mardi 9 avril 2013

Eureka, j'ai trouvé l'origine d'un univers de couleurs : les ikats d'Asie centrale

© Collection Brocard-Estrangin
Ikats d'Asie Centrale. XIXe siècle.

D'un monde nomade à l'autre il existe des correspondances. Il y a 23 ans, bien avant mon intérêt pour l'art aborigène, j'ai rencontré un nouvel univers avec les ikats d'Asie centrale. La capacité des tisserands à combiner les teintes, à jouer avec la lumière sur des trames de soie, ne cessait de m'étonner. Je crois qu'il s'est agi de mon premier éveil à la couleur. Il amorçait sans doute d'autres enthousiasmes bien plus tard autour des créations des artistes aborigènes.

J'appréciais également à cette époque le contraste entre la richesse des étoffes et le dépouillement a-priori des peuples itinérants. Dans ces premiers temps de collection, il s'agissait déjà d'une forte invitation au voyage, autour des mythes des richesses des cités caravanières.

Dans mon parcours d'amateur d'art, c'était également un troisième axe nomade qui allait me nourrir au fil des années, des peuples du Sahara, à ceux de l'Australie, en passant par l'Asie centrale. Quelle étonnante découverte d'imaginer que cet itinéraire fut celui également des premiers hommes quittant le berceau africain à la conquête du monde...

Deux décennies plus tard, il me fallut le hasard d'un rangement pour tomber à nouveau sur cet ikat du XIXe siècle. Nouvellement disposé sur un mannequin des années 30, il me posait hier quelques questions.

Comment ne pas s'interroger sur l'irruption de la couleur dans le monde des Aborigènes d'Australie ? Comme dans celui des nomades d'Asie centrale y compris dès le Ve ou VIe siècle ?
Je m'amusais hier de ces couleurs croisées dans un univers ou l'autre, avec une audace tout à fait comparable.

L'élément déterminant à mon sens, le pivot entre ces cultures : c'est la spécificité du regard du nomade, sa façon d'embrasser le monde, de capter les plus infimes nuances, de savoir lire les signes du sol et du ciel, d'y saisir l'éclat d'une touche de couleur dans un monde épuré souvent désertique... Ne s'agit-il pas d'une infinie curiosité face à un environnement qui défile, comme une bande passante, laquelle enregistre les mouvements des peuples et exacerbe ce qui surprend, les plus étranges artefacts de nos sens ?


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