jeudi 20 décembre 2007

Bonnes fêtes, meilleurs voeux 2008

Ce n'est pas une photo. Ni une simple église. Après 8h de marche, 4 cols traversés, fourbus, notre vision avait changé. Nous avions appris à regarder autrement. Les minéraux, les lichens nous parlaient. Le bruit du vent jouait avec nous près des sommets. Les jeux nacrés de lumière sur les lacs nous invitaient dans l'onde. La roche, noire, blanche, verte, rouge... rythmait nos pas. La végétation toujours plus rare nous rappelait que nous étions juste invités. La marche, encore la marche, donnait une autre dimension au temps, à ce que la volonté seule permet d'accomplir, une sorte d'ivresse du possible...

Cette descente n'en finissait pas. Les troupeaux en transhumance, les bergers, l'habitaient, comme témoins d'une lointaine époque. Le ciel s'avérait de plus en plus menaçant. Le découragement nous rattrapait. Mais nous avions le sentiment d'avoir réalisé ensemble quelque chose de grand.

L'équipe se retrouvait enfin au pied de la vallée pour contempler un tout autre spectacle. Perdue entre deux villages, une église bravait fièrement les éléments. Elle avait échappé aux avalanches en 1580. Aujourd'hui la montagne immense l'entourait comme un écrin contrasté. Entre Foi éclairée et doute. Structure et chaos. Vie et aridité. Présence puis abandon. Ce n'était plus une simple photo. Mais un message qui traversait ce lieu... pour de nombreuses autres années encore.

dimanche 16 décembre 2007

Après un an d'expérience... et une journée froide

Il y a un an je lançais ce blog "Sur les pas d'une collection", puis trois autres à quelques jours d'intervalle sur les origines de différentes branches de la famille, parfumeur en Russie ou à Grasse...

En cherchant des sujets, puis en écrivant les textes, j'ai souvent craint l'envoi de quelques tomates. ;-)
Un peu comme ces beaux légumes de la photo, coupés et séchés au soleil, dans les Oasis du Niger. Dans un désert où ils manquent de tout, existent pourtant ces quelques petites zones de paradis.

Cela fait donc 365 jours que ces blogs sont lancés. La promesse d'un message par jour fut difficile à maintenir. Et finalement j'y suis presque arrivé, avec 300 textes disponibles. Les sujets sont multiples : l'art aborigène, les chemins d'une collection, le monde des objets, quelques enthousiasmes partagés plus largement avec vous...

Aujourd'hui, vous êtes plus de 45 visiteurs par jour à aller sur ce blog, pendant en moyenne 3 mn et 25 secondes. Juste le temps de lire deux, trois pages.
Excepté le dimanche et en particulier ceux bien froids comme aujourd'hui, où le Blog frise les 75 visites...
Certains d'entre vous se sont également abonnés aux nouvelles. 16 visiteurs ont choisi la mailing list. 15 autres ont préféré suivre de près les publications à partir des flux RSS. Merveilles de la technologie.

Votre intérêt pour les différents sujets se trouve confirmé par vos 240 commentaires. Enfin plutôt autour de 140 car j'ai essayé de répondre à chacun autant que possible. Certains sont un peu polémiques, comme ceux autour de la détection et des droits nécessaires pour la pratiquer en France.

Si l'on regarde de près notre planète, vous venez de près de 80 pays différents, dont principalement, selon le nombre de visites : de France, de Belgique, du Canada, de Suisse, des USA, d'Angleterre, de Chine, d'Australie, du Maroc, d'Algérie, d'Espagne, d'Egypte, des Emirats Arab Unis, d'Italie, de la Réunion, de Nouvelle Calédonie...
Certains visiteurs de Russie traduisent le contenu sur Altavista Babelfish.
J'en profite pour tous vous remercier pour vos visites et les échanges sympathiques de temps en temps par e-mail.

Finalement, avec 300 textes, et plus de 400 photos, cela réprésente autour de 450 heures passées sur mon MacBook Pro, à travailler les photos, recadrer, ajuster, rechercher un sujet, l'écrire et le partager sur le site.

Lancer ce Blog, c'était un peu partir à l'aventure. Surtout ne pas garder pour soi des images, des peintures, des objets et toutes leurs histoires associées. Partager. Redonner vie. Transmettre quelques miettes de savoir.

