mercredi 29 août 2012

Entre ciel et terre : l'astronomie aborigène ?

Seven sisters par l'artiste Sylvia Kanytjupai Ken. 198 x 197 cm.
© Collection privée Brocard-Estrangin
Les gaulois avaient peur que le ciel leur tombe sur la tête... Les grecques inventaient les signes du zodiac pour illustrer leurs mythologies... Les indiens Navarro donnèrent également un sens particulier au ciel, transfiguré dans les peintures de sable... Des recherches récentes à Lascaux, soulignent les correspondances des points cardinaux des animaux peints, avec le ciel retrouvé de l’époque préhistorique...
Face à l’immensité de la voute céleste étoilée, particulièrement lumineuse dans le désert Australien, je me demande que furent les réactions et inventions du peuple aborigène ?

Nomade, ne disposant pas d’abri en majorité, le ciel étoilé devait être présent dans leurs « rêves » et mythes attachés au bush.
Comment ignorer la lumière des étoiles quand celle-ci est sous votre nez toutes les nuits ?
Comment ne pas voir des signes en fonction des correspondances possibles avec les saisons, les évènements de la communauté ?

L’homme depuis la nuit des temps cherche à donner du sens, à mettre en perspective ce qui l’habite, ou les péripéties auxquelles il est confronté. Chez certains artistes aborigènes, comme Gulumbu Yunupingu, Angelina Pwerle…, j’ai été enthousiasmé par le travail d’abstraction autour des étoiles sur les écorces peintes, ou par les pistes du rêve de la prune sauvage représentées à l’acrylique de façon aussi complexe qu’une constellation.

Différentes études ont été lancées pour mieux comprendre l’astronomie aborigène, sans doute aussi complexe que celle de nos anciens. Notre intelligence en occident fut en partie absorbée par le progrès, les inventions technologiques.
A chaque fois que je songe aux peuples nomades disposant tous des mêmes capacités cognitives, j’imagine ce qu’ils firent de leur intelligence, sans « bruit » technologique.
Celle-ci était dédiée à quelque chose de plus intérieur, de plus spirituel. Leur perception du monde s’avérait sans doute beaucoup plus fine que nous, soumise aux assauts de leur intelligence, sans perturbation.

Il y a quelques semaines, je redécouvrais les créations de Tjala Arts. Ce centre d’art est entièrement géré par des aborigènes qui représentent la communauté d’Amata, située à 120 km d’Uluru, au cœur du désert australien.
Il s’agit d’un centre relativement récent, créé en 1997 par les femmes de la communauté. Son nom définitif a ensuite changé de Minymaku Arts en Tjala Arts quand les hommes sont devenus peintre à leur tour en 2006. Qui pourrait douter aujourd’hui de la vitalité de l’art aborigène ?


Une peinture attira mon attention. Elle est dédiée au rêve des 7 sœurs, une histoire ancestrale liée à la création. On y retrouve en particulier des correspondances avec les constellations des Pléiades et d’Orion.

Un homme mauvais (Nyiru) représenté par Orion, chasse les sœurs associées à la constellation des Pléiades et tente de se marier avec l’aînée.
Une poursuite, presque une quête, s’amorce entre ciel et terre, où les jeunes filles tentent d’échapper à ses assauts, s’incarnent en humain, remontent dans la voie lactée.
L’homme finira par avoir gain de cause, usant de magie pour arriver à ses fins et tenter ces jeunes filles avec également de succulentes tomates du bush ou des figuiers.

Une alternative à l’histoire, souligne que la plus jeune fille fut capturée, puis libérée par son aînée, pour ensuite toutes ensemble rejoindre le ciel, où elles finissent par former la constellation des Pléiades… Pour pimenter l’ensemble, l’artiste n’hésite pas de temps à autres à suggérer des éléments sexuels dans la peinture, tellement l’homme mauvais est obnubilé par cela.


Les jeux de couleurs, le balancement des motifs, la finesse de l’exécution, la lecture profonde de l’œuvre à plusieurs niveaux, ne pouvaient que me séduire.
J’avais déjà remarqué le travail de grande qualité de la jeune artiste Sylvia Kanytjupai Ken.
Elle est née autour du 14 mars 1965 sur les terres Anangu Pitjantjara, dans le sud de l’Australie, et elle a commencé à peindre à l’âge de 34 ans, dans la même dynamique que ses parents (Brenton et Iluwanti), et ses sœurs (Kristy et Serena Heffernan).

Il me faudra attendre longtemps pour acquérir cette peinture. Mais l’intention y est.
En considérant la qualité des œuvres produites par cette communauté, je vous invite particulièrement à tenir à l’œil le centre d’art de Tjala Arts.
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