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vendredi 18 janvier 2008

Un bijou carrefour de civilisations

Cet objet souligne la rencontre de différents univers. La pierre a été travaillée, polie, lustrée par des années d'usage. Elle fut une hache, outil ou objet votif des peuples disparus du Sahara.

Des millénaires après le néolithique, la finesse du grain invite un artisan Touareg à la sertir. Une autre culture nomade offre une nouvelle vie à l'objet. L'objet devient presque carrefour de civilisation, machine à remonter le temps.

Argent, et cuivre jaune enserrent la hache dans un jeu complexe de motifs géométriques. L'ensemble suggère comme un petit personnage doté d'une tête en forme de boucle, d'un buste ciselé, d'un large boubou sombre marqué par la pierre. Au dos figurent des caractères Tamatchek accompagnés d'une étoile à 6 branches.

L'objet a quitté le monde des outils et s'affiche désormais comme un bijou doté d'une dimension supplémentaire, symbolique, comme un gri-gri avec une portée magique.

Une combinaison de symboles, des interactions sur des millénaires, des correspondances entre peuples nomades... Autant d'éléments porteur de sens, donnent de la profondeur à cet objet. Je n'hésitais plus et proposais d'acheter ce bijou porté par un Touareg dans les rues d'Agadez.

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samedi 10 novembre 2007

L'art de la poterie au Néolithique

Au fil de différents périples au Sahara, l'oeil s'arrête durant la marche sur quelques témoignages d'une présence. Celle de l'Autruche, près de 4000 ans auparavant en Algérie. Il ne reste que les éclats blancs vestiges sans doute d'une gourde en coquille d'oeuf.

Des tessons, de multiples tessons, juste d'hier ou bien plus anciens comme ceux du Néolithique, qui débuta au Sahara vers 9500 BP. Soit bien avant la supposée migration de la culture de la "pierre polie", du Nil vers le reste de la région. Plusieurs foyers ont donné naissance à cette révolution de l'élevage soulignant la grande créativité de l'esprit humain et sa capacité à copier les meilleures pratiques.

Les motifs dessinés sur l'argile, le sont à partir de peignes en pierre avec des lignes sinueuses et parallèles, ou de bâtonnets, herbes, coquillages...
Recherche esthétique avant tout, ces dessins soulignent des ethnies disparues ou les talents d'ateliers de création spécifiques. Tant l'on retrouve des types très marqués dans certaines régions comme en Mauritanie, au Niger, ou dans certains massifs de l'Algérie.

Le fragment d'un vase au centre provient quant à lui de Libye. Il était tout seul, perdu au milieu d'un océan de pierres noires volcaniques, presque invisible. Je ne connais pas son époque. Le design de fines lignes dessinées sur le col indique une grande maîtrise de la technique de décoration, comme la volonté de conférer à cet objet une vocation au delà de sa dimension purement usuelle.

J'en profite pour mettre un lien vers une vidéo intéressante de Leptixi sur YouTube à propos d'un TP sur les céramiques.

mercredi 3 octobre 2007

Naissance de l'art : par l'outil de pierre

De quand date la naissance de l'art ? C'était un peu la question clef d'un article du journal Le Monde il y a deux ou trois ans. Le journaliste évoquait cette pierre taillée posée au fond d'une tombe. Il y a en avait plusieurs. Des petites, grandes, polies, ou aux arêtes bien vives.

Mais cette pierre là était bien différente. Elle était posée sur le corps et offrait en son centre, comme cerclée par le travail du tailleur une inclusion naturelle. Cela ne pouvait être un hasard. Ce motif était centré avec de réelles qualités esthétiques. Il y avait clairement recherche, sensibilité aux prémices de cette humanité découvrant l'au-delà après la mort.

Le journaliste y voyait, comme les archéologues d'aileurs, la naissance de l'art. L'hypothése était audacieuse et ne manquait pas de me séduire.

Aussi quand je tombais sur cette pierre taillée, probalement une silexite, il y a quelques mois au Niger, je ne pus m'empêcher de penser à ces premiers artistes.

Le mouvement des lignes rouges, comme des larmes de sang donne un effet presque vivant à cet objet. Volontiers on se laisse imaginer les ouvriers s'en armant à la fin du paléolithique.

Le tailleur est-il resté indifférent lors de son travail ? A-t-il pu ignorer, sans jouer avec les mouvements impulsés sur cette surface ? En tous les cas un beau clin d'oeil à travers le temps que je voulais partager avec vous.

samedi 29 septembre 2007

Des outils avec matière extra-terrestre : le verre Libyque

Il y a très longtemps, à une échelle presque infinie à l'échelle humaine, tombait une météorite dans le désert Libyque. C'était quelques 28,5 millions d'années en arrière.
La météorite devait être tellement énorme qu'elle rebondit sur terre. L'impact considérable provoqua la fusion du sable et d'éléments chimiques contenus dans ce corps étranger.