Ce fut un beau challenge dans une année très chargée. Vous pouvez l'imaginer, avec un job à temps plein, des études en plus, il est difficile de tout gérer de front. Le blog "Sur les pas d'une collection" va ainsi baisser provisoirement son rideau. A très bientôt... Bien amicalement.

Carré de soie russe, bien avant la maison Hermès

Au coeur de la Russie du XVIIIe siècle et des débuts du XIXe, le travail de soie était fort prisé. De grandes compagnies russes et étrangères développèrent cette industrie avec succès. Les grands bourgeois et aristocrates de ce temps se laissaient séduire par ces étoffes fines. Bien recherché s'il en est, la soie était agrémentée d'autres effets précieux, comme ces fils d'argent ou d'or dessinant des feuillages, fleurs ou trophées.

Les russes devaient naturellement être touchés par ces riches tissus, influencés par le savoir faire des peuples nomades de la route de la soie, pas si lointaine.

Ce carré de soie fut inventé bien avant ceux de la maison Hermès. Il habilla un temps les murs d'une maison en Russie, puis presque 150 ans plus tard, celui d'une cheminée dans un ancien appartement en Europe de l'Ouest. La soie si fine, est fragilisée par les fils d'argent plus rigides. L'ensemble, gris-sépia jongle entre le très contemporain et les délicates décorations du début du XIXe siècle. L'ensemble est si ténue qu'il se trouve maintenant dans une petite malle.

samedi 15 décembre 2007

Les regards des portes d'Alexandrie

Dans une rue, ces deux portes invitent, accueillent et symbolisent tant de choses... Deux couleurs différentes. L'une bleue. L'autre jaune. Une patine rouge maquille les éraflures du temps au niveau du sol. Les marches sont bancales. Ajustées au fil des années. On peut ressentir l'humidité, la texture des écailles de peinture. Nous pourrions être à Venise, dans une ville qui s'abime... mais nous sommes à Alexandrie en Egypte.

La vie est là. Elle vient de passer par cette porte ouverte. On distingue presque le bruit des enfants et quelques odeurs de cuisine... Il fait sombre dans cette embrasure. C'est peu engageant tout de même. Presque inquiétant. Mais la porte reste ouverte. Un peu comme un challenge. Le démarrage d'une discussion. Une rencontre...

L'autre porte est fermée. Intraversion ou promesse. Richesse de l'intérieur et crainte du passant devant la protection dérisoire d'une serrure. Les marches cassées sont vastes et convergent vers le seuil. Comme un entonnoir, pour largement accueillir.

Sur la gauche apparaissent les volets d'une fenêtre, d'une teinte verte bien franche comme la religion de ses habitants. Le bois de la porte devient progressivement gris, usé par les intempéries et donne une idée de l'âge des habitants.

Je fus tout de suite séduit par ce dessin d'une jeune artiste vivant aux pays des pharaons. Jumelle elle-même, qu'a-t-elle put bien ressentir, ou révéler de façon même inconsciente dans ces deux portes ? Nous n'en saurons rien mais reste le charme de cette petite ruelle qui me parle tant. Et ces deux ouvertures, presque en forme de visage, qui nous adressent un clin d'oeil.

vendredi 14 décembre 2007

Paysage de Guinée dans les années 30

© Collection privée BROCARD II.

Découvrir la Guinée dans les années 30. Observer les habitats traditionnels, les danses rituelles, les vêtements préservés, les masques et sculptures d'un autre siècle... Rencontrer les habitants, échanger autour du commerce des essences d'orangers... Tout cela devait être riche en surprises. Aux frontière de nos mondes...

Cette vue lointaine d'un village, mise en perspective sur cette plaque de verre positive, permet d'appréhender le lieu, l'espace avec l'effet en relief offert par le Vérascope. La composition est équilibrée, les arbres élancés répondent les uns aux autres à travers l'ensemble du paysage. D'autres vues rapprochées de villages en Guinée dans les années 30, étaient déjà présentées ici, et .

technorati tags:

dimanche 9 décembre 2007

Paysages et cérémonies aborigènes des Pintupi, par Bombatu Napangati


© With the courtesy of Papunya Tula Artists, Bombatu Napangardi
Collection privée BROCARD II.

Bien peu d'Aborigènes ont eu l'occasion de prendre l'avion. De s'envoler vers d'autres lieux. De prendre de la hauteur par rapport à leur région. De lire leur paysage avec d'autres points de vue... Et pourtant ils représentent bien souvent la terre "vue du ciel". Une vision abstraite, symbolique, éloignée. Un code de lecture, avec une grammaire visuelle, de leurs plus anciens mythes. Il y a des milliers d'années avant notre ère, avant la technologie, les Aborigènes chantaient déjà ces codes visuels.

