tel éventail".

"Que l'homme, aujourd'hui en peine de se survivre, mesure là ses pouvoirs perdus ; que celui qui dans l'aliénation générale, résiste à sa propre aliénation (3)", "recule sur lui-même comme le boomerang d'Australie, dans la deuxième période de son trajet (4)".

A suivre...

(1), (2), (3), André Breton, Main Première
(4), Lautréamont : Les chants de maldoror, Chant Sixième

mardi 8 avril 2008

Les boîtes aux lettres bâillent...

Sous un porche de la belle ville de Marseille... Les boîtes aux lettres racontent les habitants du lieu. Là où l'uniformité n'est pas dictée par des codes, la diversité s'installe, évoque des métiers, des passions, des oublis.

Un papier marbré habille la boîte aux lettres d'un relieur. Un restaurateur de tableau transforme un ancien châssis de peinture et accueille les surprises du facteur. Des points jaunes encadrent un nom et y soulignent l'équilibre prôné par l'ostéopathe.
Un peu plus loin, une porte métallique rose baille, une fois la clef perdue.

D'autres boites disposent de cadenas comme si elles conservaient quelques trésors. Certaines sont plus aériennes et respirent par leurs yeux ronds.
Dans l'ensemble, elles furent peintes, repeintes, ou restent rouillées, générations après générations.

Sur chacune, l'ambition ou l'anticipation des destinataire s'y lit. D'un côté les maigres attentes s'accommodent d'une petite boîte. De l'autre, les plus grandes offrent l'abri à des paquets ou lettres plus volumineuses...

Aujourd'hui, dans l'une, j'y dépose un message.
Il était destiné à vous lecteurs. Avant de revenir bientôt.

lundi 31 mars 2008

A la recherche du sens d'un panneau magique de Papouasie Nouvelle Guinée...

Evasion vers un village du Haut Sépik en Papouasie Nouvelle Guinée à travers ce panneau magique. Réalisé avec minutie par les hommes du hammeau de Kupkein, les multiples courbes, circonvolutions et visages suggérés portent un message puissant qui ne nous est cependant pas parvenu.

Je recherchais des exemples similaires dans différents ouvrages de référence sur la Papouasie Nouvelle Guinée comme le superbe livre d'art "New Guinea Art, master pieces from the Jolika collection of Marcia & John Friede". Ce fut peine perdue. Bien que. Certains motifs m'évoquent le travail sur des manches de dagues gravées dans l'os de casoar... Il pourrait il y avoir correspondance mais sans révélation pour autant du sens de cet oeuvre.

Je laissais donc parler mon imagination sur cet objet reçu aujourd'hui d'Allemagne. Avec toutes les réserves nécessaires, j'y distingue plusieurs niveaux de perception imbriqués les uns dans les autres.
Sur la droite de l'objet, deux cercles concentriques apparaissent comme deux yeux profondément enfoncés dans leurs orbites. Ils suggèrent la tête d'un grand esprit, étonné, l'arcade sourcilière relevée, le front plissé. Deux boucles terminent la partie droite comme une chevelure symbolique.

Regardez de plus près. Ces deux yeux sont également visages. L'individu se conjugue au pluriel. A travers ces yeux, plusieurs pensées figurent comme de nombreux esprits ancestraux qui vous observent.

Vers le centre du panneau apparaissent d'autres visages stylisés. De là à imaginer un ventre offrant l'abri à la descendance de deux grands ancêtres il n'y aurait qu'un pas. Il serait cependant un peu présomptueux de le franchir.

La partie gauche de cette plaque est plus étranges encore. Ce qui pourrait ressembler à des étuis péniens semble féconder une sorte de vague ou de fondement. S'agirait-il d'un panneau magique dédié à la fécondité ? D'une carte généalogique soulignant différentes générations ? Le mystère demeure. Mais mon imagination, rien qu'elle s'emballe pour cet objet si symbolique. N'est-ce pas l'apanage de l'art que d'inviter son observateur à une créativité contemplative et participative...

Dialogue dans l'intimité de la matière : un churinga de 1876

En Novembre dernier je postais ce billet. Depuis cherchant à numéroter différents objets, je déposais une fine couche de Paraloid B72 dilué dans l'alcool sur le verso de ce Churinga. Ce dépôt permet à l'encre de chine d'accrocher sans abîmer la patine, celui-ci pouvant disparaître avec un dissolvant approprié.