Sur la planète venait d'apparaître le verre Libyque. L'homme apparut bien plus tard. Il fut tout de suite fasciné par cette matière nouvelle, un peu plus résistante que le silex. Il l'utilisa avec succès pour des outils au Paléo ou Néolithique, comme sur cette photo.

Ce verre mystérieux contient du dioxyde de silicium et de l'iridium, probable indicateur d'une origine extra-terrestre de certaines molécules. Les pharaons intrigués l'utilisèrent comme amulette et des mythes commencèrent à se former sur ces gisements du désert et leur naissance. Théodore Monod lança des expéditions pour retrouver sa trace.
Aujourd'hui rares sont les aventuriers qui parcourent ces terres arides souvent interdites, juste à la frontière de la Libye et de l'Egypte.

jeudi 2 août 2007

La nature souligne le travail des hommes du Néolithique

Il est 1 h de l'après-midi, entre désert noir et désert blanc, sur les chemins de l'Egypte. Le moment de la sieste. Une partie du groupe cherche de l'ombre en ce mois d'Avril, derrière quelques champignons de calcaire, rescapés des anciennes mers.

Face aux petites falaises blanches formant comme une crique, on imagine les vagues se fracassant sur la plage. La courbe dessinée par les éléments donne à ce lieu une quiétude particulière. J'ai le sentiment d'une présence. Que cet espace devait être occupé il y a quelques millénaires.

Avec mes comparses, nous parcourons le sol, en discutant, à la recherche d'aspérités, de formes inattendues. Quelques meules apparaissent sur des monticules. Elles ont sans doute été disposées là par des nomades de passage. Elles servent soit de repaire, de kairn, ou tout simplement d'outils, mis aujourd'hui à disposition de l'homme de passage.

C'est bon signe. Nous continuons à chercher du regard, sous le soleil et la chaleur. Les cailloux sont nombreux. C'est un peu ce que l'on appelle un désert de pierre à cet endroit. Difficile de distinguer le naturel de l'objet travaillé.

Tout à coup, l'un de nous découvre la magnifique hâche en silex couleur charbon, présentée sur la gauche. Cela décuple notre motivation. Et affute nos yeux qui scrutent maintenant avec attention l'espace.
Long, finement ciselé, je découvre un poignard taillé dans un silex blond comme le miel.
Un peu plus loin, un éclat courbé, se distingue nettement sur le sol. Il a été taillé avec précision sur un côté tout en respectant l'ondulation naturelle de la pierre.

La collecte ne manque pas d'intérêt. Nous demandons à nos amis nomades quel est le nom du lieu pour bien référencer l'origine des pièces. Les GPS n'existaient pas encore. C'était il y a longtemps. Mais des noms comme vallée aux corbeaux sont bien plus poétiques et évocateurs. Bien que finalement nous n'ayons jamais croisé ces volatiles.

Les silex dans la partie haute furent trouvés un soir avant l'installation du bivouac pour la nuit, sous le ciel étoilé d'Egypte. L'éclat en haut de l'image, travaillé comme un gratoir est assez marquant avec une oxydation blanche inscrite comme un ourlet sur toute la ligne de taille.
Quand la nature souligne le travail de nos anciens il y a 8000 ans...

lundi 30 juillet 2007

Tendre la main aux hommes du Néolithique


Passez la main sur ces meules et molettes du néolithique. Imaginez le geste habile des hommes d'hier. A la force du poignet ils travaillaient les grains sauvages collectés au Sahara, pour les moudre et faciliter leur alimentation.

A force d'être accroupis, agenouillés sur le sol, à créer de la farine, les femmes et hommes du néolithique avaient développé quelques pathologies, comme des usures caractéristiques des articulations à cause de mouvements beaucoup trop répétitifs.

Dans la Sahara Libyen nous trouvions de magnifiques meules tellement usées que la pierre dure offrait un galbe singulier, comme ces deux molettes au premier plan.
Celle du centre, noire est étonnante par sa forme oblonde. Elle était encore curieusement utilisée aujourd'hui par un Touareg pour poncer ses pieds. Je ne manquais pas de lui acheter après quelques tractations.

Les autres viennent d'Egypte, du Niger ou d'Algérie, avec des "peaux de pierre" plus ou moins fines. Mais toujours une excellente prise en main. Et l'émotion de tendre la main par le geste à des Hommes 8000 ans en arrière.

samedi 17 mars 2007

Néolithique : ils ouvrent les portes de la pierre polie


Collection privée BROCARD II.

Il y a 10 000 ans, un jeune démarrait avec sa boite à outil de silex. Avec elle il couvrait tous ses besoins, de la cuisine à la chasse. Certains outils se cassaient régulièrement et nécessitaient d'être renouvellés. D'autres traversaient les années curieusement épargnés. Les veines de la pierre, bien pensées dans la matière, esquivaient les multiples chocs et altérations potentielles.

D'outils anonymes, la hâche, le couteau, le grattoire, gagnaient leurs lettres de noblesse avec le temps. Ils avaient accompagné leur auteur tant d'années pour tanner les peaux, gratter, fendre le bois, qu'ils devenaient comme un compagnon rassurant, un peu fétiche.