Ces capacités d'abstraction étonnent encore aujourd'hui. Elles font de temps en temps penser aux géoglyphes géants du Pérou. A ces peuples capables aux temps les plus anciens, de réaliser ce qui nous semblait impossible à ces époques sans techniques sophistiquées. Des animaux de 100 mètres de long dessinés sur le sol prennent vie dans ces montagnes dans la soustraction ou l'addition. En enlevant des pierres noires ou en disposant différemment celles-ci.

C'est à un autre dialogue que nous invitent ici les aborigènes. Plus intimiste, avec des jeux de motifs sur une petit espace. Sur le sable hier. Sur des toiles ou écorces aujourd'hui. Mais avec des symboles tout aussi abstraits, tout autant observés du ciel, tels ces trous d'eau, ces hommes assis en forme de U, ces traces sur le sol, ces montagnes symbolisées.

Comment ces communautés vivant dans le désert, avec très peu de moyens en sont-elles arrivées à de telles constructions de pensée ? A développer, à élaborer ces visuels ? A faire abstraction de la perspective vue du sol pour adopter celle vue du ciel ? Des passeurs, chamans, grands initiés, en transe, ont-ils eu ces capacités à inventer d'autres représentations ? L'absence de moyens, de techniques, du bruit des objets, a-t-elle conduit leur pensée à se contruire, se développer vers d'autres dimensions ? Cela reste mystérieux mais démontre une réelle complexité développée par ces intellectuels du désert.

Sur ce tableau, j'aime suivre les lignes sinueuses de la toile évoquant les dunes de sable autour du trou dans la roche près de Pilipili, à l'ouest de l'Australie autour de Kiwirrkura. L'ensemble dessine comme la contruction d'un labyrinthe complexe, des sortes de chemins initiatiques...

L'homme est absent de cette toile tout en étant à la fois omniprésent. Bien qu'abstrait le tableau représente un groupe de femme campant sur le lieu afin d'y préparer les cérémonies. Dans ce voyage elles emportent avec elle une large quantité de fruits, comme des petites tomates du bush, suggérées sur la toile par ces multiples petits points.
L'ensemble de l'oeuvre développe ainsi différentes dimensions : un itinéraire, la préparation de cérémonies, une vue spaciale harmonieuse, l'équilibre nourrissier, et les vibrations de l'espace dans ces zones désertiques... Comme un invitation à rentrer dans la toile.

samedi 8 décembre 2007

Rêve de collectionneur : la Place Rouge à Moscou en 1880

Sur cette photo il s'agit du marché des antiquités sur la Place Rouge à Moscou autour de 1880.
Dans cette période charnière, fragile, annonçant le bruit de la Révolution, les jeunes aristocrates vendaient les souvenirs de famille. Il était utile d'avoir plus de liquide pour faire face au futur. En ce temps, de formidable objets, peintures, collections, provenant de grandes familles se retrouvaient ainsi sur le marché. Ils étaient dans certains cas restés deux ou trois siècles dans la même lignée.

Pour un collectionneur, cela devait représenter une assez extraordinaire opportunité.
Ce fut le cas du grand parfumeur Henry Brocard, qui composa une large collection à cette époque, très diversifiée, des étoffes d'Iran, de Mongolie, à la porcelaine fine, aux primitifs flamands. Dans ce dernier domaine, il avait une collection comparable à celle de l'Hermitage, partageant avec ce grand musée quelques cessions de collections venant des nobles russes.

Il s'intéressa aussi aux traditions russes, aux objets régionaux, presque primitifs, qui aujourd'hui se retrouvent dans la galerie Tretiakov. Cela devait être une grande aventure "Sur les pas d'une collection"...

En savoir plus ? Le blog Brocard.

jeudi 6 décembre 2007

Les lueurs de la cérémonie du thé Touareg

Ce soir là dans le Sahara Algérien, il faisait bien froid. Pas plus de 4°c. Le silence régnait après cette longue journée de marche. Seul le feu crépitait. La réserve de bois bien maigre ne permettrait pas d'en profiter longtemps. Aussi la cérémonie autour du thé s'avérait vraiment la bienvenue.