Munis d'un plumier, je m'apprêtais à écrire sur cette surface. Et curieusement, exactement à l'endroit où se trouvait cette nouvelle couche apparaissait en dessous des signes tracés à l'encre il y a des années. Les mots sont difficilement distinguables mais une date se détache assez nettement. L'année 1876. Ce Churinga est donc bien probalement du XIXe siècle, ce qui renforce son intérêt et sa rareté.
Il s'agit d'une année charnière pour les objets australiens depuis "l'Aboriginal Relics Act 1975" qui protège les reliques aborigènes créées avant 1876.

Que se passait-il cette année là en Australie ?

  • Alexandre et Georges Sutherland vendaient 120 000 exemplaires de leur livre sur "L'histoire de l'Australie".
  • Les six colonies disposaient de leur autonomie en restant toutefois sous l'autorité de l'Empire Britannique.
  • 1876, fut également l'année de la légalisation des syndicats (unions) en Australie...
  • La chasse à l'or battait son plein depuis son lancement en 1850. L'année 1876, 20 000 chinois investirent la région d'Hodgkinson à la recherche de l'or.
  • C'est également en 1876 que furent lancées les "Aboriginal schools" dans différents états, interdisant de parler les langues ancestrales.
  • Cette même année disparaît la grande femme tasmanienne Truganini (1812-1876), qui accompagna Georges Robinson dans ses explorations des tributs et symbolise l'esprit aborigène de cette région aujourd'hui. Elle ne fut enterrée d'ailleurs qu'en 1976 quand son corps fut rendu à sa communauté. On considère que 1876 fut l'année de l'extinction des Tasmaniens de souche avec le décès de cette dernière descendante. Ils étaient encore 47 en 1847...


Posé sur cette peau en cuir blond, un churinga indique le tracé du rêve de son propriétaire. Aide mémoire, objet sacré, il est profondément marqué dans la matière par les scarifications d'un mythe. Gardien de la mémoire il transmet son savoir, comme un témoin, de générations en générations. C'est un objet de proximité, qui tient bien dans la main. On s'imagine volontiers jouer avec le symbole d'une course relais et le transmettre au suivant.

Dans les communautés aborigènes on parle souvent de noms de peau. Aussi je m'amusais pour la photo à disposer ce Churinga sur cette ancienne valise de luxe, symbole du voyage, de l'itinérance, et jeu de correspondances entre la peau et le rêve. Patine, grain, teinte, tracés dialoguent entre eux dans cette intimité de la matière.

Ramages des pins de la Côte d'azur en 1920

Chaleur douce d'un soir. Rythme bruissant des vagues de la Méditerranée. Un pin jumeau offre dans un effet d'ombre chinoise ses rameaux à la lumière.

Ce fut sans doute un arrière grand-père qui prit ce cliché double en 1920. Une plaque de verre destinée à un Vérascope en fait. La teinte sépia accentue l'impression de douce quiétude de ce moment, juste quelques heures avant le couché du soleil.

Prendre place en ce lieu. Se lover au coeur de ce tronc. Ressentir les vibrations de l'arbre résistant au vent du large. Et contempler un temps la mer au balancement immuable...

mercredi 26 mars 2008

Un rare tiki en os Maori

© Musée de l'Océanie, Vieille Charité, Marseille.

A l'occasion d'un passage à Marseille, je découvrais ce magnifique Tiki de Nouvelle-Zélande dans le musée d'Océanie de la Vieille Charité. Sa forme comme sa matière m'intriguèrent. Le plus souvent les hei-tiki sont travaillés dans du jade alors que celui-ci semble dans une matière non minérale. Portés autour du cou, générations après générations, les détails de la sculpture finissent par s'émousser sur la pierre tandis que celle-ci se drape d'une belle patine grâce à l'acidité de la peau.

L'oeuvre ci-dessus comporte encore de fines spirales telles les multiples circonvolutions observées sur les bustes et visages du peuple Maori. Ces artistes disposèrent également des yeux en nacre, offrant un effet de brillance captant le regard d'une façon presque hypnotique, accentuée par les cercles concentriques entourant ces yeux.

