samedi 30 décembre 2006

Mythe et Réalité : visite à l'Ambassade d'Australie à Paris

Jusqu'au 7 janvier 2007, les derniers jours d'une exposition à ne pas manquer à l'Ambassade d'Australie à Paris. Mythe et Réalité : Art Aborigène Australien Contemporain du Désert central. Les tableaux proviennent de la collection privée montée par Gabrielle Pizzi.
Les oeuvres commanditées révèlent un niveau d'exigence très élevé. En terme de qualité d'éxécution. De dimension. Du rôle de tout premier plan des 70 artistes représentés.

La toile immense face à vous. Les vibrations des effets visuels. Les mystères des motifs. Tout cela invite à passer les frontières du désert. A traverser la toile. Et d'appréhender la mythologie orale et picturale des nomades. Véritables intellectuels du désert australien. Où tout se vit dans l'interiorité et la communauté.

Du lundi au vendredi, de 9h00 à 17h00 sauf jours fériés (fermé le 1er et le 2 janvier).
(métro Bir Hakeim, 15e arrondissement).

jeudi 28 décembre 2006

Jeux de pyramides

Déambulation dans les rues du Caire il y a quelques mois. A la recherche de quelques facades remarquables de la belle époque. Où le Caire invitait les plus grands architectes. Ils rivalisaient d'inventions. Et de concours en concours, d'immeubles en hôtels particuliers grandioses donnaient à la ville un nouvel écrin.

Nous sommes à deux pas de la pension Roma. Petit hôtel familial niché au 4 ème étage d'un immeuble sans âge. Les parquets y sentent bon l'encaustique. Les chambres y réveillent mes souvenirs d'enfance. Ces vieilles maisons d'un autre temps, aux mobiliers désuets, au point d'eau masqué d'un paravent. On s'y sent bien. L'ascenseur traversent ces étages de géant. Nous voilà plus bas dans le tohu bohu d'une ville de près de 18 millions d'habitants.

Jeux des couleurs d'une devanture de magasin. Quelques hésitations. Cadrage. Une passante passe. L'image est dans la boite.

Trois pyramides plaisantent en ville. Une jaune. Deux demi-rouges inversées. Le croisé des jambes noires. La ville moderne tisse sa toile vers le plateau de Gizeh.
La démarche volontaire de la passante. Saisie dans l'instant. De profil. Les mains posées. Un hiéroglyphe bien involontaire mimé en pleine rue. Clin d'oeil fruit du hasard. Passerelle entre deux mondes qui ne se reconnaissent pas. L'antique et le contemporain. Etranger l'un l'autre. Comme une autre histoire mais pas celle des Egyptiens d'aujourd'hui. Et pourtant un peintre du dimanche ose la chute et les correspondances !

mardi 26 décembre 2006

Une pierre comme sésame

Désert blanc l'hiver dernier. Cinq jours de marche. Vallée des champignons. Nous sommes au milieu du jour. Chacun recherche un peu d'ombre. C'est la sieste. L'endroit est magique, comme habité. Une invitation à découvrir le lieu. A rechercher quelques témoignages.

Nous passons deux heures à scruter les rides du sol, les pierres jonchées sur la surface. Du blanc immaculé des concrétions calcaires, au sable blond, les alternances picturales du sol sont pénétrantes.

La chaleur est accablante. Au loin, une pierre ronde se distingue et attire le regard. Une meule portative au grain si fin, patinée par un usage prolongé. Une présence s'affirme. L'endroit devient moins minéral, presque plus familié. L'objet révèle une présence. Jongle avec les sensations. Devient sésame pour traverser les siècles. Et comme un maillon vers d'autres témoins.
A quelques pas, apparait un magnifique couteau en silex taillé, jouant avec les veines de la pierre, sans hasard, dans une recherche presque artistique. Ce sont les seuls objets encore visibles. Au moment de rebrousser chemin, dans une matière noire, proche de l'obsidienne, une grande hache en silex taillé se détache du sable doré. Rien de polie pour l'instant. Nous sommes sans doute un peu avant le néolithique sur un lieu de campement provisoire.

