jeudi 28 août 2008

Cérémonie féminine aborigène : voyage autour du rocher Ngaminya



© Ningura Napurrula with the courtesy of Papunya Tula Artists. 120 x 90 cm.
Collection privée, Paris.

Cette peinture reçue aujourd'hui d'Australie raconte une belle histoire. Elle fut composée par l'artiste Ningura Napurrula déjà présentée ici sur le blog.

Il était une fois, il y a très longtemps, un petit groupe composé de 8 femmes symbolisées sur la peinture par les formes en U. Une vue spatiale d'une personne accroupie.

Elles entamèrent un long voyage à pied à travers le pays, des régions lointaines de l'ouest du continent vers un site sacré repérable à son rocher en forme de pain de sucre (le site de Ngaminya). Il faut imaginer les capacités d'endurance de ces femmes à même de parcourir des centaines de kilomètres. Leur expérience permettait de repérer les signaux d'une eau invisible en surface. A l'aide de leur bâton à fuir, elles trouvaient la nourriture nécessaire à leur survie.

Très faiblement vêtues, presque sans aucun chargement dans la chaleur accablante, elles emportaient cependant avec elle les éléments clefs pour assurer les cérémonies autour du rocher.

Les indispensables outils polyvalents "nulla-nulla", symbolisés sous forme de bâtons sur la toile. Vieux comme le monde, à base de branche, ils servent toujours, autant à assommer les petits animaux comestibles, que de pilon pour réduire les pierres d'ocre en poudre.

Etrangement, ces femmes n'oubliaient pas leurs fuseaux. Ils n'étaient pas destinés à travailler la laine absente de cette contrée à l'époque, mais servaient à filer et carder leurs cheveux pour préparer des ceintures et pagnes pour la cérémonie (Nyimparra).
L'artiste Ningura Napurrula les représente dans ses différentes oeuvres comme ici sous la forme de lignes courbes concentrées en demi-cercle.

Maigres. Hiératiques. Aux muscles longs et fins, ces femmes marchaient aux moments les plus cléments de la journée. La route était longue vers le site de la cérémonie. Ce temps devait être difficile.

Pour se donner du courage elle n'hésitaient pas à chanter sur leur route, répétant inlassablement le rêve associé à ce pèlerinage vers ce rocher sacré. Cela leur donnait du coeur à l'ouvrage.

Un soir elles arrivèrent. Les femmes les plus jeunes apprirent durant les chants, le rythme, le sens de ce rêve, devenant à même de participer activement à la cérémonie. Leur tour était venu d'être initiée. Danse, feu, musique rudimentaire à l'aide de bâtons percutés, peintures rituelles sur la peau, donnaient vie à ce mythe le temps de la célébration, marquant ainsi les esprits, gravant les mémoires individuelles et collectives.

Ensuite la nuit fut calme. Le repos était mérité. Le lendemain elles devaient repartir leur devoir accompli, après avoir honoré les ancêtres. C'était ainsi depuis des millénaires.

Au petit matin, les 8 femmes reprirent la route en direction de l'Est et du rocher Wirrulnga. Le chemin allait leur réserver des surprises et offrir une manne inattendue avec les rares raisins du désert, symbolisés sur la peinture par les ronds rouges. Reprenant des forces grâce aux vitamines des fruits, elle continuèrent encore plusieurs semaines en direction du Nord Est vers le lac Mackay.

Ce fut un bien long voyage. Ces 8 femmes toutes générations confondues s'en souviendraient longtemps. Les plus jeunes à leur tour le transmettraient demain à leurs enfants.
L'artiste Ningura de la communauté de Papunya nous livre sur ce support en lin, en quelques brides, l'histoire de ce pèlerinage, dans une sorte de communion spirituelle entre les peuples premiers et l'occident.

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