Sur un des panneaux explicatifs qui accompagnent chaque objet du musée, je découvrais fnalement que cette étrange matière proche de l'ivoire, n'était rien d'autre qu'une rare sculpture réalisée dans un fragment d'os d'un crâne humain. Cette tête devait être précieuse. Autant que le jade pour justifier une telle création. Chef d'un ennemi, d'un sage, d'un ancêtre vénéré ? Le mystère demeure...

Le musée de l'Océanie réservait d'autres superbes surprises. A ne pas manquer si vous passez par Marseille.

lundi 24 mars 2008

Vente aux enchères chez "Menzies Art Brands" le 19 mars

© JUDY WATSON NAPANGARDI. By Menzies Art Brands.

Autour de 20 oeuvres d'art aborigène étaient à l'honneur de la dernière vente aux enchères "Dreaming" de la maison Menzies Art Brands à Melbourne, le 19 mars dernier.
Les acheteurs semblaient en revanche plus réservés que d'habitude.
Cependant quelques toiles majeures ont atteint des sommets, comme celle de Judy Watson Napangardi, en illustration de ce billet. Peinte en 1995, elle représente avec une grande finesse le rêve des femmes sur un support en lin conséquent : 193 x 367 cm. Il s'agit d'un record pour l'artiste. A noter également, le lot 244 avec une autre toile de Judy.
Plusieurs peintures de l'artiste Emily Kame Kngwarreye, que l'on comparait volontiers de son vivant à la "Matisse du désert" attirèrent l'attention avec différents lots : Big Yam Linear 1995, Kame Colour 1995, Wildflower 1994, Wildflower 1996, ...
Une oeuvre magnifique, Mina Mina, avec les célèbres filets perlés de Dorothy Robinson Napangardi ne faisait pas mentir les estimations mais se trouvait plutôt dans la fourchette basse.
Inversement une toile de Freddy Timms, Warmun - Turkey Creek 1995, ne trouvait pas preneur, en dépit d'une composition d'ochres magnifique.
Une réalisation assez remarquable du cycle Tingari, par Ronnie Tjampitjinpa, mérite le détour.
Clifford Possum Tjapaltjarri était également à l'honneur avec quelques toiles d'envergure comme Men's Spider Initiation 1999, ou Fish and Honey Dreaming 1999.
Enfin les grandes peintures étaient sur les devant de la scène lors de ses enchères, avec le sujet "Spear Straightening 1997" de Turkey Tolson Tjupurrula, offrant les lignes sinueuses en pointillé de couleurs ochres sur une toile de 211 x 364,5 cm.

dimanche 23 mars 2008

Exposition aborigène "Peindre pour vivifier la terre" à Dijon

Je reprends dans ce billet l'annonce d'une exposition d'art Aborigène à Dijon. Après celle de Nice au Mamac, on observe un intérêt de plus en plus marqué en France pour ces artistes "nomades".

"L'exposition “Peindre pour vivifier la terre” présente des oeuvres de communautés importantes et de peintres dont les noms parleront aux connaisseurs : Naata Nungurrayi, Kenny Williams Tjampinjimpa, Ningura Napurrula, Rusty Peters, Nyurrapaya Bennett Nampinjimpa, Mitjili Napurrula, Jeannie Petyarre..."

L'exposition comporte une quarantaine de toiles acrylique sur lin, principalement d'artistes de Papunya Tula ou école du désert central (Pintupis, Warlpiris, Pitjantjarras), mais aussi quelques oeuvres d'Utopia et des toiles du Kimberley (école de Turkey Creek) réalisées en pigments naturels issus de la terre australienne.

"Entrer dans un autre paradigme. La conférence donnée 3 jours de suite à 17 heures par Michèle Panhelleux-Ferlin, arthérapeute et spécialiste de peinture aborigène, permettra d'entrer pleinement dans cette peinture “agissante”, bourrée de sens, et de faire sentir l'univers mental du peuple étonnant qui la produit."

