lundi 22 août 2011

Que trouves-tu de fascinant dans l'art contemporain réalisé par les Aborigènes d'Australie ?

Titre : Wanka Spider Munu, Wati Nyiru
Par l'artiste Harry TJUTJUNA, 168 x 153 cm
© Collection privée Brocard-Estrangin

With courtesy of Ninuku Arts - Red Dot Fine Art Gallery

"Que trouves-tu de fascinant dans l'art contemporain réalisé par les Aborigènes d'Australie ?", me demandaient des amis il y a quelques jours.

Après quelques instants de réflexion, je ne pouvais que savourer la formulation utilisée dans leur question. Ils ne parlaient pas d'art premier, ni d'ethnographie, ou d'art aborigène, mais bien d'art contemporain. La nuance pourrait passer inaperçue mais elle est de taille. En associant l'art contemporain aux aborigènes d'Australie, ces amis rentraient de plein pied au cœur d'un débat très animé entre conservateurs de musée, galeries, et collectionneurs d'art.

Cette discussion pourrait sembler réservée aux spécialistes , alors qu'au contraire elle concerne tous les amateurs. Elle reste même assez cruciale pour assurer la visibilité de ce mouvement artistique sur la scène internationale.
Sans une reconnaissance du caractère contemporain de cet art il deviendra sans doute difficile de préserver cette culture millénaire. Dans le même esprit, l'association de celui-ci à l’ethnographie, pourrait le conduire à sa perte et induire de façon insidieuse la fin d’une civilisation, sans reprise du flambeau par les jeunes générations.
Il me semble que nous avons en tant qu'occidentaux une vrai responsabilité dans ce domaine. Un peu comme si par omission, dans la négligence dérisoire d’un qualificatif, nous signions en occident l’arrêt d’une culture par défaut de reconnaissance.
L’enjeu est de taille.
Entretemps quelques artistes développent une démarche créative profonde et complexe. Ils portent un message sur la toile, y partagent une histoire, avec une vision singulière et individuelle.
Les temps anciens figurés sur le lin ne sont pas figés. Ils se conjuguent avec le passé et le présent de l'artiste, dans une sorte de dialogue historique continu, comme dans cette toile du grand homme de loi Harry Tjutjuna (1930) figurée ci-dessus.
Il y représente deux histoires profondément attachées à lui-même et à la création du monde : "the Spider man" et "Wati Nyiru". La peinture se transforme ainsi en livre d’histoire, se confond avec son portrait spirituel, adopte des couleurs changeantes comme lors des rites nocturnes attachés à l’homme araignée.

Je crois que l'élément le plus fascinant dans l'art aborigène repose bien sur cette idée d'originalité, de créativité renouvelée, de capacité d'invention et de transformation des artistes du bush, d'autant plus étonnante que certains ne peignent que depuis quelques années comme Harry Tjutjuna. Il s’agit probablement de la meilleure réponse à apporter à la question posée par ces amis.

J'aime en effet observer les lignes de rupture d'un mouvement artistique, les peintres qui émergent, leurs styles qui ne cessent d'évoluer le plus souvent vers des formes plus sobres, aux harmonies pigmentaires subtiles.
Ces artistes portent encore le message de milliers d'années de nomadisme.
Ils véhiculent la voix puissante des siècles pour exprimer de façon conceptuelle, visuelle et épurée un art contemporain destiné aux non-initiés.

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