jeudi 10 janvier 2013

L'art aborigène doit-il être élitiste ?

J'entends à droite à gauche différents acteurs sur le marché (collectionneurs, conservateurs de musées, galeristes...), souligner le fait que l'art atteint souvent des sommets excessifs en termes de prix. Certains sont ravis de cette surenchère et y participent avec enthousiasme, d’autres s’en plaignent. C'est une question qui touche le domaine de l'art en général et que j'aimerais aussi envisager avec vous sous l'angle de la peinture aborigène.

Si l'on regarde la matière première (une toile, de la peinture acrylique, le temps passé à la réalisation...), qu'est-ce qui peut bien conduire des toiles à s'échanger à plusieurs centaines de milliers d'euro, comme on le voit pour de grands artistes d’Utopia ou d’autres communautés ?

Des spéculateurs inventent des chimères dans le monde de l'art

Un monde d'acteurs invente des chimères : le pari d'une valorisation future liée au potentiel de tel mouvement, de tel artiste, l'attractivité d'un nom, les phénomènes de rareté plus ou moins organisés...

Cette dissociation de l'économie réelle, reste une tendance lourde dans notre époque, également bien au-delà du monde de l'art. Elle attire des investisseurs, guidés par le profit potentiel, plus que par le caractère réelle d'une création artistique. Des perspectives de croissance au-delà de 15% à 20% séduisent et rassemblent des flux financiers qui fragilisent le marché de l’art en nourrissant des bulles spéculatives.

Sur un autre terrain, je me souviens par exemple des vins de Bordeaux en 2011-2012. Je voyais les grands crus s'arracher sur le marché, jusqu'au jour où, phénomène d'alerte certainement, le prix d'une bouteille de vin, même la meilleure, valait plus cher qu'un parfum d'une grande maison (à volume comparable). Quand on connaît la valeur des choses : un grand cru, en coût de revient doit représenter autour de 16 à 20 euro par bouteille. Quand celui-ci se vend en primeur à 750 euro la bouteille, où se trouve la réalité ?

Imaginez qu’en 1988, vous pouviez acheter une bouteille de Châteaux Latour 1984 (Grand Cru Classé) autour de 15 euro. Aujourd’hui vous devriez multiplier ce chiffre par presque 20.

L'art en général et l'art Aborigène en particulier ne doit pas être réservé à une élite

En atteignant ces sommets, l’art, le vin, deviennent réservés à une élite. Ils ne sont plus achetés pour ce qu’ils sont : contemplation et dégustation, mais pour l’image ou des paris futurs et deviennent des valeurs financières.

Je suis favorable à ce que l’art ne soit pas réservé à une élite. Certes il est possible de faire le tour des musées, sans rien posséder. Mais un collectionneur vous dira toujours, que la présence d’un objet ou d’une toile chez lui, visible au quotidien, change en partie sa vision du monde. En effet, la cohabitation quotidienne avec l’art éduque, influence, transforme le cothurne d’une œuvre. Une visite de 5 à 10 mn face à un tableau dans un musée, ne pourra jamais remplacer cette intimité et rencontre personnelle avec une œuvre.
Appel à une modération des prix dans l’art aborigène

Dans le cadre de ma passion que vous connaissez pour l’art aborigène, je crois que nous devrions nous attacher à préserver l’accessibilité des œuvres des artistes du bush. Ces toiles portent une culture, manifestent une volonté de transmission et de reconnaissance, des enseignements également pour nous occidentaux.
J’appellerais volontiers à une modération des prix, y compris ceux pratiqués par les galeries dont je respecte par ailleurs profondément le travail de sélection, sensibilisation, promotion, et le fait qu’elles doivent également gérer leurs frais de fonctionnement.
Il serait intéressant de déterminer une marge équitable pour une peinture aborigène de première main (en provenance d'une communauté), où chacun s’y retrouve : artistes, galeristes, amateurs d’art, à la fois en Europe et dans le reste du monde.
En seconde main néanmoins, les prix restent dictés par la loi de l'offre et de la demande à travers le "régulateur" des ventes aux enchères.

Je suis contre cette idée d’un art réservé à une élite, en revanche, je crois utile de rechercher ce qui se fait de mieux dans le mouvement de l’art aborigène, en s’attachant à :
  • la qualité des œuvres
  • l’importance de l’artiste
  • la provenance des peintures
  • la place significative d’une toile dans le parcours d’un artiste
  • le rapport qualité-prix
  • l'émotion et le rapport personnel que vous nourrissez vis-à-vis de cette toile. Ce dernier point a bien entendu la priorité sur l’ensemble.

En conclusion, permettez-moi de formuler deux vœux pour 2013 :
  • que jamais une motivation financière ne nous conduise à l’achat d’une œuvre d’art.
  • qu’en achetant une toile, nous devenions en partie artiste nous-mêmes en laissant juste parler nos émotions.
Enregistrer un commentaire