L'homme a bien probalement commençé à moudre les grains collectés des années avant toute sédentarisation, il y a plus de 10 000 ans et les meules si petites permettaient d'apporter un complément alimentaire bien précieux aux nomades des lieux.

mercredi 20 décembre 2006

Vibration de l'éphémère

Alexandrie. L'histoire de la cité appartient au sol. Il y garde jalousement ses secrets intimes. Plus haut en surface, les murs s'amusent à répondre en écho aux civilisations passées. Les facades s'y abiment sans se soustraire au temps.


Quartier du souk aux légumes. Une paroi lumineuse, jouant de ses teintes annonce la mue biologique d'une cité réinventée, par couches successives, qui s'efface, apparaît, témoigne des lustres d'hier et de la palette colorée de demain.


Un tableau presque abstrait, fruit du hasard, conjuguant harmonie, fragilité, altérité des formes et matières. Bref une découverte au détour d'une rue, sans protection, magnifié, saisie d'un clic et si poétiquement éphémère.


mardi 19 décembre 2006

Découverte d'un artiste aborigène : David Ross Pwerle

Il y a quelques mois je découvrais l'artiste David Ross Pwerle à Paris chez Stéphane Jacob, spécialiste en art aborigène.

Un peintre du bush du désert central, autour de la région d'Utopia, dont la production d'oeuvre est relativement réduite. Aussi il n'est pas toujours évident de trouver ses tableaux.

Un contact m'indiquait que l'artiste était parti dans le désert sans revenir en ville depuis un certain temps.

La symbolique du tableau rejoint le mythe des chemins du rêve, avec une peinture puissante, équilibrée, mais sobre à la fois avec un fond sombre et uniforme renforçant la dynamique des motifs. Elle comporte différents niveaux de lectures soulignés par les effets de reliefs et de perspectives, et accentués par les symboles utilisés lors des rites d'initiation.

Si vous observez les jeux de courbes, ils représentent souvent des personnages quand ils sont associés à différents éléments liés à la chasse ou à la collecte pour les femmes, dans les grandes traditions de la culture nomade.
Je suis à chaque fois étonné par les similitudes qui existent avec des représentations "chevelues" gravés sur les pierres dressées souterraines des chemins des dolmens de Bretagne. Des correspondances sans doute à explorer...

Dans l'esprit des peintures de la communauté de Papunya, cette oeuvre reprend les couleurs traditionnelles utilisées par les hommes. Les hommes et les femmes ont chacun des droits spécifiques liés aux rêves, hérités de leurs ancètres au sens large, les liens de parenté étant fort complexes et parfois symboliques.

Pour découvrir d'autres oeuvres de cet artiste, les Lyonnais pourraient faire un tour au Musée de la ville qui dispose d'une section aborigène avec quelques peintures majeures, au Musée du Quai Branly à Paris, ou un peu plus loin au Musée Aborigène d'Utrech en Hollande.

lundi 18 décembre 2006

Alexandrie : un ventilateur des années 20

Un aprés-midi à la recherche des splendeurs passées de la ville d'Alexandrie, riche cité occidentale au début du XXe siècle, véritable Genève du proche orient. Les bibelots des

anciennes villas se retrouvent souvent dans le quartier des brocanteurs : vases Gallé, lustres vénitiens, argenterie anglaise, meubles anciens, souvent plus dorés les uns que les autres...
Certains magasins sont aussi bien rangés que des vitrines européennes. D'autres regorgent d'un fatras impossible. Au détour d'une rue, une petite échoppe bien agencée. Nous avançons et un ventilateur magnifique attire mon regard. Une hélice en laiton de grande taille. Un moteur en état de marche, converti au 220 volts. Démonstration à l'appui, il tourne en silence. Je ne peux m'empêcher de demander le prix. Nous discutons. Le poids est un problème pour l'avion. Presque 10 kilos. Alors que déjà après quelques emplettes au Caire je ramène des livres reliés, quelques tissus, épices, savons d'Alep, boite de thé et aquarelles magnifiques de ma soeur Marine.