A chaque usage il se couvrait d'une noble patine. Celle d'heures de peine, où la sueur mariait subtilement la graisse humaine à la terre environnante. Au fil des ans, les angles de l'outil s'émoussaient, livrant de moins en moins d'aspérités susceptibles de le fragiliser.
L'objet devenait de plus en plus précieux et ouvrait naturellement, sans s'en rendre compte les portes de la Pierre Polie.

Ces premiers objets traversèrent les générations, si solides, porteurs d'émotions, de la mémoire du père au fils. D'un polissage partiel hier, l'objet devenait de plus en plus lisse au cours des usages, révélant le grain particulier, les mouvements de la pierre, la douceur du toucher.

La révolution d'un regard changea sans doute la destination de l'objet. Un artiste décela dans la matière un terrain d'investigation, d'expression, de résonance spirituelle. La pierre en devenant polie perdait son sens premier. Les hâches grandirent pour devenir votives. D'outils hier, elles se transformaient en oeuvres d'art involontaires, invitant à de nouveaux savoir-faire et sensualités.La pierre n'a pas d'âge. Comme cette technique ancestrale. Elle se rencontre aujourd'hui encore sur les terres de Papouasie Nouvelle Guinée comme ces quelques exemplaires en diorite verte ou basalte. Hâches remarquables dont la taille s'échelonne entre 17 à 35 cm, et enchantent le regard comme l'histoire du geste.

P.S. : la photo du haut reprend quelques hâches collectées en France, au Sahara, sur deux ou trois générations.

mardi 16 janvier 2007

Ils jonglent avec l'histoire

Différents objets s'amusent à jongler avec l'histoire sur des distances considérables. Au centre deux oeufs de Dinosaure fossilisés, vétérants des lieux affichent avec fierté leur 65 millions d'années. Le pôt de miel en peau d'antilope thermoformé singe bien involontairement la coupe du monde foot. Simplicité et force symbolique des formes. A une extrémité, une tête Gandhara en schiste tisse un lien avec les épopées du Grand Alexandre. A l'autre une petite tête de Boudha en bronze souligne la finesse des oeuvres de Thaïlande au XVIIe siècle et s'amuserait volontiers à saisir le couvre chef russe composé de fil d'or et d'argent de la même époque.

Un casse tête en pierre, originaire du Sahara souligne la "crudité" des conflits aux confins du néolithique et provoque les multiples bouteilles d'absolu de parfum de la parfumerie Roure, symboles d'un raffinement plus inaccessible.

Une écorce peinte de la communauté de Maningrida aiguisse l'appétit. L'artiste Samuel Namundja y représente un poisson dans le plus pur style rayon X. L'animal se retrouve dans son plus simple appareil, arrêtes et chair bien distinguées grâce aux fines rayures. Il s'agit en fait d'une oeuvre pédagogique, soulignant les parties comestibles du poisson et la façon la plus habile de le découper. Un met de choix dans la salle à manger.

Encadrée par deux armes rituelles de Papouasie Nouvelle Guinée, la peinture souligne les matières des voisins : bois sculpté, tissage d'herbe, hâches polies dans la profondeur du jade.
Une monnaie composée d'une large coquille nacrée de Tridacna géant fossile semble soutenir de son anneau l'arme d'un autre temps. Les objets dialoguent entre eux. Tissent des liens. Jouent des correspondances. Cet espace suspendu vous invite à traverser les continents.

mardi 26 décembre 2006

Une pierre comme sésame

Désert blanc l'hiver dernier. Cinq jours de marche. Vallée des champignons. Nous sommes au milieu du jour. Chacun recherche un peu d'ombre. C'est la sieste. L'endroit est magique, comme habité. Une invitation à découvrir le lieu. A rechercher quelques témoignages.

Nous passons deux heures à scruter les rides du sol, les pierres jonchées sur la surface. Du blanc immaculé des concrétions calcaires, au sable blond, les alternances picturales du sol sont pénétrantes.

La chaleur est accablante. Au loin, une pierre ronde se distingue et attire le regard. Une meule portative au grain si fin, patinée par un usage prolongé. Une présence s'affirme. L'endroit devient moins minéral, presque plus familié. L'objet révèle une présence. Jongle avec les sensations. Devient sésame pour traverser les siècles. Et comme un maillon vers d'autres témoins.
A quelques pas, apparait un magnifique couteau en silex taillé, jouant avec les veines de la pierre, sans hasard, dans une recherche presque artistique. Ce sont les seuls objets encore visibles. Au moment de rebrousser chemin, dans une matière noire, proche de l'obsidienne, une grande hache en silex taillé se détache du sable doré. Rien de polie pour l'instant. Nous sommes sans doute un peu avant le néolithique sur un lieu de campement provisoire.

L'homme a bien probalement commençé à moudre les grains collectés des années avant toute sédentarisation, il y a plus de 10 000 ans et les meules si petites permettaient d'apporter un complément alimentaire bien précieux aux nomades des lieux.