vendredi 8 février 2013

Collection d'art Aborigène Brocard-Estrangin : cristallisation et contamination

Nom composé, alliance, fusion d'histoires et d'époques... Le nom de cette collection Brocard-Estrangin a pris forme pour se cristalliser de façon définitive. Pendant presque quatre ans je l'avais appelée collection Brocard II, du nom d'un ancêtre de la famille, Henri Brocard, grand parfumeur, inventeur et collectionneur à Moscou en pleine révolution industrielle.

C'était un hommage à un grand bonhomme, qui s'est éteint en 1900. Il avait exposé sa collection sur la Place Rouge au sein du Goum. Durant les ventes aux enchères de la Grande Russie des Tsars, il bataillait contre le musée de l'Hermitage pour acquérir des collections d'anciens aristocrates, durant d’âpres négociations.
D'ailleurs en 1917, les soviets mirent la main sur les 3000 peintures à l'huile des primitifs flamands, et autre 7000 objets : meubles, sculptures, porcelaines, argenterie, étoffes précieuses, artisanat russe...

Néanmoins en l'appelant Brocard II, cela donnait l'impression d'une collection-réplication qui serait à jamais impossible, en ampleur, en diversité. Les époques ont changé, le monde de l'art également. Il n'est plus possible d'acheter un Rembrandt sur le marché. Hier Henri Brocard en possédait plusieurs, toujours aujourd'hui en Russie.

Cette lignée s'avérait sans conteste pour moi un avantage. Beaucoup d'amateurs d'art se fixent des limites. De mon côté, celles-ci ont explosé en vol. J'avais des exemples dans mes gènes, avec des collections pouvant être grandioses, presque infinies. Certes, mon parcours témoigne de mes possibilités, mais mes frontières psychologiques ont été peu à peu gommées par ces anciens. Cette ouverture des portes revient presque à une bouffée d'oxygène pour embrasser un courant artistique.

Brocard II, cependant, revenait à masquer mon identité, à m'effacer derrière cette démarche de collection... C'était bien volontaire, pratique aussi pour rester un peu en retrait... Mais finalement pas tenable. Des réseaux, des contacts, des liens conduisirent à une certaine convergence, à revenir sur mon engagement pour cette passion pour l'art aborigène, l'art inuit, et d'autres multiples curiosités... Il fallait sortir un peu du bois.

Finalement, cela m'amuse d'assurer par le nom de cette collection Brocard-Estrangin, l'alliance entre différents inventeurs.
Les Brocard et Estrangin, furent pendant la révolution industrielle des acteurs importants du business du savon dans le monde, à Marseille d'une part, à Moscou par ailleurs. Certes les Brocard avaient déjà un passé de parfumeur à Paris, et les Estrangin, un autre d'hommes de loi à travers les siècles, au coeur des villages des Alpilles.

La combinaison de ces noms prendra elle-même corps à travers des mariages successifs entre familles, illustrant la reconnaissance d'un parcours commun, l'engagement social, d'une passion partagée pour l'art, à laquelle je souhaite continuer de rendre hommage sur les pas d'une collection.

A travers la collection Brocard-Estrangin, j'aimerais souligner mon intérêt, non pas pour posséder de façon unilatérale, presque égoïste des objets d'hier et peintures de notre temps, mais bien pour susciter le partage, l'échange, la contagion d'une passion.

J'adhère à l'idée d'être un passeur, un témoin, un juste dépositaire pour un temps d'une œuvre d'art même si cela dure toute une vie. Quand on apprécie ses toiles et objets, on sent bien qu'ils vous échappent. Leur itinéraire vous survivra et finalement notre rôle de collectionneur consiste à leur donner le maximum de résonance et de portée pour le message qu'ils portent.

Ces objets inanimés, ont sans doute ces petites voix intérieures qui nous invitent vers eux, cette sorte de magnétisme où vous ressentez qu'il se passe quelque chose, que l'objet entre en harmonie avec une partie de ce que vous êtes, de ce que vous deviendrez.

Ces rencontres et cette intimité avec le monde de l'art ne sont pas indifférentes. Elles bruissent de multiples échos, vous transforment, changent votre regard sur les choses. Il s'agit bien d'une aventure intérieure, également ouverte sur le monde, dans une dynamique de partage et de bienheureuse contamination.

L'ancienne collection Brocard est disséminée dans des musées. Puis-je formuler le vœu que cette nouvelle collection d'art Aborigène Brocard-Estrangin continue de construire un chemin, une cohérence, qui porte haut le corps et le verbe de ces mouvements artistiques des peuples nomades, inventeurs de notre espèce, au génie sans limite.

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