Thèmes et dates des conférences:
-Divas du bush. Peinture et secrets de femmes : Vendredi 11 avril, 17 h
-L'art médecin : Samedi 12 avril, 17 h
-La peinture au tribunal : Dimanche 13 avril, 17 h

RDV, la Galerie “L'espace de l'Encadreur”. Située dans le centre de la ville de Dijon, près de la place des cordeliers, la Galerie “L'espace de l'Encadreur” a choisi d'exposer, pour la première fois à Dijon, l'art aborigène d'Australie, pour faire connaître et apprécier aux amateurs d'art cette peinture hors du commun et lui donner la place qu'elle mérite dans l'univers de l'art contemporain. Un projet de Christian Tiercin et Michèle Panhelleux.
Source : http://www.rondpointdesarts.com/modules/news/article.php?storyid=467

jeudi 20 mars 2008

Expo aborigène à Nice au MAMAC (Février)

A l'occasion de la découverte d'une vidéo de France 3 sur cette exposition au MAMAC à Nice, j'en profitais pour le partager sur le blog. Cependant celle-ci fut supprimée quelques jours plus tard. Reste quelques informations sur les peintres présents.

Cette expo à Nice réunissait autour de 60 oeuvres d'art aborigène, provenant d'une collection privée, avec quelques grands artistes comme Kathleen Petyarre, Naata Nungurrayi, Clifford Possum Tjapaltjarri, Mitjili Napurrula, Lorna Fencer Napurrula... et bien d'autres.

C'était "jusqu’au 10 février au MAMAC, introduction à l’histoire de l’art aborigène contemporain des déserts du centre et de l’ouest australien".

Au delà d'une perception uniquement ethnographique de l'art aborigène, l'exposition du MAMAC, consacre à mon sens la place que la peinture aborigène commence à occuper sur le terrain de l'art contemporain, avec des jeunes artistes occidentaux également marqués par ces formes picturales uniques, dans une sorte de dialogue et vocabulaire des millénaires.

mercredi 19 mars 2008

La version féminine des cycles des chants Tingari

Des points crême juxtaposés les uns aux autres finissent par dessiner des lignes courbes. La composition complexe a été anticipée, construite, disposée spatialement dans l'esprit de l'artiste avant de venir habiter la toile. Elle n'est pas le fruit d'un esprit tourmenté aux troublantes circonvolutions. Bien au contraire, elle s'affirme comme un modèle d'équilibre, un écho à une longue tradition orale. Elle porte le message d'un rêve, l'héritage de générations d'Hommes fiers sur la terre rouge du désert d'Australie.

La discrétion des artistes aborigènes sur le sens profond de leurs toiles introduit quelques imprécisions sur le titre de certaines créations. Face aux oeuvres de Nellie Marks Nakamarra, certains voient les symboles du "Dry River Bed", d'autres du "Turkey Creek Dreaming", ou bien de "Tali", toujours face aux même motifs... La vision du lit sinueux d'un fleuve est certes séduisante mais peu probable dans cette réalisation.

Le sens est ailleurs, plus loin encore, ancré dans la topographie des lieux autour de Talipinba, l'endroit où résidèrent les grands ancêtres, et où vit le jour l'artiste.

Ce fil rouge à travers les millénaires, cette lueur de connaissance entretenue en dépit des massacres, déportation des populations, laisse pantois et admiratif. Depuis si longtemps, tel un phare, ces mythes continuent de guider un peuple et l'invite de façon pressante à construire un futur dans le chaos moderne.
L'art aborigène s'illustre aujourd'hui comme une petite bougie allumée, porteuse d'espoir pour toute une génération déjà âgée, qui a soif de transmettre à son tour.

Sur cette toile, Nellie représente la version féminine du Rêve du cycle Tingari, toute en rondeur et en déliés. A l'inverse, les hommes expriment des formes beaucoup plus géométriques et anguleuses pour le cycle des chants Tingari.
Dans l'art aborigène, les Rêves peuvent se décliner dans une version male et femelle, suivant une sorte de bipolarité équilibrée, et complémentaire. Un sexe ne peut ainsi emprunter la dimension de l'autre.

De nombreux débats existèrent aux débuts du renouveau du mouvement artistique, aux alentours de la communauté de Papunya, dans les années 1970. Face au succès grandissant des peintures, certaines femmes empruntèrent le registre des hommes, se cachèrent pour peindre, évitant les grands conseils des sages. Les hommes répondirent en brouillant les frontières de la même façon dans leurs oeuvres. Puis tout se ré-équilibra.

mardi 18 mars 2008

Ils partirent la fleur au fusil...

