mardi 14 juin 2011

Art aborigène : small is beautiful

Sonia Kurarra. 70 x 70 cm. © Collection privée Brocard-Estrangin

With courtesy of the artist.

Dans le domaine de l'art la tentation est grande d'aller vers des grands formats. Ils offrent un terrain plus vaste à la créativité, à la complexité de la composition, à la force d'expression des motifs.

Se retrouver face à une grande toile, c'est comme ouvrir une fenêtre sur un panorama. Dans l'art aborigène, les compositions déclinent avec subtilité bien souvent un paysage physique, spirituel, historique, fertilisé par le présent de la communauté et des hommes qui portent ces mythes.

Pour l'artiste, s'engager dans une immense toile nécessite quelques garanties. Il y a l'effroi de la page blanche, la difficulté de mettre en scène sa composition, l'importance de préfigurer ce qui sera posé sur la toile à l'aide de croquis, éventuellement morceau par morceau...
En art aborigène, la construction est bien souvent pensée, puis élaborée sur la toile selon une trame globale avec les motifs principaux. L'artiste part de l'essentiel puis s'oriente vers le particulier. Le pointillisme symbolique de l'art aborigène n'est bien souvent qu'un artefact d'une autre réalité qui est ailleurs dans des motifs plus discrets, cachés, ou suggérés dans leur absence même. Les espaces ainsi libérés génèrent eux-mêmes des signes.

Sonia Kurarra. 70 x 70 cm. © Collection privée Brocard-Estrangin

With courtesy of the artist.

La rareté des grandes toiles invite les conservateurs et collectionneurs à se polariser sur elles. D'un côté le potentiel de valorisation est important. De l'autre dans une muséographie, une oeuvre d'envergure donne le ton, n'est pas disponible ailleurs et singularise un musée.

C'est une tendance lourde, excessive.
Et si la vérité était ailleurs, dans de petits bijoux, dans des toiles plus modestes ?
Dans un canevas réduit, limité, ne faut-il pas redoubler d'intelligence dans l'interprétation ?
Sur une petite surface, dans une économie de matière et d'images, ne convient pas d'explorer les multiples facettes du processus de créativité et de céder la place à l'audace la plus poussée ?

Sans conteste, cela vaudrait la peine d'explorer ces petits formats, en partant à la recherche de pépites.
Ces deux oeuvres de Sonia Kurarra, même modestes, illustrent peut-être dans une palette ambitieuse, une démarche à construire ?
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