jeudi 7 avril 2011

En guise de Sahara, un Paris Paléolithique

Vénus de Brassempouy ou Dame à la capuche
Musée de Saint Germain en Laye MAN.

Une fois n'est pas coutume. Mon périple dans le Sahara Algérien s'est mué en escapade parisienne. Problème de visa oblige.
Toute cette semaine, j'ai donc gardé cette soif d'absolu, ce sentiment absent d'abandon entre sable et dunes. Ce n'était pas banal d'être bloqué en douane. Les amis partirent de Roissy, je restais sur le carreau. Au fil des jours je les imaginais dans les nuits glaciales, face aux peintures rupestres magnifiques, ou contempler la vache gravée qui pleure près de Djanet...

A des milliers de kilomètres de là, je pensais à ces vestiges du haut Néolithique ou du paléolithique tardif, à ces silex taillés abandonnés sur le sol, aux meules polies tant par la main de l'homme que par le souffle du vent...

Il n'en fallait pas plus pour que je file dans les musées, écrin de la mémoire de ces époques.
La première étape fut le MAN (Musée de Saint Germain en Laye) et la salle Piette juste ré-ouverte au public 30 mn par jour pour de petites équipes de 7 à 8 personnes maximum.
Dans son jus, respectant la classification de l'archéologue et donateur, se retrouvent toutes les pièces de sa collection avec la fameuse Vénus de Brassempouy.

Je suis passé tant de fois devant elle. Elle est si petite, si délicate avec son visage simplifié, juste ébauché et énigmatique. Autour de la vitrine fragile du XIXe siècle qui l'accueille, quelques lattes de parquet gémissent et déclenchent à chaque pas un message en boucle presque inaudible autour de la sécurité.

Dans les vitrines tout autour, les vitres très fragiles et en partie abîmées, sont doublées de films PVC pour éviter que des bris de verre ne viennent altérer les objets, si accident.

Dans certaines vitrines plus de 1000 objets sont rassemblés, si loin des principes de la muséographie d'aujourd'hui. Dans cette multitude, des trésors s'offrent au regard. Ils sont gravés sur des os : poissons (saumons), fleur d'iris en entrelac, ou crillons... Rares, si peu communs, uniques même, ces représentations de la faune et de la flore du paléolithique séduisent et laissent deviner un art beaucoup plus vaste que ce qui reste perceptible sur le mobilier préservé aujourd'hui.

Quelques jours plus tard j'allais au Musée du Louvre dans les vastes salles dédiées à la Mésopotamie, au Néolithique Chypriote ou à l'Iran. Les taureaux ailés, immenses, hiératiques me rappelaient un voyage lointain en Irak, et le passage des portes de la défunte ville de Ninive.

Atapuerca. Biface de l'Homo Ancestor.
"Excalibur"

Je ne devais pas manquer l'exposition au Musée de l'homme sur "Atapuerca, sur les traces des premiers européens", avec les dernières découvertes réalisées ces 30 dernières années en Espagne sur un de nos ancêtres communs, vivant il y a 1 200 000 à 800 000 ans.
Homo ancestor était un solide gaillard : 1m 75 pour les hommes en moyenne, avec plus de 100 kilos de musculature et d'os. Quelques figures reconstituées à partir de cranes complets donnent une idée du visage de cet Anténéanderthaliens.
J'étais pour ma part très touché par la découverte d'un magnifique biface en quartzite bicolore. Nommé Excalibur, il fut le seul outil symbolique trouvé dans une sépulture comprenant 28 corps d'Homo Ancestor. Il s'avère la trace la plus ancienne d'un rite funéraire de la lignée Homo, et l'expression d'un niveau de conscience élaboré. Emotion...
Les combinaisons de couleurs qui illuminent sa surface, en faisaient certainement un objet de grande valeur, appartement à un grand dignitaire ou chaman...

Sans Sahara cette semaine, je visitais finalement le Paris Paléolithique. Ce n'était pas comparable mais la ville lumière m'offrit tout de même ce clin d'oeil sympathique pour faire passer la pilule.
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