mardi 29 juillet 2014

Magie de la terre Australienne

L'expérience de la terre Aborigène

Il me manquait la découverte intime avec la terre Australienne, au delà des grands paysages, ou monuments emblématiques de cet île continent. Cette expérience de la terre que l'on goûte avec son palais d'enfant, ses doigts poussiéreux que l'on suce, cette odeur minérale étrange qui remplit le nez comme après l'orage d'un été.

© photo de l'auteur

Il me manquait le toucher du grain de cette peau rugueuse décomposée, carbonisée, brillante du mica au centre, lissée par des millions d'années d'érosion plus au nord, poreuse en mémoire des alluvions des anciens fleuves compressés vers le sud.

© photo de l'auteur

Le silence des immenses espaces

 Il me manquait le bruissements des feuilles desséchées par le soleil, les cris des cacatoès, l'accélération du lézard qui s'enfuit, le craquement sourd et inquiétant d'un eucalyptus grignoté sans fin par les termites gourmandes, le claquement sec de la roche refroidie après l'épreuve du jour. Ce silence des immenses espaces et l’importance accordée à la rencontre.

© photo de l'auteur

Il me manquait la lumière incandescente brûlant le pays, les roches cramoisie dés que la nuit s'annonce, avec pudeur, sous la langoureuse caresse des ancêtres fondateurs du monde.

Après deux mois en Australie et 13000 kilomètres parcourus sur les routes et dans les airs je reste marqué par la graphie géologique vue du ciel, œuvre du pinceau audacieux d'un improbable géant.

© photo de l'auteur

Scarification des dunes

La conjugaison des scarifications des dunes offre une alternance de rythmes, presque musicaux dans un balancement spatial. Leurs figures, enchaînements, perdurent, juste ombrés par une rare végétation.

Les aborigènes m'ont éveillé à la magie de leur territoire, par l'entremise de leurs peintures. Leur lecture artistique contemplative, narrative, mémorielle trouve dans une vue d'avion une transcription plus intime. Leur grammaire picturale et visions m'invitent à capter les nuances, les enchevêtrements, les harmonies, les chaos et les figures aléatoires presque fractales au sol.

© photo de l'auteur

Comme une graphie terrestre

En deux jours, je suis passé d’un périple à 80 mètres d'altitudes, à travers le pays, pour ensuite flirter avec les 3000 mètres. La graphie terrestre bouleverse la vision de l'espace, parle comme un autre langage et incarne les folies des créateurs.

Des mers de sel intérieures éclairent l'horizon. C'est spatial, lunaire, déconcertant.
Des espaces immenses, sans aucune végétation, offrent des nuances pastel, et dessinent l'empreinte d'un monstre, ou flirtent avec les jets de peinture de Pollock.

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L'aléatoire, s'offre le luxe d'une composition harmonique. J'aime la partition musicale de la terre Aborigène, comme le son sourd des forces telluriques. En clignant des yeux, je perçois presque comme un mouvement, une ondulation de la surface. La terre vibre, capte le regard, offre un terrain d'évasion dans les moindres circonvolutions.

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Les routes en terres Aborigènes pleurent avec l'érosion

Les routes de sables rouges tracées par l'homme au cordeau pleurent sur des kilomètres sous l'effet de l'érosion, comme des veines écorchées qui jamais ne cicatrisent.
A travers ces visions terrestres je comprends mieux la peinture des grands anciens... Au cœur du désert leur âme d'artiste semble lire l'invisible, décoder les fantômes en halo autour des rochers, les cris oubliés des ancêtres, la mélodie des pistes qui relie les lieux...

© photo de l'auteur


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