Certains hésitaient à le prendre car l'heure était tardive. Il était pourtant préparé avec soin par nos amis Touaregs. Amer, doux, très sucré... Les gourmands attendaient la dernière tournée.
La scène me semblait magnifique. Un peu comme un moment suspendu dans une vie. Tel ce geste, calme, précis, du filet de thé qui se nourrit de l'air.

Je tentais de prendre une photo sans flash, sans pied, pour garder la lumière de cet instant. Pas simple. Les Touaregs acceptaient volontiers sachant que la faible lumière n'atteindrait pas leur visage d'ailleurs largement cachés. Il est tellement étonnant que ce peuple si fière, si courageux, soit à la fois si timide.

La cérémonie du Thé fait partie de leur tradition. La chaleur de celui-ci, même en plein cagnard aide à transpirer et donc à refroidir le corps quelques temps après. C'est donc un must en plein désert. Cependant le thé n'est probablement pas très ancien dans ces régions. Introduit progressivement par les anglais sur ces terres arides, il aurait tout au plus 150 ou 200 ans.

Je cherchais un appui pour la photo. Par terre, couché sur le sol, accoudé, finalement, je fis une mesure spot sur le coeur du feu pour capter le maximum de lumière et limiter l'effet flou.

Scintillement des lampes à huile romaine

Suite à différents commentaires je mets à jour ce post avec des photos plus précises des lampes à huile romaines, en particulier avec des vues recto-verso, qui pourront faciliter leur identification ou référencement.

Ces quelques lampes à huile romaines furent sans doute trouvées lors de la conquête de l'Algérie dans les années 1830. Ce médecin collectionneur participait aux campagnes et à l'implantation de la colonie française.

La lampe ci-dessous, comporte des motifs géométriques, quelques traces de calcaire et une inscription.

Lampe à huile romaine 1 recto
© Collection privée BROCARD II.

La date au verso semble être le chiffre romain IVCCII, qui pourrait correspondre à l'année 196.

Lampe à huile romaine 1 verso
© Collection privée BROCARD II.

Les deux photos ci-dessous présente une petite lampe à huile avec des traces marquées de combustion et un ange ailé, portant sur ses épaules deux paniers liés par un bâton.

Lampe à huile romaine 2 recto
© Collection privée BROCARD II.

De l'autre côté figure une petite croix et les lettres CCLO...VC.

Lampe à huile romaine 2 verso
© Collection privée BROCARD II.

Cette petite lampe à deux foyers présente une figure ailée un peu émoussée. Son anse a été brisée au fil du temps.

Lampe à huile romaine 3
© Collection privée BROCARD II.

Sur la lampe à huile ci-dessous, on peut observer une femme au chignon, au galop, sur ce qui semble être plus un âne qu'un cheval.

Lampe à huile romaine 4 recto
© Collection privée BROCARD II.

Une inscription figure sur un des côtés. Le mot CAIRARI, un peu mystérieux.

Lampe à huile romaine 4 verso
© Collection privée BROCARD II.

Sur la lampe ci-dessous, sous une branche d'arbre, une lionne semble continuer son avancée et bientôt quitter le cercle. Elle ne comporte pas de référence ou celles-ci restent invisibles sous le dépôt important de calcaire.

Lampe à huile romaine 5
© Collection privée BROCARD II.

Cette autre lampe aux motifs géométriques présente les traces très fines du moulage.

Lampe à huile romaine 6 recto
© Collection privée BROCARD II.

A son verso, se trouve une inscription qui semble être le mot CHIEIA.

Lampe à huile romaine 6 verso
© Collection privée BROCARD II.

Les mouvements des motifs étonnent sur un objet statique, mais préfigurent habilement le scintillement des flammes et leurs vibrations.

© Collection privée BROCARD II.

technorati tags:

mercredi 5 décembre 2007

Mémoire suspendue de l'arbre

Cet arbre est mort. Brûlé, consumé par la foudre. Sa vie n'est plus mais il reste comme suspendu dans le temps. Là. Encore visible. Ancré en terre. Elancé dans ce ciel d'apocalypse.
Je fus saisi, troublé par les messages au delà de l'image. La dimension poétique de la scène et du lieu. Cette présence de l'arbre et son effacement. Cet ancrage du tronc et ce mouvement des nuages. Cette finesse encore visible des branches et le lent pourrissement de la matière.
Les combinaisons de gris invitent à voir au delà de la couleur, dans les nuances complexes de la lumière.

