samedi 7 avril 2012

Mesures du temps dans les frêles avions de 14-18

Depuis bien longtemps, j'aime les objets qui parlent, portent avec eux les brides d'une histoire. Ils invitent à s'évader, à rencontrer une autre époque, à tutoyer des yeux les anciens.

Mes premières rencontres avec eux remontent à l'époque où je trouvais des monnaies romaines dans les champs des Alpes... Puis ce furent la découverte des greniers familiaux et de leurs trésors dérisoires et oubliés.

Montre de Marcel Ferrand, pilote aviateur en 14-18, dans le Corps Expéditionnaire d'Orient. E.M. de la 3e brigade, 2e division.
© Blog sur les Pas d'une collection.

Il y a 90 ans, cette montre devenait une relique. Trois jours après l'armistice, mes arrières arrières grand-parents apprirent la mort au front de leur fils Marcel. Il avait servi dans le Corps Expéditionnaire d'Orient en Bulgarie avec son frère André.
Passionné d'aviation, il devint pilote aux premiers jours de l'armée de l'air. Ce furent principalement des missions d'observation toutes très périlleuses.

La montre y devenait indispensable pour apprécier la durée du vol sur la ligne du front, garder une marge en cas de rencontres ennemies, estimer les maigres réserves de carburant et anticiper la fin du jour. C'était la sienne. Elle était aussi la propriété de l'aviation militaire Française, et offrait une bonne fiabilité garantie par les horlogers Suisses.

Montre de Marcel Ferrand, pilote aviateur en 14-18, dans le Corps Expéditionnaire d'Orient. E.M. de la 3e brigade, 2e division.
© Blog sur les Pas d'une collection.

Sur le cadran figurent différents accrocs à l'émail. Ils sont tout petits, presque invisibles après avoir été recollés mais témoignent de la fragilité des avions de ce temps. Les coucous se composaient de cordes de piano, de planches de bois, de toiles tendues sur les ailes. S'élever dans les airs et revenir restait à chaque fois un beau challenge face aux adversaires.

Marcel subit dix accidents d'avion, dont quelques-uns restent visibles sur la montre. La dernière chute ne lui fut pas fatale mais le traumatisa suffisamment pour l'éloigner définitivement du manche.
La Grande Guerre n'était pas terminée. Il quitta l'Orient pour le front du côté de Verdun. Il y périt dans les derniers jours du conflit mondial laissant à ses parents un maigre espoir avant l'annonce officielle.

Sa montre fonctionne encore aujourd'hui...
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