La compagnie de charter risque de refuser le paquetage. Nous quittons le magasin le prix ne baissant pas en dépit de discussions animées en arabe. Quelques tours dans le quartier. Retour devant le magasin. Dernière tentative. Le vendeur ne baisse que d'un iota. Nous partons à nouveau pour ne plus revenir. Le boss du magasin remplace le vendeur, nous rattrape dans la rue et accepte notre prix. L'affaire est dans le sac. Le retour sera plus difficile en avion avec 2 bagages pour un total de 40 kilos !
Mais quel objet dans un salon. Entre art nouveau et art déco, des années 20, de la marque Singer, uniquement réalisé aux US pour l'exportation en particulier en Europe ou en Afrique du Nord. Sans doute relativement rare et en fort bon état. Ah temps qui passe.

Le quai Branly : la grotte aux écorces

Le musée du Quai Branly vient juste d'ouvrir ses portes. La file d'attente est immense. Nous arrivons à 21h au même moment que le début du match de foot espérant que la France entière serait devant son poste. Mauvaise analyse, 3 heures sont nécessaires pour passer l'entrée.
Changement d'approche. Munis du pass de l'association des Amis du Musée, nous passons par l'entrée administrative rue de l'université. Cartes d'identités laissées à l'accueil, décorés d'un badge presse nous rentrons à 21h15 par la petite porte.




J'attendais avec impatience la découverte des collections d'art aborigène. La grotte aux écorces du peintre Karel Kupka. Les oeuvres du désert central ou des territoires du Nord, de Gloria ou Kathleen Petyarre, de David Ross Pwerle, de Rover Thomas...

Le moment le plus propice pour s'imprégner de l'atmosphère des peintures ? Les quelques minutes avant la fermeture, seul dans les salles du fond, pour capter l'ambiance et l'harmonie de cette spiritualité qui chante la nature. L'occasion d'amorcer un dialogue avec quelques tableaux et artistes également à la maison.

Sur les pas de Babylone

Périple en plein mois d'août dans ce chaudron irakien au croisement de l'histoire des religions. Nous apportons des médicaments en plein Embargo entre les deux guerres du Golfe.
Visite de la Cité de Babylone. Lecture de la Bible aux bords du fleuve. Le texte vibre dans ce quotidien comme un témoignage vivant d'un autre temps, au même endroit, dans cette fournaise. Jeux de correspondance.
Le guide nous invite à le suivre. Nabuchodonosor avait imprimé son sceau sur les briques cuites des murailles : "Moi Nabuchodonosor, j'ai réalisé ce qu'aucun roi n'avait jamais fait...". Saddam Hussein reconstruisit une partie du palais à son tour en imprimant sa marque. Clin d'oeil à travers les siècles, sous le regard d'un "chateau moderne" dominant les moignons des antiques monuments.
Interdiction de prendre des photos. Nous sommes 50 dans notre groupe. Les seuls touristes en Irak cet été avec un visa très spécial de VIP. Il fait sans doute plus de 45°c à l'ombre mais l'excitation d'être en ce lieu est forte. J'en profite pour trainer un peu. Le regard curieux scrutant le sol. Après quelques minutes de recherche, je tombe sur deux petits morceaux de brique avec ce glacis d'une couleur lapis-lazuli inimitable.


Ce n'est qu'à notre époque que l'on vient de reproduire ce bleu si profond nécessitant une température de cuisson élevée et constante dans un four. Une étonnante prouesse pour une époque si reculée. Surtout si vous admirez le résultat de la porte d'Ishtar au Musée de Berlin.
Quelques pas plus tard, je découvre un morceau de brique avec des caractères cunéiformes : une bride du message de Nabuchodonosor...
© Collection privée BROCARD II

Nous rencontrons au fil du séjour un peuple Irakien très accueillant. Des communautés chrétiennes tellement vivantes remontant au plus anciens temps. Etonante expérience que d'entendre à l'occasion d'une messe un prêtre Irakien parler en syriaque. Langue d'origine araméenne, guturale, à la profondeur sacrée qui tisse un lien avec les premiers instants du Christianisme.
Nous ne pouvons oublier nos amis d'Irak, ces chrétiens vivant en parfaite intelligence avec les arabes. Ce monde où encore le mélange des peuples, des religions dans les villages, invitent chacun à se comprendre, à se respecter du palier d'une maison à l'autre. La diversité est tellement précieuse.

