mardi 6 mai 2014

Provenance d'une collection ?

A l'occasion, différents amis m'ont interrogé sur la provenance des oeuvres que je pouvais collectionner. C'est une excellente et vaste question ! Si l'idée de la provenance pour des toiles d'art Aborigène, suscite beaucoup de débats en Australie, sans doute il en existe un peu moins en Europe, distance oblige. Cependant le point mérite attention et même plus d'une fois.

Si vous avez un compte sur le réseau social Linked'in je vous invite par exemple à lire une discussion intéressante sur l'Indigenous Art Code, au sein du groupe "Aboriginal Art collector" avec différents points de vue assez contrastés. Il suffit de s'abonner au groupe pour y avoir accès.

Privilégier les centres d'art Aborigènes

Pour ma part, de façon assez générale, je crois important de se concentrer sur des toiles réalisées par des artistes dans le cadre des communautés artistiques Aborigènes ou centres d'art. C'est un gage de qualité, de respect de règles éthiques, d'un équilibre dans le partage des ressources afin d'assurer la pérennité du mouvement artistique.

Certains artistes cependant (urbains, ou plus indépendants), ne peignent pas dans le cadre de ces communautés artistiques. Il ne s'agira pas de les exclure bien entendu, mais il conviendra dés lors d'être plus attentif à la provenance et au cadre dans lequel l'œuvre a été réalisée, en particulier par exemple si les principes et articles du code ont été respectés par les marchands d'art ou galeries.

L'origines des œuvres en fonction des communautés Aborigènes

Les graphiques ci-dessous donnent un aperçu des provenances pour un collectionneur d'art Aborigène en Europe. Utopia figure dans le graphique pour simplifier l'exercice, bien que l'on ne puisse pas dire qu'il s'agit au sens strict d'une communauté, en tous les cas comparable aux autres.

Si je devais par ailleurs coller à ce graphique la chronologie et l'évolution de mes centres d'intérêt. Je dirais que j'ai commencé par la communauté de Ikuntji (située proche de Alice Spring, donc dans ce vaste champ associé à Utopia), et j'ai continué dans l'enchaînement par des toiles d'Utopia, pour ensuite assez rapidement passer à la communauté de Papunya. Ensuite je me suis intéressé à Maningrida, puis très vite à Bidyadanga, pour poursuivre ensuite sur Mangkaja en 2009.
Je fis ensuite de nombreux aller-retour sur ces différentes communautés, en explorant également d'autres centres d'art plus émergents comme Tjala, Warakurna, Tjungu Palya, Martumilli et Mornington Island tout dernièrement. Ce fut un magnifique chemin d'un monde monochrome vers un univers de couleurs, de créativité où l'audace dévoile les individualités marquantes des artistes.

Graphique 1 : provenance des toiles en fonction des communautés.

Les lieux d'achat des toiles Aborigènes

Le marché de l'art Aborigène est mondial. Si finalement à 63% je me suis directement approvionné en Australie, j'ai également considéré avec beaucoup d'intérêt le travail réalisé par différents galeristes, que ce soit à Singapore, à Londres, à Paris, à Utrecht ou San Francisco.
Avant tout j'étais à la recherche d'artistes spécifiques, d'individualités et d'œuvres marquantes, quitte à les acquérir loin de l'Australie.
Ce n'est pas tant le caractère esthétique qui me guidait, mais bien le fait qu'une toile doit surprendre, nous bousculer un peu, déranger si besoin... Ces interactions nourrissent le dialogue avec ces créations. Colin Laverty, grand collectionneur d'art Aborigène, parlait de ses critères de sélection, en disant qu'une œuvre devait les interpeller tout d'abord. Ce n'était pas tant la "beauté" en elle-même qui était recherchée, mais l'interpellation forte émanant de l'œuvre.

