mercredi 17 avril 2013

Mystère insondable des regards Inuit

Lunettes Inuit en os de baleine fossilisé. Collection Brocard-Estrangin

Je me souviens d'un collectionneur incroyable de lunettes, avenue Mozart à Paris. Il me semble qu'il s'appelait Marly ou quelque chose comme cela. La vitrine de sa boutique d'opticien me fascinait à la sortie du collège dans les années 80. Il y avait des lunettes de toutes les époques, complexes, en matières précieuses comme l'écaille, l'or, l'argent. Certaines avec des formes incroyables. Il était également créateur de montures.
En revanche il ne me semble pas y avoir vu de lunettes Inuit. Le côté brut, épuré, m'attirait-il à l'époque ? Est-il possible que je ne me sois pas arrêté sur ces objets dotés d’un dépouillement profond ? Difficile à dire.
Ces lunettes Eskimo sont aujourd'hui assez recherchées pour leurs formes minimalistes, ces traits à peine esquissés, ce jeu qui consiste à cacher le regard tout en le laissant presque deviner.
Il existe comme un mystère insondable dans cette infime lumière qui perce l'os de la monture.

On soupçonne un œil qui scrute la glace, le moindre détail, à l'affut du danger comme des opportunités de chasse. Sur ces immensités presque rien ne vient interrompre cette contemplation, à part l’usure face à l'éblouissement des éclats des cristaux.
L'organisation méthodique du noyau familial est un des gages de survie pour ces nomades du froid. Les matières premières sont aussi rares que les humains sur leurs terres. Les lunettes, inventives dans leur structure plissée, indispensables à la vie, se trouve presque muées en objet précieux en fonction des dépôts aléatoires d'os de baleine fossilisés, échoués sur les côtes.


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