A l'occasion des obsèques du dernier "poilu" de la Première guerre mondiale, Lazare Ponticelli, mort à 110 ans, je retombais sur ce dessin au crayon réalisé par un arrière grand oncle, Marcel Ferrand.
Ils partirent de Moscou avec son frère André, l'un à l'état major au service de traduction, l'autre dans l'aviation de guerre, comme pilote en 1914. Ils s'engagèrent pour l'Armée d'Orient en Salonique.

L'expression, "la fleur au fusil", qui illustra les livres d'histoire prend ici tout son sens. Tout devait aller très vite comme le suggère cet emblématique "A demain" sur le dessin avec un jeune soldat courant vers Berlin...

André revint de la guerre pour vivre ensuite en Pologne. Marcel resta dans les tranchés, quelques jours avant la fin des hostilités. Le suspens fut insoutenable pour ses parents qui n'apprirent son décès que quelques jours après la fin du conflit. Il n'y eut plus de demain pour lui...

Que ce maigre billet soit un hommage aux poilus de France, d'Allemagne, des colonies... Que la mémoire nous garde de la folie des hommes...

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dimanche 16 mars 2008

Art arborigene d'Australie vidéo

Art arborigene d'Australie
Vidéo envoyée par supervielle

En recherchant quelques vidéos sur l'émission d'Envoyé Spécial sur France 2 la semaine passées, je suis tombé sur cette émission anglaise digne d'intérêt, également sous-titrée en français.

"Les aborigènes d'Australie, 50 000 ans d'existence, une des plus vieilles civilisations vivantes sur terre. Comment ont-ils pu survivre depuis si longtemps, quasiment inchangés ; et que peuvent-ils nous apprendre?.
Ils utilisent aujourd'hui leur art pour nous faire partager leur vision et compréhension du monde."

Envoyé special : Aborigènes, la fin des rêves [1]

Envoyé special : Aborigènes, la fin des rêves [1]
Vidéo envoyée par enzo564

Quelques extraits de l'émission de France 2 la semaine dernière sur "Aborigènes la fin d'un rêve", avec deux vidéos mise en ligne.

"Ils sont la mémoire et le premier argument touristique de l’Australie moderne. Mais aujourd’hui les 400.000 aborigènes et leur culture millénaire sont à la dérive. L’alcoolisme, additionné à la pauvreté et au désœuvrement font des ravages. Alors, il y a quelques mois, le gouvernement fédéral a lancé une gigantesque opération militaire et sanitaire. Il s’agit officiellement de sauver les aborigènes d’eux-mêmes et souvent malgré eux : l’alcool et la pornographie leur sont désormais interdits. Les communautés indigènes sont plus que jamais surveillées, encadrées par des Australiens blancs. Opération humanitaire ou triomphe de deux siècles de colonisation et d’assimilation ? Emmanuel Ostian et Gilles Jacquier sont partis à la recherche de ce peuple enraciné dans ses terres et ses légendes. Le rêve y est le fondement de tout : c’est l’histoire de la création du monde. Mais il est en train de disparaître…"

Envoyé special : Aborigènes, la fin des rêves [2]

Envoyé special : Aborigènes, la fin des rêves [2]
Vidéo envoyée par enzo564

Quelques extraits de l'émission de France 2 la semaine dernière sur "Aborigènes la fin d'un rêve", avec deux vidéos mise en ligne.

"Ils sont la mémoire et le premier argument touristique de l’Australie moderne. Mais aujourd’hui les 400.000 aborigènes et leur culture millénaire sont à la dérive. L’alcoolisme, additionné à la pauvreté et au désœuvrement font des ravages. Alors, il y a quelques mois, le gouvernement fédéral a lancé une gigantesque opération militaire et sanitaire. Il s’agit officiellement de sauver les aborigènes d’eux-mêmes et souvent malgré eux : l’alcool et la pornographie leur sont désormais interdits. Les communautés indigènes sont plus que jamais surveillées, encadrées par des Australiens blancs. Opération humanitaire ou triomphe de deux siècles de colonisation et d’assimilation ? Emmanuel Ostian et Gilles Jacquier sont partis à la recherche de ce peuple enraciné dans ses terres et ses légendes. Le rêve y est le fondement de tout : c’est l’histoire de la création du monde. Mais il est en train de disparaitre…"

vendredi 14 mars 2008

Combinaison d'un rêve et de peintures corporelles

© Nancy Petyarre, Utopia.

