vendredi 3 avril 2009

De la collection contemporaine... au pays des ancêtres

Kirriwirri by Daniel Walbidi ©, Bidyadanga community. Yulparija Artists. *
100 x 60 cm. Provenance :
ReDot Gallery à Singapore

© Collection privée Brocard-Estrangin
Quel bonheur de fonder une collection, de la construire au fil des découvertes, de la nourrir de nouvelles acquisitions. Cette liberté comporte néanmoins son lot d'exigences. Surtout dans ses premières périodes autour de l'âge critique d'une trentaine d'oeuvres. Quelle direction lui donner ? Quel avenir envisager ? Un peu comme un ado qui s'ouvre au monde, envisage tous les possibles, rêve de conquêtes et d'une vie hors norme; la collection du commun des mortels commande de trouver la bonne mesure entre qualité et diversité, entre raison et folie des grandeurs.

Cela donne peut-être un poids supplémentaire, du mérite aux efforts de collection du quidam. Il ne peut tout embrasser, tout acquérir, avec la soif d'un Don Juan, sans limite. Il lui faudra sélectionner, renoncer, se polariser sur un artiste, un courant, quelques enthousiasmes. Ses efforts ne seront que des signaux faibles dans un océan de création. Son désir sera omniprésent, entretenu, hyper-sollicité, car jamais comblé, conférant une sorte de mouvement, d'élan à sa collection...
Quelle aventure formidable !

Un jour j'ai songé tout arrêter. Pas seulement ce blog mais également cette dynamique de collecter. J'ai ressenti alors l'impression que cet abandon sonnait le glas d'une collection, comme une membre que l'on coupe, une plante que l'on fauche dans la fleur de l'âge. Ce moment suspendu, indécis, me donna le sentiment d'un immense vide.

En regardant dans le rétro-viseur, j'ai aperçu différents petits morceaux de vie écoulée. Certains furent intensifs, comme il y a quelques années dans le monde associatif, puis professionnel. Puis j'ai traversé quelques épreuves et taquiné le mythe de Sisyphe. Ce fut un peu mon désert à moi...

Finalement, sur ces 5 dernières années, l'engagement vers l'art aborigène, l'éducation de mon regard, l'appréhension de la richesse d'une autre culture, et bien entendu la collection de tableaux, furent mon grain de folie, une réalisation marquante qui compte, un souffle qui donne un relief hors norme à un parcours.

La découverte de l'artiste Daniel Walbidi chez les galeries Short st Gallery in Broome ou chez le dealer APBond, marqua ce chemin. Sa palette de couleurs et la virtuosité des compositions donnèrent plus d'audace à mes choix artistiques. Je fus troublé par cette capacité d'innovation de la part d'un jeune artiste de 25 ans, en filiation et rupture à la fois avec les codes traditionnels de sa communauté.

"Je suis un artiste et nos anciens ont besoin de peindre..." expliquait-il ainsi à 16 ans quand il alla rencontrer tout seul Emily Rohr, galeriste à Broome. Ce fut l'étincelle et le départ du mouvement artistique de la communauté de Bidyadanga. Plus tard il soulignait les lignes directrices de sa démarche créative : "Je peindrai tout le pays de nos anciens, toutes les différentes régions qu'ils représentent. Ils sont le peuple du désert. Maintenant ils vivent à Bidyadanga, territoire de l'eau salé... Mes tableaux seront comme des cartes géantes".

(*) La toile de Daniel Walbidi présentée ci-dessus, provient de chez ReDot Gallery à Singapore où une très belle exposition est en cours. Elle représente Kirriwirri, le pays de son grand-père et de sa grand-mère. Il y dépeint la végétation complexe du désert, les lacs salés, et la danse des collines de sable. Cette nature, ce lieu emblématique est comme la maison familiale de son clan.
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