Sur cette crête à 1500 mètres d'altitude, au dessus de la ville de Grasse, il n'y a personne. Il s'agit de la frontière entre deux communes. Cet arbre pourrait symboliser le fil entre vie et mort. Etre témoin d'une conscience ou d'une mémoire suspendue, un temps, pas plus avant d'être oublié.
Ce lieu était aux limites d'une propriété. Il semblait faussement inaccessible pour un enfant. Il se situait au bout de ce que l'on peut voir de la maison, à près de 2h de marche en montée.

C'était il y a 18 ans. Une escapade au détour de révisions en droit. Le Nikon prêté par mon grand-père me permit de saisir l'instant et garder trace des impressions ressenties alors. L'arbre n'existe sans doute plus, reste encore sa mémoire, un temps, juste un temps...

technorati tags:

mardi 4 décembre 2007

Tel un chemin invisible dans ce village de Guinée des années 30


Ils traversent tous en file indienne, comme s'ils suivaient les lignes d'un chemin invisible à travers le village. Il semble il y avoir une certaine logique, une cohérence cachée, un mouvement spontané, tout en contradiction avec la route tracée, perpendiculaire à ce mouvement collectif.

Les huttes très élaborées sur la gauche, montrent le niveau de développement de cette communauté et répondent en écho à cette autre scène de village déjà présentée sur le blog.

technorati tags:

lundi 3 décembre 2007

Scène de village en Guinée vers 1930 : essence d'orangers

© Collection privée BROCARD II.

Ce n'est pas une photo mais une plaque de verre. Chaussé d'un Verascope il est possible d'observer cette scène en relief. On aurait presque l'impression d'y être, de rentrer dans l'image si ce n'est ce silence assourdissant tout en contraste avec la vie qui règne dans ce lieu.

Nous sommes dans un village de Guinée en 1930. Quelques exploitations d'orangers permettaient aux parfumeurs d'extraire de l'essence très concentrée, ensuite utilisée en France dans les usines de Grasse.
Tous ces jeunes portent-ils dans leurs paniers ces fruits convoités ? Cela semble un flux incessant. Chargé, déchargé... On observe également une grande dignité dans le port de ces denrées, le pas volontaire, la tête haute...

La maison avec son toit en chaume forme des vagues et lignes courbes. Elle impressionne. Ce n'est pas seulement utilitaire. L'ensemble souligne une culture sophistiquée et une recherche d'esthétisme. Cela m'amuserait de traverser le temps. Et tout à coup d'entrer dans cette photo, et de vivre cette ambiance, tel Woody Allen dans " La Rose pourpre du Caire".

Les savons de Baghdad

Nous étions en Irak en 1997, entre les deux guerres du Golfe. Il n'y avait pas grand chose dans les magasins. Les marchandises étaient bloquées par l'embargo américain. C'était un temps avant l'Euro. Un oeuf valait à lui seul plus de 10 FRF. Un prix exorbitant.

Les irakiens vivaient tous mal à cette époque, sous l'autorité de Saddam Hussein. Bien que. Ce devait être finalement plus confortable qu'aujourd'hui. Dans les rues l'accueil était très chaleureux. Quelques touristes, jeunes... cela suggérait la fin du malheur. La réouverture vers le monde. Il en fut tout autre.

Quelques produits me marquaient comme cette échoppe à Baghdad, avec des milliers de savons. Tous les mêmes. Bruns, jaunies, verdâtres... Ces savons nouaient le lien avec l'autre cité mythique d'Alep. Sa formule avait été inventée il y a si longtemps. Bien avant les croisades. Des chevaliers belliqueux découvrirent ses propriétés pour se laver, à une époque où l'hygiène était toute relative en Europe. Ils rapportèrent certains exemplaires, apprirent la fabrication et donnèrent naissance au savon de Marseille.
Brassage des cultures, échanges du Moyen-Orient vers l'Europe, cela conduisait à un peu d'humilité. Bien plus tard les flux s'inversèrent...

Cet irakien nous fit découvrir sa marchandise. Il coupa quelques savons. Marrons à l'extérieur, ils étaient vert émeraude à l'intérieur. Gage de qualité. Garantie de la teneur en huile pure de laurier. La plus noble, la plus parfumée dont les vertus dermatologiques sont démontrées.
Je lui en prenais quelques-uns. Cet homme était heureux de nous vendre quelques produits. Qu'est-il devenu aujourd'hui ?

