jeudi 7 février 2008

Pouvoirs et lumières diaphanes du Yemen

© Collection privée BROCARD II.

Ces amis ne voulaient pas aller au Yemen. Ce pays ne leur disait rien. Proche de l'Arabie Saoudite, il ne devait y avoir là-bas que sable et désert. Pas question d'y passer les vacances d'été. Cela leur semblait tout à fait incongru et caniculaire.

J'insistais. A l'aide de bouquins, photos à l'appui, ils découvrirent des montagnes, le mythe de la Reine de Saba, l'origine du café, la terre de l'encens et de la myrrhe... Les montagnes cultivées en terrasse, les citadelles haut-perchées... Les plages de sable blanc de l'Océan Indien... La Manhattan du désert... Le rêve d'un été inoubliable prenait forme.

Nous ne furent pas déçus. Ce pays est livré dans son écrin à qui sait l'approcher avec discrétion. Aucun touriste cette année là. Juste un petit groupe avant nous. Le terrorisme avait commencé à frapper et à inquiéter les esprits. Si nous avions suivi les recommandations des Affaires Etrangères, nous ne serions d'ailleurs pas partis.

Ces avis sont étranges. Ils invitent à éviter beaucoup de dictatures. Alors que ces pays sont des paradis pour touristes, sans délinquance, avec un haut niveau de sécurité assuré par le pouvoir en place. Les démocraties de leur côté, offrent beaucoup moins de garanties. Certains s'amusent à voir dans ce dernier système politique, le plus fragile de la planète, là où l'humanité a le moins d'expérience, quelques siècles à peine, alors que nous cherchons à l'imposer partout. Inversement les pouvoirs forts et les logiques tribales ont été expérimentés durant des millénaires. Cela me laisse vraiment songeur... sans prendre une option radicale pour un système ou l'autre.

Sur un haut plateau proche des 3000 m, nous rencontrons le chef de nombreux villages, à plusieurs heures de distance les uns des autres. Il marcha un temps avec nous. Sa voix était posée, calme, sa diction précise. Avec justesse et bienveillance, son regard vif jaugeait ses semblables. Sa marche était celle d'un homme aguerri, toutefois aidé d'un bâton. Il portait sa jambiya avec noblesse, ses vêtements figuraient une silhouette élancée. Un réel charisme émanait de lui. Nous ne comprenions pas sa langue. Il inspirait à nos guides un profond respect bientôt contagieux... Et pourtant, il avait tout juste 18 ans !

Ce prodige éveilla notre curiosité. Comment un jeune homme pouvait-il avoir été choisi par tant de communautés distinctes pour en être leur chef ? Si jeune ? A un âge où dans d'autres pays, les adolescents n'ont guère de crédibilité ? Cherchent leurs chemins ? Eprouvent les limites du système ? En fait cela n'étonnait pas du tout nos guides. Ce garçon, orphelin, avait été pris en charge par son grand-père, sage et respecté par tous. L'ancien partagea avec lui son expérience de la nature humaine, du don de soi, de l'engagement pour la communauté. Il lui appris à muer son ambition personnelle en projet et vision collective, à les conduire de façon volontaire, dans l'abandon du moi... Nous étions impressionnés. Aujourd'hui, ces concepts semblent inversement, si éloignés de la vie politique de notre hexagone...

Sur cette lampe à huile en albâtre, il est possible de disposer près de 15 mèches. Elle éclaire ainsi avec éclat la maison, ou les lieux de culte. L'albâtre s'illumine de ses feux, devient lumière lui-même, semble comme une illusion au bout de sa chaîne, brûlant. Il révèle le relief autour de lui tout en s'effaçant.

Cette lampe semble comme la métaphore du chef, d'un guide, qui révèle les talents, oriente et s'efface à son tour. Tel ce grand-père qui partagea son savoir. Tel ce jeune qui prend aujourd'hui la suite... La lumière, comme le pouvoir, peuvent ainsi prendre des tonalités diaphanes au coeur du Yemen.

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