mardi 9 octobre 2012

Impressions : vernissage exposition d'art Aborigène de Papunya au Musée du Quai Branly


Les photos viendront plus tard. Je ne peux ce soir au cœur de la nuit, résister à l'idée de partager avec vous mes premières impressions ressenties lors de l'invitation au vernissage de l'exposition sur les origines de Papunya au Quai Branly.

La première salle est comme une signature. Nous sommes face à des objets : boucliers, couteaux de circoncision, ceintures rituelles, pagnes... Des objets rares, peu exposés, en écho à la chronologie visible des premières rencontres entre aborigènes et occidentaux.

C'est logique, cartésien... Ce remarquable musée est dédié aux objets, inventés, réinventés dans toutes leurs dimensions : utilitaire, spirituelle, mythologique, de l'artisanat aux tensions les plus artistiques.

Mais cette approche par l'objet surprend ceux qui écoutent les évolutions de ce mouvement d'art contemporain.
De mon côté j'aime cette vision. C'est par l'objet, passeur, vecteur de mémoire, que j'ai également rencontré le monde aborigène, avant de succomber face aux toiles plus récentes.

Puis nous passons un porche. Nous quittons un univers ocre profond, sourd, tout dédié à la mise en perspective des objets signifiants, pour découvrir une rupture. L'invention d'une culture, dans le sens de la découverte d'un trésor. En 1971, à Papunya, après des siècles sans considération, les aborigènes d'Australie, partagent un univers. Leur monde à travers l'histoire, les millénaires...
Ils disposent d'une écriture picturale, de signes figurés qui vont changer à jamais la perception de leur civilisation par l'Occident. Il y a 40 ans un peuple va bientôt accéder à la citoyenneté et présider à la naissance d'un mouvement d'art contemporain.

Les toiles majeures exposées au Quai Branly prédisent ce que sera le vocabulaire et la grammaire de ce mouvement artistique. Les signes et motifs fondamentaux s'y distinguent. Ils seront repris, extrapolés, simplifiés, tranfigurés dans une dynamique inventive des artistes au travers des générations. Ici, au Quai Branly il est possible de percevoir les premières vibrations du mouvement, les motifs sacrés encore peu éludés. On est presque face à un bouillon de vie, à une sorte de big bang d'un mouvement artistique. C'est fort, c'est puissant, c'est déroutant.

 Certains, comme mes proches qui m'accompagnaient, étaient en partie déroutés avec ce qu'ils connaissent du mouvement 40 ans plus tard : rupture, codes de couleurs audacieuses, innovations aux frontières du sens premier...
 D'autres se laissent séduire par l'essentiel, épuré. Le motif sans ajout, sans fond. Juste là, unique, signifiant, qui percute et exprime tant dans une bouleversante simplicité.

 Vraiment, il faut voir cette exposition sans schéma de pensée pré-établi. Pour partir à la découverte de ces œuvres qui questionnent notre pensée contemporaine et partage une culture multi-millénaire dans le musée de Jacques Chirac.

 Lors du vernissage, il y avait aussi un côté chaleureux, amical, dans la rencontre de nombreuses figures de l'art aborigène dans le monde : conservateurs de musée, anthropologues, collectionneurs, galeristes de renom, ... en provenance d'Australie, des USA ou d'Europe.
Il me semble qu'un point les réunissait : une sorte de quête, d'enthousiasme, pour l'essentiel qui préside aux destinés d'un monde ?

Pardonnez ce billet rapide, rédigé sur mon iPhone. C'était un retour à chaud en direct de l'exposition.
Bravo à Philippe Peltier (conservateur en charge des collections Océanie), à Judith Ryan (senior curator, art aborigène, de la National Gallery de Victoria) et Philip Batty (senior curator, Australie centrale, Musée de Victoria, Melbourne) pour cette exposition "manifeste" et incoutournable sur sur ce mouvement artistique.

Ouverture à partir du 9 octobre, et jusqu'au 20 janvier 2013.
Lien vers la page de l'exposition sur le site du Musée du Quai Branly.
Lien vers l'association des Amis du Musée du Quai Branly.
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