Il n'y avait vraiment rien dans ces magasins. Je cherchais du détergent pour nettoyer les sanitaires d'un monastère où nous résidions quelques jours au nord de Mossul dans le Kurdistan Irakien. Il était impossible d'en trouver tant cela devait être dangeureux... Les crayons à papier n'existaient pas non plus. Les mines de plomb ou de graphite pouvaient contribuer à construire des armes. Cela semblait surréaliste.

Il s'agissait d'une drôle d'époque. D'armes de destruction, on n'en trouva finalement aucune. Mais presque tous justifièrent une guerre qui préside aujourd'hui à l'atomisation du pays.

technorati tags:

Plantes médicinales du Sahara

Nous sommes aux confins du désert. Les médicaments sont rares. Si ce n'est inexistant. Trop onéreux. Non distribués dans ces régions si éloignées. Peu recommandés en l'absence de médecins. Oui, c'est un peu le bout du monde. La persistance d'une autre culture. Celle des guériseurs, des chamans, de cette lecture intime de la terre et de ses ressources.

Sur un marché de campagne au Niger, je croisais un guériseur vendant quelques herbes médicinales. Il ne parlait pas Français, ni anglais. La communication était difficile. A l'aide d'un recipient en verre je lui mimais le nombre de portions d'herbe que je souhaitais. Il prit un de ces petits sacs en plastique qui inonde l'Afrique et commença à les remplir.


Je ne connaissais pas ces plantes. La seule chose qui me guidait était l'odeur. Celle qui apparaissait en froissant les feuilles. C'était un moment assez étonnant. L'occasion de toucher le savoir ancestrale des vieilles femmes du désert. Des récoltes organisées, dans les temps morts, au détour du pâturage des bêtes. Ce petit manège attira un peu l'attention. Quelques personnes se rapprochèrent dont un francophone. Je lui demandais le nom de ces herbes ? Quelles étaient un peu les vertus médicinales de chacune ? Il ne pouvait répondre. Le marchand non plus. C'était le domaine des femmes. De la grand mère des familles.
Il consentit cependant à noter la transcription phonétique de ces végétaux.

"Teyiss", "Tifilkiss", "Tezaragadé", "Mananan"... Ces mots résonnent et racontent l'histoire d'une autre façon de vivre, en harmonie avec la nature.
Ils me rappelaient également ces médecins opportunistes d'aujourd'hui, parcourant la planète à la recherche du savoir des chamans. Sans écoute, sans attention, juste pour capter les substances actives des plantes, breveter, puis marchandiser ce savoir commun de l'humanité, qu'il nous reste à nous, à redécouvrir.

dimanche 2 décembre 2007

Figure hiératique d'un chaman Inuit

© Collection privée BROCARD II.

En forme de losange, cette petite tête en serpentine représente un chaman absorbé dans sa méditation. Les commissures des lèvres tombent sur les côtés imprimant un peu de tristesse dans ce visage. Les pommettes sont saillantes et répondent en écho à un crâne fuyant.
Symbole de réflexion, de transformation, de connexion avec les esprits, le front s'élève vers le ciel.
La plastique des joues creuses, comme la forme du visage me font penser à une autre tête. Celle du grand pharaon Akhénaton. Ce chaman était-il atteint de la même maladie ayant déformé les os ? D'autres correspondances pourraient exister avec la civilisation des Olmèques, par ce travail volontaire du front. Cette sculpture fut-elle volontairement marquée par des traits étirés donnant une dimension hiératique à la tête ? S'agit-il du corps décharné d'un mourant à honorer ? Il est difficile d'y répondre. Mais sa plastique reste intéressante comme les veines de la pierre imprimant comme les stigmates du temps sur la peau grainée.

technorati tags:

Inventivité dans l'art déco Russe avant 1917

Cette ancienne étoffe en coton date des années juste avant 1917 et la révolution Russe. Elle représente avec des couleurs encore bien vivantes, les premiers pas de l'art déco dans le pays du Tsar. L'impression portée sur le coton est très soignée. Chaque vignette de près de 20 cm de large est reprise sur une large tenture et forme autant de fenêtres ouvertes sur une autre époque.
Les motifs ci-dessus semblent abstraits. S'agit-il des dômes d'une église orthodoxe ? Ou de la datcha farfelue d'un noble ou grand bourgeois ?