Ils sortirent de l'eau

Comme les premiers batraciens sortant de la soupe primitive, voilà qu'Alexandrie nous livre des pièces uniques, jamais vues depuis presque 20 siècles, protégées dans ses entrailles maritimes.
L'écrin du Grand Palais donne une résonance magnifique à l'exposition. La verrière s'invite et joue le rôle de l'eau de surface dans la baie d'Alexandrie. Les éclats de lumière renforcent le volume et nuances des pièces exposées. Un must : s'y rendre à la tombée du jour. Elle est ouverte le soir jusqu'à 21h. Le travail de la pierre, les effets de transparence des statues n'y sont que plus saisissants.


Félicitations aux organisateurs de l'exposition "Trésors engloutis d'Egypte". Bravo à Yvan pour les clichés. Plus de 1000 pièces archéologiques à découvrir grâce à l'équipe de Frank Goddio.


Ils habitent le désert

La Préhistoire commence par la boite à outil. C'est là dans ce placard que je retrouve les minuscules flêches taillées rammasées dans le désert algérien, à côté des vis, clous et tournevis. Un clin d'oeil presque symbolique, taquinant les siècles. Je rassemble ces quelques pointes. La quête de l'outil commence.
Un premier trek en Mauritanie me permet de rassembler quelques haches polies du néolithique. Et sur le marché d'Atar, au détour de quelques objets cassés, je tombe par hasard sur une flêche à la magnifique patine verte. D'une grande finesse. Voilà un modeste mais grand témoignage d'une autre époque : le chalcolithique. La pierre s'efface pour laisser la place au métal. Là où les gisements de cuivre se révèlent.
Comme dans toute rupture, cela a du être bien difficile pour les compagnons tailleurs de silex. Se voir ainsi préferer des outils en métal et négliger cette merveilleuse matière, ce savoir ancestrale qui a façonné la pierre. Ils vont tenter de résister et créer les dernières flêches taillées, aussi fines que possible pour rivaliser avec le métal. Peine perdue, la révolution est en marche.
Le désert est si riche, si "habité". Au détour des dunes, s'assoire un moment, passer la main sur le sable et dans le creux, là où la pierre ou un sol plus dur apparaît il n'est pas rare de découvrir quelques restes de gourdes en coquille d'autruche, des silex ou hâches, ou des tessons de poteries.
La végétation, la terre a disparu. Ces témoignages jouent avec les mouvements du sable. Tous les objets accumulés en son sein pendant des millénaires se retrouvent ainsi ensemble sur la même surface plus dure. Imaginez si la terre d'Europe ouvrait son manteau pour dévoiler tout ce que nous avons oublié à travers les âges.
Et Milly ou la terre natale de Lamartine de revenir chanter la résonance du temps, des objets qui passent et transmettent le témoin. Ah quelle belle machine à remonter le temps.

A l'aplomb du temps


Une campagne de fouille de sauvetage vient de débuter dans un vieux village des Alpes de Haute Provence, au pied de la vieille tour. Le maire souhaitait renforcer l'étanchéité des caves de la mairie. On creuse. Un peu plus profond encore. Et apparaît quelques squelettes, des pierres taillées et fondations. Les ouvriers venaient de mettre au jour les vestiges d'une église du 9e siècle. Plus profond encore se révèle une nécropole gallo-romaine. Et à l'aplomb de l'excavation les fondations d'une villa romaine du 1er siècle se dessinent. Tout cela sur plus de 5 mètres d'alluvions et de cendres.


Le glanage de quelques monnaies romaines dans les champs alentours cet été là m'invitait à leur donner un coup de main, dans un même esprit de recherche. D'une truelle et d'un pinceau me voilà accroupi à nettoyer une petite abside. Découverte de quelques tessons. Et étonnante discussion avec les archéologues amateurs. "L'émotion pure en archélogie, c'est la préhistoire", disaient-ils. Incompréhensible pour moi à cette époque. Peu d'objets, peu de témoignages, que des conjectures sur les traces laissées, les chemins empruntés par le truchement des jeux statistiques. "Tu verras plus tard" ajoutaient-ils.

