lundi 11 février 2013

Naissance de la communauté Aborigène Mangkaja artistes : un cri talentueux sans inhibition

Art Aborigène : Yata Gypsy Yadda - Mangkaja
Jarriyi, par l'artiste Yata Gypsy YADDA. Communauté Mangkaja artists.
60 x 50 cm. Acrylique sur Velin.
Provenance : ReDot Fine Art Gallery à Singapore
Collection privée Brocard-Estrangin.    

Il existe des expositions manifestes, dans le sens fondateur du mot, car il y a un avant et un après ces évènements.
L'exposition sur Papunya au musée du Quai Branly en est une. Avec des oeuvres du premier big bang de l'art Aborigène contemporain, le socle de ce mouvement d'art a été posé en France. Cela se passait il y a quelques semaines et plus de 200 peintures nous renvoyaient il y a tout juste 40 ans. Une parole picturale si longtemps opprimée, contenue, oubliée, renaissait de ses cendres et invitait son peuple dans un nouveau siècle. Sans cette étincelle créative à Papunya, sans doute la culture Aborigène d'Australie ne serait plus aujourd'hui.
Quel tribut il convient de reconnaître à ces peintres premiers au coeur du bush !

Une autre exposition manifeste, se tient en ce moment dans une galerie réputée de Singapore (ReDot Fine Art Gallery), tenue par une grande figure estimée de l'art aborigène : Giorgio Pilla.
Avec elle, nous faisons un saut de 20 ans en avant. En 1990 exactement, naissait la communauté artistique aborigène de Mangkaja. Des oeuvres oubliées, non répertoriées viennent de retrouver la lumière du jour. C'est une révélation.

Nous sommes face aux premiers jets, aux premières tentatives picturales des peintres fondateurs de la communauté. Sans formation artistique particulière, sans inhibition, avec fougue, inventivité, ils offrent une vision harmonieuse du monde, le regard d'un peuple en communion avec sa terre, dans les infimes nuances des lumières et saisons.

Sur la toile ci-dessus, composée par l'artiste Yata Gypsy Yadda, les éléments fondamentaux comme l'eau, la terre et le feu se rencontrent, se juxtaposent, s'effacent. On perçoit ce mouvement dans ces grands ensembles, les jeux d'intersection, le mariage des couleurs. Rien n'est figé, on perçoit presque une impression de cycle de vie perpétuel. L'artiste y évoque les grandes pluies, la constitution d'immenses lacs, puis leur assèchement, enfin la survenue du feu et l'évènement tragique de deux hommes nomades traversant cet espace et s'y brûlant il y a fort longtemps.

J'étais profondément attiré, tout de suite, sans hésiter par cette peinture, son caractère primesautier, comme le cri talentueux... d'un nouveau né dans l'art. Il n'enlève rien à la force d'évocation et à cette intuition artistique brute, qui déjà soulignait il y a 20 ans la trame des succès à venir pour Mangkaja artists.
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