Ces deux canards très sobres, font partie de l'imagerie populaire en Russie et offrent de nombreuses occasions de créations artistiques. Je me souviens d'un très belle corbeille symbolisant un canard dans une poterie en céladon avec les armes d'une fabrique impériale chez une de mes tantes.
Autre mystère sur cette vignette. S'agit-il de deux voiles gonflées par le vent avant de prendre le large ? Ou peut-être est-ce deux arbres fruitiers avec leurs branchages réduits à leur plus simple expressions ? L'art déco offre vraiment des surprises. Ce fut une période formidable dans toute l'Europe.

technorati tags:

Témoignages d'un appartement de Moscou avant 1917

Ce fut comme une enquête. Un retour dans l'histoire. Retrouver la trace de quelques souvenirs d'un appartement de Moscou avant 1917. Cela pouvait être fort difficile. La révolution russe était passée par là. J'avais gardé la mémoire de cet autochrome de 1905 publié sur le blog Brocard.
Je me souvenais dans d'anciennes malles des rouleaux formant la frise, juste avant le plafond sur cette photo. Ils furent cependant dispersés, n'attirant pas une attention particulière au moment de la fermeture d'une vieille maison de famille.

Ce fut alors avec curiosité que je tombais sur ces quelques fragments issus de ce salon exotique. Ils furent épargnés par les mites, en partie en tous les cas.
Une malle les avaient sans doute rapportés un hiver sans la Côte d'Azur, avant de tout perdre dans le chaos de la révolution de 17.
Leur odeur souligne celle d'un vieux tapis et d'autres effluves suggérant l'ambiance de cet appartement. Ainsi la photo se transforme et prend vie avec ces maigres témoignages, tissant un lien avec ses habitants, quelques 102 années plus tard.

Une petite boite qui raconte son histoire : 1870

Il était de ces petits trésors que l'on pouvait retrouver dans les malles des anciennes maisons de famille. Cette petite boite date de 1870. Une année mémorable pour les parisiens, pleine de privation. On mangeait du rat à Paris, quand les communards élevaient des barricades.

Les objets sont souvent silencieux. On doit leur apprendre à parler, à raconter leur parcours.
Ce coffret en bois simple n'a pas besoin d'aide. Il est tout petit. Seul. Mais une main habile a coulé dans l'encre noire sa propre histoire. Petite remontée dans le temps.

"Contient la balle qui après avoir fait ricochet sur les barres de fer du balcon, a perçé la vitre d'un trou rond, puis est venue tomber aux pieds de Madame Caroline de Saint Ferreol et d'Anne Rietschel, assises auprès de la cheminée" - Prise de Paris par l'armée de Versailles - 1870 - "La balle venait de la barricade du Pont de la Tournelle défendue par les communards".
La famille Rietschel et de Saint Ferreol habitaient au 12 rue du Cardinal Lemoine.

138 ans plus tard, cette boite est toujours là. Il est étonnant d'imaginer qu'elle fut conservée comme une relique. Une petite poche de cuir protège la balle patinée qui repose sur un lit de coton. A d'autres époques, des cachets en cire rouge la protégeait contre des regards indiscrets.
Dans cet appartement parisien, cet évènement fut sans doute bien marquant pour mériter ensuite autant d'attentions, comme sur les pas d'une collection. ;-)

technorati tags:

samedi 1 décembre 2007

Les massues paoa de l'Ile de Pâques

Ce visage fait partie du manche d'une massue de l'Ile de Pâques. Dans le passé ces armes (paoa) et les bâtons de commandement (ua) étaient très prestigieux, le bois étant rare. Il s'agit sans doute d'une tête de femme sculptée.

Les cheveux couvrent le front jusqu'aux yeux, incrustés en obsidienne et en os réajustés aujourd'hui. Les oreilles hypertrophiées sont collées au visage. De leur côté, les poches lacrymales forment des petites bosses sous les paupières et renforcent le caractère exhorbitant des globes oculaires.

Cet objet de guerre n'a sans doute jamais servi. Il fut probablement travaillé tardivement dans les années 60.

Le bois de toromiro, si rare hier, a ici cédé sa place à une essence plus commune et plus légère. Mais reste cependant cette plastique étonnante, si particulière à l'Ile de Pâques dont cet objet est une belle évocation.
Il ressemble d'ailleurs à un très bel exemplaire de l'ancienne collection londonienne Hooper.

Quelques autres exemples d'objets de l'Ile de Pâques.