Graphique 2 : provenance des œuvres en fonction des lieux d'acquisition

La répartition des oeuvres Aborigènes en termes de média

Là je dois reconnaître que je n'avais pas trop besoin du graphique pour m'en rendre compte. Ce sont les peintures qui m'attirèrent et qui continuent de susciter principalement mon intérêt. Quelques objets peuvent néanmoins ponctuer cette dynamique. Même si cela ne figure pas ici dans ce graphique, il me semble nécessaire de mentionner également de nombreux autres médias utilisés par les artistes et qui méritent le détour comme : la vidéo, les gravures, lithographies, bronzes, photographies, créations lumineuses à l'aide de néon, sérigraphies, oeuvres audio...

La liste n'est pas exhaustive et souligne bien que l'art Aborigène n'est pas à ranger dans un tiroir étriqué réservé aux arts premiers. Il bouge, explore d'autres frontières et s'affirme résolument comme un mouvement contemporain, au coeur de son époque, usant d'une large palette de médias comme de bien nombreux artistes occidentaux.

Graphique 3 : provenance en fonction des médias utilisés

Provenance des œuvres Aborigènes en fonction des acteurs clefs

La mise en évidence d'un équilibre pour les acquisitions, entre les communautés Aborigènes en direct, et les galeries est une découverte. Et je suis heureux de cette répartition dans cette démarche. Elle contribue finalement à souligner la qualité réciproque du travail et de l'engagement des différents acteurs.
Ces dix dernières années j'ai fait appel à au moins 15 différentes galeries, chacune ayant ses spécificités, son regard, sa propre démarche. Certaines ont disparu, d'autres sont apparues, quelques fois de façon plus éphémère.
Et plus récemment je me suis laissé tenté par quelques acquisitions à travers des maisons de vente aux enchères, dans le feu de l'action.

Graphique 4 : provenance des toiles en fonction des acteurs

J'en profite pour remercier ici tous ces acteurs, souvent passionnés, éclairés, qui m'accompagnèrent sur ce chemin depuis dix ans. Dans de rares occasions, des toiles m'ont été suggérées. J'ai finalement pris l'initiative des contacts, de solliciter les uns ou les autres en fonction de mes choix, d'intérêts nouveaux, de tournants, portés par la créativité des artistes, et leur capacité à toujours ré-inventer cet art contemporain. Cette vague d'innovation, Aborigène, m'a porté sur des sentiers jamais imaginés auparavant.

J'ai apprécié d'avoir gardé une certaine liberté dans mes choix, sans dépendre d'une galerie, d'un marchand d'art en particulier, en ayant la possibilité de suivre l'intuition du moment. Je sais que certains auront pu exprimer que je travaillais directement et principalement avec eux. Ce n'était pas totalement faux, sans être juste néanmoins. Ces graphiques illustratifs démontrant clairement des équilibres intéressants entre de très nombreuses sources et de multiples acteurs.
Néanmoins il convient de reconnaître que cet effort pour diversifier les sources, garder une vrai liberté,  nécessite beaucoup d'énergie, et reste également complexe dans un monde de l'art aborigène où le choix est immense, mais les sélections sérieuses pas toujours aisées.

J'ai pris ce temps par passion également, au-delà de l'appréhension proprement dite des œuvres. Plus tard, j'ai apprécié de donner des conseils à des amis, de les accompagner ou de les aider également dans leurs choix. Ce cheminement fut nourrissant, dans toutes ces interactions et rencontres, dans le fait de contribuer à faire naître un intérêt ou des vocations de collectionneurs autour de moi.

C'est sans doute ce qui fait "l'ivresse" d'un mouvement d'art contemporain, vivant, avec sa créativité palpable là aujourd'hui, ses hauts et ses bas, et toutes ces petites histoires ou les plus grandes, dans le bouillonnement de tous les acteurs impliqués, y compris universitaires, où l'artiste heureusement revient finalement avec une force constante au centre de l'échiquier et nous questionne à nouveau.

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