lundi 15 octobre 2012

Quel est l'ADN de votre collection d'art Aborigène : la rupture

 Idole aux grands yeux. Période Uruk/Djemdet Nasr (3900-2950 BC). Albâtre blanc.
© Collection privée Brocard-Estrangin
Au moment où des entreprises procèdent à des plans de licenciement massifs dans le monde, de nombreux salariés traversent des périodes extrêmement difficiles de changement. Les personnes impactées sont confrontées selon les psychologues à des phases de colère, de deuil... avant d'envisager de se reconstruire.

Dans l'absolu, on peut dire que l'être humain n'aime guère le changement, les ruptures, les évolutions radicales. Et pourtant il s'agit des moments les plus intéressants de notre histoire commune.

Dans ce blog, j'ai souvent évoqué de nombreuses révolutions, comme la conceptualisation du premier outil, le néolithique, l'invention de l'écriture... ou les individualités naissantes dans l'art aborigène.

Cette chasse à l'idée, à l'innovation qui transforme l'entreprise, a souvent guidé mes pas et engagements dans mes activités professionnelles également. Dans le cadre de brainstorming, j'animais les sessions en ouvrant des fenêtres sur d'autres univers, par analogie.
Par exemple, pour imaginer de nouvelles approches, je juxtaposais l'accélération du processus de clôture comptable à celui des facteurs clefs de succès des courses de Formule 1...

Quand je regarde tous ces objets collectés avec passion depuis presque 25 ans, je me demandais quel était le fil rouge cohérent de cette quête. Au tout début je me concentrais sur les métiers disparus. Plus tard je croyais qu'il s'agissait de remonter le plus loin possible aux origines de l'homme. A d'autres moments je songeais plus à une rencontre discrète avec les civilisations par l'entremise de l'objet.

En réalité, ce fil rouge était beaucoup plus proche de moi. Il existait dans ma dynamique de collectionneur, dans ma vie professionnelle, dans ma curiosité naturelle pour ce qui change, offre des perspectives. En quelque sorte l'ADN de ma démarche de collectionneur consistait à saisir ce moment particulier où la rupture s'installe, et à tenter d'en garder un témoignage.

Ce samedi, jour de pluie, j'allais faire un tour au Musée Royal d'Art et d'Histoire de Bruxelles, richement doté mais tellement moins marketing que d'autres institutions comme Le Louvre en France.
Dans la partie dédié au Moyen Orient, je retrouvais avec émotion ces petites idoles aux grands yeux.
Cela me rappela, un autre exemplaire bien rangé dans un coin chez moi. Il fut collecté en Europe après quelques séjours en Syrie.

Fort de ma découverte de cet ADN du collectionneur, je me demandais quel sens avait ce petit objet dans mon parcours ?
En fait cette figurine en albâtre de quelques centimètres de haut, représente l'avènement des premières sociétés complexes en voie d'urbanisation. Je ne peux pas dire qu'il s'agissait de mon intention à l'époque. Cependant, de façon presque intuitive, je captais à travers elle cette rupture étonnante de l'urbanisation vers 4000 ans avant Jésus-Christ, soit juste 2500 à 3000 ans après les premiers villages du Néolithique. De nouvelles spiritualités apparaissent avec ces idoles emblématiques. Des cités de plus de 10 hectares poussent dans la région du Moyen Euphrate.

Idole aux grands yeux. Période Uruk/Djemdet Nasr.
© MRAH Musée Royal d'Art et d'Histoire. Bruxelles. Photo de l'auteur.
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