mardi 6 novembre 2012

Les collectionneurs européens d'art aborigène abandonnés sur un radeau ?

© Rêve du lézard diable, par Kathleen Petyarre. 
Commanditée à la galerie Australis. 137 x 137 cm.
© Collection privée Brocard-Estrangin
Il fut un temps pas si lointain, où les collectionneurs d'art aborigène étaient soutenus par le gouvernement Australien. Cela pourrait sembler étrange qu'un état finance des intérêts privés. Et pourtant, l'organisme économique Austrade leur tendait la main pour développer l'art aborigène dans le monde.

Des voyages groupés étaient organisés à partir des USA, ou de l'Europe. L'idée consistait à rassembler 10 collectionneurs pour un périple sur place, avec avion privé, à la découverte des communautés artistiques aborigènes.
En échange il convenait bien entendu d'acheter des toiles à certaines étapes.
Le deal était correct.

J'avais eu la chance d'être contacté en 2007, mais malheureusement je n'avais pas eu la possibilité de me libérer. Il s'agissait d'une opportunité extraordinaire. Elle est passée. Comme quoi il ne faut jamais renoncer aux chances offertes. Puis la crise est arrivée. Les voyages étaient suspendus en attendant des jours meilleurs. Il était question de les reprendre plus tard. Puis rien n'est venu.

En réalité, l'art aborigène n'était plus un mouvement émergent en Europe ou aux USA, entretemps. Il s'était installé dans le champ artistique. D'autres polarités s'offraient à lui : l'Asie, le Moyen-Orient...

Pourtant rien n'est gagné il me semble. En abandonnant les collectionneurs européens d'art aborigène sur un radeau, plusieurs questions se posent dans cette industrie. Certes il ne s'agit pas forcément de relancer des voyages pour l'organisation Austrade. Mais d'autres actions pourraient avoir du sens.

Sinon, comment pourra-t-on continuer à développer le niveau d'exigence des amateurs d'art aborigène, et à éviter cette profusion d'oeuvres médiocres qui curieusement se donnent rendez-vous en France ? Comme si nous avions une sorte de déstockage dans notre pays ?

Développer la qualité des toiles Aborigènes offertes sur le marché Européen

Comment pourrions nous développer la qualité des toiles offertes sur le marché européen, quand les plus intéressantes sont de facto prélevées par les musées en Australie, puis les plus grandes galeries, et ensuite les collectionneurs sur place, pour finalement ne laisser qu'une très maigre portion à l'internationale ?

En dépit de l'absence de facturation de la taxe GST sur les toiles à l'export en Australie et une taxation à 6% dans la plupart des pays en Europe à l'import, le prix des toiles reste élevé, en raison de taux de change défavorables. Cela est d'autant plus accentué, que les toiles en provenance des communautés n'arrivent le plus souvent qu'après différents intermédiaires, auprès des collectionneurs européens.

D'autres enjeux existent en Europe. Je vois l'intérêt pour les collectionneurs de monter un réseau des amateurs européens d'art aborigène. Cela reviendrait à une communauté d'acteurs à même de partager sa passion, d'échanger sur les nouvelles tendances, les artistes émergents. Autrement ces potentiels défricheurs de talents à distance, sont bien souvent isolés. Ce qui est regrettable si l'on souhaite développer ses connaissances et aiguiser son regard.

Rôle clefs de l'Australie et d'Austrade pour favoriser le développement de l'art Aborigène en Europe

Il ne faudrait pas oublier les galeristes européens dont certains sont réputés. Ils jouent un rôle important dans l'effort de promotion pour cet art contemporain même si leur déchirement est souvent perceptible et bien compréhensible, entre une démarche un peu philanthropique d'un côté et de l'autre bien logiquement mercantile.

Collectionner l'art aborigène reste difficile ici. Aussi il me semble essentiel que l'Australie et l'organisation Austrade, puissent prendre conscience du rôle clef que nous souhaiterions tant qu'ils continuent à construire et à développer sur notre vieux continent pour y soutenir ce mouvement contemporain, sans abandonner les collectionneurs européens passionnés sur un radeau proche de celui de la Méduse.

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