dimanche 9 mars 2014

L'artiste Aborigène Lydia Balbal ! Authenticité de la voix d'une civilisation

Art Aborigène : Lydia Balbal
Lydia Balbal. Communauté de Bidyadanga. 167x112 cm.
© Collection privée Brocard - Estrangin

Ce soir, je rentre à la maison après un dîner passionnant avec un conservateur. Nous avons discuté peintures, artistes, évolution de mouvements artistiques...
Il est 1h46, avant d'éteindre la lumière, seul, je m'arrête un instant sur cette toile. Et je la prends en photo sous la lumière. Elle m'appelle, m'interroge, ne souhaite pas fermer le ban de la journée, comme une petite voix pour dire : je suis là, j'ai un truc à dire, j'exprime quelque chose... Mon peuple parle... Peux-tu ressentir la force de ces mouvements, les balancements telluriques des ancêtres ?

Cette toile est bavarde, avant que la lumière ne tombe. Elle m'interpelle. Je ne reste pas indifférent. Elle est touchante car jamais elle ne fut encore sélectionnée par un conservateur pour une exposition. Ce n'est pas faute de l'avoir proposé d'ailleurs ! Mais non, elle ne les séduit pas. Ils restent de marbre ! Et pourtant quelle force elle a encore ce soir. Elle est là toute seule sous le projecteur. Les traits de sa super-structure se détachent. Trame de fond, lignes de profondeur terrestre, ils balancent la composition. On les devine à peine derrière les points resserrés et gras. Verticaux, horizontaux, ils mesurent l'espace, tels une partition de musique.

Et sa mélopée s'envole. On y entend le chant du vent, les crissements du sable, le bruissement des arbustes... Les grondements des ancêtres premiers dans les profondeurs de la terre. Ils sont là, convoqués sur cette oeuvre.

Je ne peux m'empêcher d'être triste néanmoins face à ce travail de Lydia Balbal. L'artiste perd la vue. Si forte, si énergique, sa puissance expressive s'émousse. Ses toiles se font plus rares. Elle fit cependant partie des dernières nomades de sa génération, avant de connaître la sédentarisation dans la communauté de Bidyadanga.

Sa parole reste pure, franche, entière, en directe connexion avec les émotions et le savoir de son peuple. Il existe dans ces formes une authenticité, une vérité transperçante dont l'intensité et les échos me touchent.

Et pourtant cette toile ne fut pas encore sélectionnée. En revanche d'autres oeuvres de Lydia Balbal sont actuellement exposées à Bordeaux dans l'exposition "Mémoires Vives", ou à Utrecht à l'AAMU dans le cadre de "Country to coast : art of the Kimberley".

Celle-ci restée à la maison, laissée finalement de côté, devient encore plus attachante. Elle ne voyage plus, pour l'instant, et reste là tout près de moi. Je perçois sa profondeur, ce trou d'eau possible sur la droite, comme sous un voile diaphane, cette structure équilibrée, ancrée et campée, mais bousculée par ces multiples points chahutés et vitupérants. Il y existe comme un deuxième language au delà des formes perceptibles, comme un dialogue direct et sincère avec une autre réalité, une autre vie, par delà les schémas de notre civilisation.

La lumière s'éteint.
Bonne nuit.

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