Il existe dans cette peinture une sorte d'écho visuel et symbolique dans la juxtaposition d'arcs de cercle. Ils suggérent des collines et quelques correspondances avec le "Montain Devil dream" dont est dépositaire l'artiste Nancy Petyarre.
Cependant l'absence de petits points surlignants chaque motif, et rappelant le grain de la peau du lézard, pourrait juste souligner un lien avec ce rêve, sans que cette peinture le représente tout à fait. D'autant que le lézard y occupe une place prépondérante.

Nous pourrions ainsi formuler l'hypothèse que cette peinture s'attache plus à la représentation de motifs corporels peints sur la peau à l'occasion de cérémonies, tout en s'inspirant de la grammaire graphique du rêve du "Diable de la Montagne".

Nancy a utilisé sur cette toile des couleurs acryliques, avec néanmoins un choix très proche des pigments naturels, dans une déclinaison d'effets autour du koalin et des ocres. Ils offrent une palette subtile tout en harmonie avec l'environnement de la région d'Utopia.

jeudi 13 mars 2008

Aborigènes, la fin des rêves

A ne pas manquer ce soir dans l'émission "Envoyé Spécial", un reportage sur "Aborigènes, la fin des rêves", réalisé par Emmanuel Ostian et Gilles Jacquier. RDV à 20h55 sur France 2, ce jeudi 13 mars.

"Ils sont la mémoire et le premier argument touristique de l’Australie moderne. Mais aujourd’hui les 400 000 aborigènes et leur culture millénaire sont à la dérive. L’alcoolisme, additionné à la pauvreté et au désœuvrement font des ravages. Alors, il y a quelques mois, le gouvernement fédéral a lancé une gigantesque opération militaire et sanitaire. Il s’agit officiellement de sauver les aborigènes d’eux-mêmes et souvent malgré eux : l’alcool et la pornographie leur sont désormais interdits. Les communautés indigènes sont plus que jamais surveillées, encadrées par des Australiens blancs. Opération humanitaire ou triomphe de deux siècles de colonisation et d’assimilation ? Emmanuel Ostian et Gilles Jacquier sont partis à la recherche de ce peuple enraciné dans ses terres et ses légendes. Le rêve y est le fondement de tout : c’est l’histoire de la création du monde. Mais il est en train de disparaître…" Source : France 2

mercredi 12 mars 2008

Dualité et harmonie du monde chez l'artiste aborigène Gloria Petyarre

Manteau de plumes, cape de cérémonie... D'Hawaï à l'Amérique du sud, les hommes inventèrent ces objets précieux, composés des attributs les plus chatoyants des volatiles rares.

Au musée du Quai Branly, certains manteaux date du IVe siècle de notre ère. Conservés en haute altitude sur les crêtes des Andes, ils furent épargnés par le temps.

Lorsque je regarde cette peinture aborigène, l'image des plumes persiste. Trois teintes se combinent. D'un vert sépia, à l'orange vif, se muant en un blanc nacré dans les dernières vibrations du mouvement.

Dans des billets ici et , j'évoquais deux autres oeuvres réalisées dans le même esprit à Utopia. L'artiste aborigène Gloria Petyarre y présentait différentes déclinaisons développées par les feuilles des plantes médicinales.

Sur cette toile cohabitent plusieurs dimensions. Des jeux d'ondulation sont imprimés par l'alternance des couleurs et les effets subtiles de volume. Des figures géométriques apparaissent également sur les lignes dessinées par les crêtes des feuilles blanches. De les suivre conduirait presque à entrevoir les branchages d'un arbuste habillé de ces multiples feuilles élancées.

Ce sont peut-être deux univers qui alternent. Les ondulations portent un "souffle de guérison". La structure plus anguleuse pourrait suggérer le mal, qui prend d'autres chemins et s'évade.
Il pourrait tout autant s'agir des chemins empruntés par les femmes pour récolter ces précieuses médecines. L'artiste, maîtresse des rites, fort respectée dans sa communauté, pourrait nous en dire plus. Sa quête était peut-être tout simplement dans la célébration des propriétés de ces plantes, sous autre message que l'harmonie du monde.

lundi 10 mars 2008

Premiers pas d'une collection d'art aborigène

© Barbara Long Kngwarreye.

