lundi 1 octobre 2012

Quelques moments forts de la conférence sur l'art aborigène à Bruxelles

Conférence sur l'art aborigène du 26/09/2012, par Georges Petitjean, conservateur du Musée d'Utrecht (AAMU).
© Photo de l'auteur du blog

En cette fin du mois de septembre, j'avais le plaisir d'accueillir deux intervenants de haut niveau sur l'art aborigène d'Australie pour une troisième conférence BROCARD.

Georges Petitjean, conservateur du musée d'art aborigène d'Utrecht (AAMU) a une démarche unique en Europe : établir un dialogue fertile, des passerelles entre l'art contemporain occidental et l'art aborigène.
J'adhère avec enthousiasme à son approche : l'art aborigène ne s'apparente plus à une sensibilité éthnographique ou anthropologique, il s'affirme chaque jour comme un mouvement d'art contemporain tout à fait innovant.
Des musées dans le monde ne s'y trompent pas, comme le MET, le MOMA ou l'importante DOCUMENTA n°13 à Kassel, qui viennent d'exposer de magnifiques toiles d'art aborigène ces derniers mois.

Histoire de la naissance du mouvement d'art Aborigène

Georges, nous a présenté durant près de deux heures, l'histoire de la naissance de ce mouvement artistique, les concepts complexes de dreaming ou de temps du rêve. Il s'agit d'une traduction fortement poétique, qui cependant n'exprime point toutes les dimensions de cette tradition aborigène. Nous touchons en réalité au plus profond de l'âme aborigène, aux temps de la fondation du monde, aux ancêtres grands esprits comme le serpent arc en ciel.
Durant ce temps du rêve, ils modelèrent les paysages et restent toujours présents dans les couches géologiques de la terre, en connexion avec le présent par ces passerelles représentées par les trous d'eau et anciens lieux de rassemblement.

Les cérémonies consistent en partie à faire revivre ce temps du rêve, ce moment de création. En effet, cette période n'est pas figée dans le temps. Des évènements présents, des rêves, des rencontres, peuvent à leur tour enrichir le dreaming. Celui qui partage avec fidélité le temps du rêve lors de la cérémonie joue également un rôle de co-création en ajoutant potentiellement son propre temps.

Le rêve devient presque une histoire continue, fertilisée, partagée, qui perpétue la mémoire d'un peuple et qui témoigne des capacités créatives et inventives de ces civilisations non polarisées sur les dimensions matérielles.

Quelques moments forts furent partagés. La vision d'une photo d'un clan de nomades aborigènes, dénudés, hiératiques, d'une grande noblesse. Chacun avait l'impression d'être face à un cliché du XIXe siècle. Et pourtant il s'agissait d'une photo des années 60.
Ce peuple reste sans doute un des derniers à disposer de la culture la plus continue sur des millénaires. Avec ces mythes, avec ces représentations, nous touchons sans doute aux racines de notre propre monde.

Un temps du rêve transmis sur plus de 3500 ans

Un autre moment permettait un échange autour d'un rêve glacé soulignant des flocons de neige. Sachant que l'artiste ne connaissait point la neige, et que l'Australie n'a pas connu de période froide apparentée, excepté il y a plus de 3500 ans, les spécialistes du climat et anthropologues reconnaissent l'ancienneté tout à fait marquante de nombreux rêves, sur des millénaires.
Cela ne peut qu'interroger sur les capacités extraordinaires de transmission de la mémoire de générations en générations, alors que de notre côté avec nos agendas électroniques, nous sommes bien souvent incapables de savoir ce que nous allons faire dans 5 jours.

La qualité et la durée des rites d'initiation peuvent en partie expliquer cela. Les aborigènes commencent ces rites autour de 14 ans et ceux-ci durent presque 30 ans. Ainsi ce n'est donc que vers 45 ans, qu'une homme et une femme peuvent vraiment être considérées comme ayant accompli tout leur cycle de formation. Le plus souvent nous sommes ainsi confrontés à des artistes assez âgés, car il est difficile de peindre les rêves sur lesquels on dispose de droits, sans les maîtriser tout à fait.

Nous avons ensuite évoqué avec Georges, l'actualité la plus récente de l'art aborigène, avec les derniers prix remis aux artistes durant le mois de Juillet et d'Août.

Solenne Ducos Lamotte, directrice d'IDAIA, a également pris la parole pour nous offrir une aperçu de trois expositions d'art aborigène qu'elle organise et qui se tiendront bientôt à Paris et Versailles. Je vous invite particulièrement à vous y rendre si vous en avez l'occasion.

Le Point de Papunya – Créations autour de l’art aborigène
Objectifs : montrer l’impact du mouvement de Papunya Tula sur l’histoire personnelle de huit artistes et un collectif d’artistes australiens.
Musée du Montparnasse, Paris 15ème

Du 11 au 28 octobre 2012
Vernissage le 11 octobre à 18h
Co-organisée par Diff’Art Pacific et IDAIA, avec le soutien des Ambassades d’Australie en France et de France en Australie, et de l’Alliance Française de Melbourne

Lydia Balbal + Strong Women Country

Objectifs : témoigner de la diversité et de la richesse de l’art aborigène contemporain.

Espace exclusivement consacré à l’artiste montante Lydia Balbal, première exposition solo en dehors de l’Australie
Du 18 octobre au 8 décembre 2012
8, Passage du Grand Cerf, Paris 2ème
Vernissage le 18 octobre à 18h

Les Artistes de Papunya Tjupi

Objectifs : montrer l’art aborigène d’aujourd’hui, entre tradition et modernité
S’inscrit dans la continuité historique de l’exposition du musée du Quai Branly: artistes descendant des artistes de Papunya Tula exposés au Musée du Quai Branly
Du 5 au 28 octobre 2012
Galerie Karin Carton, Versailles
Vernissage le vendredi 5 octobre
Visite guidée le samedi 6 octobre

De mon côté, j'introduisais la conférence avec quelques slides préparés pour l'occasion, sur les notions de continuité du mouvement artistique australien à travers les millénaires au regard des autres créations en Europe à Lascaux, à la grotte Chauvet, ou aux bisons d'argile de la grotte des Trois Frères dont me parlait souvent ma grand-mère, amie de l'inventeur Max Bégouen.

Sur une ligne de temps, j'insistais sur les capacités de rupture et d'innovation à travers l'émergence de nouvelles communautés artistiques contemporaines, y compris il y a à peine 3 à 5 ans, preuve du grand dynamisme de ce mouvement artistique.


 © Introduction à la conférence. Slide de l'auteur du blog.

Je soulignais également en quelques mots ma démarche de collectionneur : comment après mon enthousiasme à 12 ans pour les témoignages du paléolithique, mes périples dans de nombreux désert à la rencontre des peuples nomades autour de 20 ans, j'en étais arrivé à m'intéresser à l'art aborigène d'Australie vers 30 ans.
Un point qui ne s'invente pas dans un parcours de collectionneur : je suis né la même année que celle de l'éclosion du mouvement artistique : 1971, "de Paris à Papunya". L'occasion de vivre l'évolution d'un mouvement et ses palpitations.



© Introduction à la conférence. Slide de l'auteur du blog.


Le dernier slide soulignait les quatres lignes de force qui guident ma démarche de collectionneur dans ce mouvement d'art contemporain : un art porteur de sens, une grande sincérité, un caractère interpellant, une rupture dans la continuité.


© Introduction à la conférence. Slide de l'auteur du blog.


Je reviendrai dans un autre billet sur l'exposition à venir sur Papunya au Musée du Quai Branly...
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