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mardi 20 mai 2008

Toucher le phare d'Alexandrie

© 2007. Photo Bertrand.

Lumière du soir sur le fort de Qaitbay en bout de corniche à Alexandrie. Les pierres dorées en calcaire se marient avec un granit friable. Il a traversé le temps. Certains angles sont ourlés de fines ciselures. D'une pièce le linteau pèse plusieurs tonnes. L'ensemble forme l'ouverture d'une petite porte, côté terre, du défunt phare d'Alexandrie.

Le militaire de garde quitte l'endroit un instant. Je m'arrête, passe la main sur la surface de la pierre. Le granit garde encore la chaleur de la journée passée. Il semble vivant, comme le dernier témoin encore visible de cette merveille du monde antique. Il vibre en souvenir de toutes ces générations ayant traversé cette entrée : Ptolémés, Phéniciens, Carthaginois, Romains, Arabes... et aujourd'hui de cohortes de touristes relativement indifférentes.

mardi 29 avril 2008

Renaissance du phare d'Alexandrie : de l'anastylose à la création 2/2

Plan de l'anastylose du phare, synthétisant graphiquement les travaux des équipes du CEAlex © , Y. Vigouroux
Plan du musée du phare imaginée par Y. Vigouroux. © CEAlex.

Ce projet pourrait bien voir le jour. Il s'agira d'une première. La ré-invention d'une des sept merveilles du monde. Le phare d'Alexandrie.
Le CEAlex dirigé par Jean-Yves Empereur est sur les rangs. Ses équipes en charge des fouilles sous-marines de la corniche de la ville, ont déjà remonté des flots quelques statues monumentales des Ptolémés.

Au cours des plongés successives ils ont également identifié sous l'eau d'immenses blocs de granit qui faisaient près de 12 mètres de haut. Il ne s'agit pas du fût de colonnes antiques, ni d'un banc pour d'autres géants, mais bien des immenses montants et du linteau de la porte du mythique phare.

Prenons de la hauteur. Laissons parler l'imagination. Nous voici guidé par un plan du projet évoqué dans un précédent billet.
On distingue bien la grandiose porte du phare, face à la mer, dans l'alignement d'une terrasse rituelle. Le phare était temple. Le temple était phare. L'emplacement face à l'immensité invitait à la spiritualité. Les bateaux pouvaient y accoster à l'occasion de cérémonies.

Sous le seuil de la porte figure le sous-bassement symbolique du phare antique. Lumineux, ouvert sur la corniche, il offrira un espace dédié à un musée accueillant les pièces fragiles du monument, tellement érodées par le temps.

Plan de l'anastylose du phare, synthétisant graphiquement les travaux des équipes du CEAlex © , Y. Vigouroux


La nuit, un éclairage laser donnera du volume à l'édifice. Il suggérera la forme et la hauteur de l'édifice antique. De l'anastylose de la porte, composée des éléments d'origine, le phare se ré-inventera et prendra vie dans une déclinaison symbolique de lumière.

Il reste aujourd'hui à conjuguer les bonnes volontés et autorisations égyptiennes nécessaires...
La créativité des tailleurs de pierre, chefs de projet, architectes est là... Nous comptons sur eux et les mécènes, pour offrir ce monument à la ville d'Alexandrie. A suivre...

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Ré-inventer le phare d'Alexandrie : de l'anastylose à la création 1/2

Aujourd'hui un projet unique, enthousiasmant, fragile, s'apprête à voir le jour : l'invention du phare d'Alexandrie.
Inventer ? Ce mot pourrait surprendre. Re-créer, relancer, élever... pourrait être comme une hérésie sur le plan archéologique. Comment pourrait-on édifier à nouveau ce qui fut ?
Et pourtant cela reste possible avec une grande rigueur scientifique, en procédant à ce que le métier appelle une anastylose.
Il s'agit de la reconstruction à partir des éléments originaux du phare. Ceux-ci seront repositionnés à l'endroit initial où les blocs étaient situés dans le bâtiment lui-même.

Le phare a disparu au Moyen Age, absorbé par les flots. Il n'en reste plus rien de visible aujourd'hui.
Certains envisagent qu'une partie du fort de Quaitbay serait la base de cette défunte merveille du monde.
D'autres pensent que l'imaginaire reste le seul référentiel acceptable pour l'éternité. Un rêve, une mémoire enfouie, généreuse, exagérée, juste poétique.

Et pourtant le phare est bien là. Enfin une partie. Sous nos pieds. Sous les vagues tumultueuses de la rade d'Alexandrie. Les archéologues plongeurs de l'équipe de Jean-Yves Empereur trouvèrent différents blocs de granit. Après analyses, recoupements, débats... il devenait clair que ces pierres étaient les restes de la grande porte du phare.