Suite au billet "Badinage de collectionneur...", je souhaite vous présenter d'un coup, quelques peintures et objets aborigènes collectées sur ces dernières années. Bien souvent des visiteurs du blog me disent avoir des difficultés à parcourir cette section d'une traite, étant peu familiers avec une navigation chronologique ou par l'usage des mots clefs.

Message entendu. Sous la forme d'une "liste à la Prévert", voilà près de 40 oeuvres rassemblées sur le blog, avec à chaque fois une illustration, une présentation et de temps en temps vos commentaires enthousiastes ou érudits.

Un billet sans image reste bien souvent austère. A l'occasion de cette publication, j'aimerais donc mettre en avant une oeuvre de l'artiste aborigène Barbara Long Kngwarreye, pas très connue, dont le travail est ici formidable à la fois par la complexité des sens suggérés, et la taille de la toile, autour de 170 x 150 cm. Elle fut également présentée dans un billet du blog en janvier 2007.

Vous pouvez choisir les billets en fonction du sujet. L'idéal est de commencer par la fin.
Ou bien vous pouvez ouvrir une grande partie des messages sur une page, les uns à la suite des autres. Pour cela il vous suffit de cliquer ici, puis en bas de page, de cliquer sur "messages plus anciens" pour visionner la suite.

Bonne découverte ou re-découverte.
Je vous souhaite une excellente semaine.

dimanche 9 mars 2008

Badinage de collectionneur II...

© Kathleen Petyarre, Utopia, commissioned to the Gallery Australis

A quelques jours près, cela fait 4 ans que je suis tombé en art aborigène. Je ne pourrais que remercier le musée d'Utrecht et son intéressante galerie du rez de chaussée. Grâce à elle, j'achetais ma première peinture.
Quelle bonne idée d'associer une galerie à un musée. Imaginez tous ces visiteurs après leur découverte d'une exposition. Face à la révélation d'un choc esthétique, certains se trouvent délaissés, abandonnés à leurs bouquins. Alors qu'une galerie attenante leur permettrait éventuellement d'entretenir la flamme naissante d'une passion pour l'art.

Certes, il serait difficile d'acheter aujourd'hui un Georges de la Tour, ou bien un Monnet. Mais l'enthousiasme soulevé par leur découverte, pourrait très bien se sublimer dans une oeuvre contemporaine accessible, dans la continuité de cette initiation réussie à l'art.
Combien de jeunes artistes seraient heureux de participer à cette symbiose "du musée... aux artistes" ?

Cependant acheter une peinture s'avère un chemin jonché de barrières psychologiques. Pour un même budget, une famille hésiterait bien moins face à un écran plat. Mais pour une peinture c'est différent, jubilatoire et stressant à la fois.
On hésite. On tente d'appréhender le montant. On a peur de se tromper.

Quelle est la fiabilité de mon goût ? Tel un chaland, peut-être me suis-je laissé séduire par la mise en scène de la galerie ? Ce vendeur, cette vendeuse ne m'ont-ils pas influencé ? Comment cette toile habitera chez moi ? Qu'en penseront mes proches ?

Les questions sont multiples. Presque comme si votre personnalité prenait un tournant. Un peu comme si vous changiez de monde.
Vous aimez l'art. Vous achetez des oeuvres. Et la cohorte d'évolutions et de qualificatifs jusqu'au stade de collectionneur. Vous devenez prêt à affronter le jugement des autres. Vous prenez des risques. Vous vous détachez du lot. Vous affirmez vos goûts dans l'achat d'une oeuvre...

J'ai du mal à expliquer ce premier stress d'hésitation. Des amis ressentirent la même angoisse quel que soit le montant de l'oeuvre achetée. Il pourrait il y avoir une explication très vénale. Laissons cependant de côté les spéculateurs. Ceux qui calculent par anticipation le montant investi aujourd'hui et de ce qu'il donnera demain. Et regardons plutôt l'acheteur néophyte, qui se laisse juste séduire par une toile représentant une bonne partie de son salaire. C'est une somme !

Il envisage de l'utiliser pour acquérir un tableau d'un artiste peu connu. Il y a vraiment un peu de folie là-dedans. Un geste