dimanche 9 décembre 2007

Paysages et cérémonies aborigènes des Pintupi, par Bombatu Napangati

© With the courtesy of Papunya Tula Artists, Bombatu Napangardi© Collection privée Brocard-Estrangin

Bien peu d'Aborigènes ont eu l'occasion de prendre l'avion. De s'envoler vers d'autres lieux. De prendre de la hauteur par rapport à leur région. De lire leur paysage avec d'autres points de vue... Et pourtant ils représentent bien souvent la terre "vue du ciel". Une vision abstraite, symbolique, éloignée. Un code de lecture, avec une grammaire visuelle, de leurs plus anciens mythes. Il y a des milliers d'années avant notre ère, avant la technologie, les Aborigènes chantaient déjà ces codes visuels.

Ces capacités d'abstraction étonnent encore aujourd'hui. Elles font de temps en temps penser aux géoglyphes géants du Pérou. A ces peuples capables aux temps les plus anciens, de réaliser ce qui nous semblait impossible à ces époques sans techniques sophistiquées. Des animaux de 100 mètres de long dessinés sur le sol prennent vie dans ces montagnes dans la soustraction ou l'addition. En enlevant des pierres noires ou en disposant différemment celles-ci.

C'est à un autre dialogue que nous invitent ici les aborigènes. Plus intimiste, avec des jeux de motifs sur une petit espace. Sur le sable hier. Sur des toiles ou écorces aujourd'hui. Mais avec des symboles tout aussi abstraits, tout autant observés du ciel, tels ces trous d'eau, ces hommes assis en forme de U, ces traces sur le sol, ces montagnes symbolisées.

Comment ces communautés vivant dans le désert, avec très peu de moyens en sont-elles arrivées à de telles constructions de pensée ? A développer, à élaborer ces visuels ? A faire abstraction de la perspective vue du sol pour adopter celle vue du ciel ? Des passeurs, chamans, grands initiés, en transe, ont-ils eu ces capacités à inventer d'autres représentations ? L'absence de moyens, de techniques, du bruit des objets, a-t-elle conduit leur pensée à se contruire, se développer vers d'autres dimensions ? Cela reste mystérieux mais démontre une réelle complexité développée par ces intellectuels du désert.

Sur ce tableau, j'aime suivre les lignes sinueuses de la toile évoquant les dunes de sable autour du trou dans la roche près de Pilipili, à l'ouest de l'Australie autour de Kiwirrkura. L'ensemble dessine comme la contruction d'un labyrinthe complexe, des sortes de chemins initiatiques...

L'homme est absent de cette toile tout en étant à la fois omniprésent. Bien qu'abstrait le tableau représente un groupe de femme campant sur le lieu afin d'y préparer les cérémonies. Dans ce voyage elles emportent avec elle une large quantité de fruits, comme des petites tomates du bush, suggérées sur la toile par ces multiples petits points.
L'ensemble de l'oeuvre développe ainsi différentes dimensions : un itinéraire, la préparation de cérémonies, une vue spaciale harmonieuse, l'équilibre nourrissier, et les vibrations de l'espace dans ces zones désertiques... Comme un invitation à rentrer dans la toile.

Enregistrer un commentaire