Il aura fallu longtemps. Des rencontres avec des objets de plus en plus antiques, romains, gaulois, de l'âge du bronze... Et cette question apportée par un silex taillé collecté par mon père près des puits de pétrole du Sahara. Un voyage en Israel ensuite. Et quelques silex découverts dans la fournaise d'un désert en plein mois d'août à l'heure de midi.
Enfin je compris cet enthousiasme pour ces périodes les plus anciennes, bien avant le néolithique. Ce moment où l'homme prend de la distance avec l'objet. L'érige en outil. Cette émergence possible de la conscience. Cette question sur les origines. Voilà que le virus de la Préhistoire prend forme.

Sans les greniers du monde

Un long moment sans quête. Comment rencontrer des objets sans liens avec la famille ? Cette sorte d'adoubement qui rendait seul ces objets acceptables, proche et lointain à la fois. Propres et familiers. Ce fut une rupture. Un peu désabusé, déconnecté.

Puis à l'occasion d'une brocante en province. Un peu plus vide-greniers pour être précis. Un objet insolite, patiné, d'un métier disparu, comme ces ancètres éteints, apparaît bien attractif.

Peut-être nos anciens avaient-ils exercé cette activité il y a fort longtemps. Hésitations. Négociation comme toujours. Et voilà l'objet acheté. Une belle balance romaine. Symbole du droit par excellence, de la justice, prétexte aux échanges et dialogues.
La dynamqiue est enclenchée et de nouveaux objets affluent à la maison. Rustique. Simple, orientés vers les vieux métiers. La mise à l'honneur des savoirs-faire. La ferronerie sous les feux de la rampe. Et la passion de l'outil donne un nouvel élan.

Au coeur des maisons

Se glisser dans le grenier. Ouvrir des malles non consultées pour certaines depuis presque 100 ans. Consulter des témoignages de la famille. Des photos, médailles, linges, étoffes, bibelots, plumes anciennes... Un simple crayon à papier sous Charles X ou cette modeste plume en bois du grand-père militaire s'illustrant comme médecin durant la conquête de l'Algérie en 1830. Ces lunettes cerclées d'argent sentant encore l'odeur acre de coups de chaud lors d'opérations chirurgicales en Afrique du Nord. Quelques notes méticuleusement retranscrites sur un papier chiffon.
Et l'imagination prend la suite. Les sens donnent du corps. Les objets tendent la main. La pensée partagée s'offre au lecteur par son papier craquelé comme un témoignage vivant.
Commençait avec enthousiasme cette découverte au coeur des objets familiaux. Des objets affectifs, proches, intimes, porteur d'une certaine nostalgie, d'un autre temps presque plus glorieux. Plein de mystère. Celui des parfums. De l'industrialisation du monde.
Cela dura un temps. Celui des maisons. Puis de leur vente. Refermant ces greniers et les dispersant définitivement.

Rencontre avec un objet

Pas bien vieux, nous apprenions des poésies sur les bancs des écoliers. Sans m'en rendre compte alors, une d'elle m'accompagnera de nombreuses années. Mémorisée, scénarisée par l'institutrice, je l'utilisais chaque année avec emphase et succès : "Milly ou la terre natale". Elle m'ouvrait les portes du monde des objets. Une résonance tout d'abord lointaine. Juste perçue.
L'an 1624. La découverte d'un Louis XIII dans le sol de la forêt de Fontainebleau provoqua un déclic. Conscience de son ancienneté. Sans doute l'objet le plus ancien que je pouvais alors appréhender et garder précieusement. J'avais tellement peur de le perdre à vélo, que je le glisse sous la langue pour ne point l'égarer lors du retour à la maison.

L'héritage de ma grand-mère paternelle donna une autre amplitude. L'occasion de croiser une multitude d'objets en lien étroit avec les anciens de la famille. Tel cadeau patiné, comme cet encrier en olivier, reçu par mon arrière-arrière grand mère en 1880. Imaginer le geste de l'écrivain. Reproduire cette dynamique, effleurer l'objet et se laisser imprégner par l'idée de tendre la main à travers l'histoire.

L'attrait et la poésie des objets était en marche soutenue par cet écho du poême de Lamartine : "Objets inanimés, avez-vous donc une âmeQui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?...".