Et pourtant tous ces éléments furent disséminées sous l'eau après un tremblement de terre. Aujourd'hui ils servent en partie de sous-bassement au fort du Moyen-Age. Sous terre ou sous mer le phare n'est plus. De toute façon il ne serait donc pas envisageable de le remonter dans son entier.

Cependant, sortir les pierres de l'eau. Elever à nouveau ce qui fut l'entrée rituelle du monument, juste cette porte, son linteau, semblerait possible.
Imaginez-vous demain passer sous cette ouverture de 12 mètres de haut...

Il s'agit d'un projet gigantesque, aux confins de l'archéologie, de la politique, du mythe entretenu d'une des dernières merveilles du monde...

On voyait il y a peu les plans d'anastylose réalisés par Y. Vigouroux à partir des données et travaux de l'ensemble des équipes du CEAlex, ainsi que son projet de Musée du Phare. Ils font tout simplement rêver un simple amateur.

L'idée est belle, fragile, enthousiasmante pour cette ville un peu oubliée et pourtant si attachante. A suivre...

lundi 11 février 2008

Lumière à travers des grilles...

Lumière à travers des grilles... Cette photo, ce billet pourrait être le titre d'un film. Un court métrage porteur d'un message d'espoir, d'un hommage aux Hommes injustement emprisonnés dans les prisons du monde. Aujourd'hui, les exemples ne manquent pas. Sur l'ensemble des continents, jusqu'aux plus grandes démocraties.
Ils révoltent un enfant. Touchent à peine un adulte. L'indifférence, l'oubli, deviennent la lèpre de nos temps modernes.
Opposants politiques... Pseudo terroristes... Otages... ils sont des légions, privés de leurs droits.
Il serait difficile de tous les citer. Guantánamo révulse depuis 6 ans déjà. Des figures emblématiques soulignent tous ces captifs pour leurs idées : Ingrid Betancourt, Aung San Suu Kyi... A côté de cela, de façon collective, les violations des droits humains sont multiples au Darfour, en Palestine, en Irak, au Soudan... Et dans bien d'autres pays qui luttent contre le terrorisme avec presque les mêmes méthodes... Penser à eux, ne jamais les oublier, est déjà un premier pas d'une longue marche vers la liberté.

Lumière à travers des grilles... Cette formule pourrait être une leçon de vie. Celle d'un grand-père à son petit fils. Le témoignage de quelques règles de sagesse à la fin d'un parcours. Comme un cadeau d'un esprit à une tête en devenir. A une pensée qui aura tant de difficultés à construire ses vérités. Comme un passeport pour passer des caps, grandir, développer sa vision d'un projet de vie.
Tant de choses que j'aurais aimé que notre dernier grand-père transmette. Il y fut invité. Mais aujourd'hui il ne le fait pas. Certes il témoigne de son parcours, des grandes rencontres de sa vie, de ses enthousiasmes théologiques, d'engagements marquants, d'anecdotes transmissibles... Mais pas de leçons de vie. Tout cela démontre une pudeur toute respectable, une volonté de gérer son image avec sobriété, le choix de laisser à chacun construire son oeuvre. Du haut de ses 93 ans, j'aurais pourtant tant aimé apprendre de lui ce qu'il retient de cette existence, quelles expériences il en retire, quels enseignements il pourrait partager... Cela sera sans doute pour une autre fois...

Lumière à travers des grilles... Cette illustration pourrait faire penser à un cahier d'écolier, couvert de mots, portés par des lignes. Elles racontent l'histoire d'un monument qui n'existe plus. Derrière cet ensemble défensif du fort de Qaït Bey, c'est un ouvrage mythique qui se cache. Il illumina les mers de ses feux, rayonna du savoir rassemblé dans la bibliothèque de la ville. Hier, à cet endroit, s'élevait une des dernières merveilles du monde antique. Puis «…en l’an 1303, le 8 août, il y eut un grand tremblement de terre à Alexandrie qui fit tomber le Phare et bien le tiers de la ville. »* Quelques éléments du fort, en granit antique, suggèrent une ré-utilisation des matériaux. La mer y cache la porte monumentale bientôt ré-élevée dans une anastylose... Aujourd'hui il ne reste que les grilles des mots pour en parler. Mais la lumière éternelle du phare des phares est toujours là, au coeur du fort, et dans l'imaginaire de Hommes.

(*) Source : Thalamus Parvus, chronique romane des XIII/XVIIe siècles, 1836.