mardi 7 octobre 2008

Emotion versus connaissance face aux objets néolithiques

Silex collectés au Sahara et en Israel. © Collection privée Brocard-Estrangin


Il est des êtres pour qui les objets parlent, évoquent, émeuvent. C'est le règne de l'émotion, du sensible, d'une intimité avec la matière.
Hier je ramassais ces objets dans les déserts du monde. Et ressentir... Glisser sa main dans le même mouvement que nos anciens. Trouver le geste qui façonna l'objet. Lire les lignes de la pierre. Deviner ces forces invisibles qui guidèrent le tailleur de pierre dans sa découpe. Sentir la frappe douce des éclats tranchants.

Aujourd'hui nous ré-inventons ces objet comme le disent les découvreurs de trésors... Un mot tellement magnifique. Inventer, ré-inventer. Comme si l'objet avait perdu son sens oublié par le temps, négligé par la conscience humaine. Comme si tout seul il n'était rien, sans la vision de sa finalité, de l'outil ultime. Une pierre, rien qu'une pierre. C'est bien probablement notre regard qui lui redonne vie, ouvre le champ de l'imaginaire, ré-insuffle son univers, la communauté, le clan tout autour.

D'un autre côté, la connaissance invite des questions dans l'appréhension de l'objet. Elle peut contribuer à le détacher d'un contact personnel, charnel avec lui. Il devient objet d'étude, scientifique. Il perd son lien avec son propriétaire d'hier et le nouveau d'aujourd'hui. Il est envisagé dans un contexte objectif où l'émotion s'éteint. Plus j'y avance, plus j'ai l'impression de souvent reculer, tellement la connaissance ouvre de nouveaux champs immenses.
Et pourtant il est de ces objets seuls, sans rattachement à quelque chose de connu sur l'instant. Leur usage semble ignoré et ils font le bonheur simple du collectionneur, dans leurs mystères, dans l'émotion qui préside à leur découverte.

L'émotion devient ainsi un passeport créatif et fertile pour leur donner vie. Elle est la nourriture de l'intuition du collectionneur. Elle devrait ainsi peut-être se garder de la connaissance, la précéder le plus longtemps possible pour aller à la recherche de l'objet brut, de ses contours, de sa résonnance intrinsèque, puis s'y abandonner pour rebondir enfin dans d'autres champs...
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