lundi 20 décembre 2010

Bonnes fêtes et meilleurs vœux 2011 !

Alexandrie - Chantier Naval - 2007, photo Bertrand

Verticalité, horizontalité. Des poutrelles d'acier hérissées sur le chantier naval d'Alexandrie...
Matrices organisationnelles complexes à continuellement réinventer face au changement ?
Réseaux et points d'ancrage régionaux ? Maillage plus biologique réunissant les idées et les hommes ?
A son tour, ce navire partira à la conquête des mers, tissant sa toile entre les ports des mondes, brassant les cultures, interrogeant les peuples.
Bonnes fêtes et meilleurs vœux 2011 !

samedi 11 décembre 2010

Art aborigène : dialogue entre vin, parfum et peinture



© Alma Webou, Kalaju, with the courtesy of Short St Gallery
122 x 76 cm. © Collection privée Brocard II

C'est étrange à quel point certaines peintures me font penser à des parfums ou des vins. Peut-être suis-je en cela influencé par le lecture des 15 premiers tomes du génial manga "Les Gouttes de Dieu"* dédié à la dégustation de grands millésimes.
Ou bien la culture familiale m'a-t-elle transmis cette curiosité pour les huiles essentielles et autres absolus par nos anciennes racines à Grasse en Provence.

Entre ces mondes, qui tutoient trois sens principaux comme la vue, le goût ou l'odorat, il existe de frêles passerelles. Je me souviens de la difficulté de décrire un Mouton Rothschild 2009 le mois dernier, tout en appréciant déjà son équilibre et l'infime richesse et complexité de ce tout jeune bébé.

D'un autre côté, je garde des images en tête de cette bouteille d'eau de cologne de Lavande ambrée, sans doute de l'illustre maison Santa Maria Novella à Florence. Elle se trouvait dans le cabinet de toilette de mes grands parents. Je ne manquais jamais d'en mettre sur mes mains ce qui incita ma grand-mère à envisager un instant avec nostalgie de me faire entrer dans la parfumerie et d'envisager de faire de moi un éventuel nez... Il n'en fut rien cependant.

Vin, parfum, tableau... Les mots manquent pour y décrire nos émotions. Par exemple, quand il devient impossible de reconnaître certaines odeurs, il reste souvent plus simple de procéder par analogie ou de retrouver les images de son passé. Bien souvent quand je passe devant des chantiers en ville, les effluves qui s'échappent me font songer à l'atelier de scierie qui se trouvait au fond d'un jardin à Limoges : l'odeur des copeaux de bois mouillés qui commencent à s'altérer dans une moisissure minuscule. La maison n'y existe plus mais tout à coup me voilà plongé dans cet univers de poussière, sucrée comme les premiers temps de l'enfance.

Cette toile d'Alma Webou, grande artiste disparue de la communauté de Bidyadanga prés de Broome, me touche particulièrement. Son découpage vertical, de bas en haut, m'évoque les notes de base d'un parfum, rouge, animal, charnel, comme les fixatifs des temps anciens (ambre gris ou petite civette), agrémentées des notes capiteuses de l'Orient ou d'un grand merlot.

Puis survient une tonalité plus fraîche dans les bleu vert, comme une sorte de composition d'herbes mouillées légèrement citronnées ou mentholées. Comme chez Alma il s'agit d'un paysage, je ne peux exclure des zones plus hospitalières dans sa région natale, au delà du désert.

Nous arrivons ensuite au cœur de la peinture, dans ce que l'on pourra considérer comme les notes de fond du parfum. Un ensemble complexe s'y épanouit entre les rouges, verts, bleus et blancs... Une sorte de circonvolution et de mouvement dans cette séquence souligne une alternance de différents états. Nous sommes au centre du cheminement.

Les étages supérieurs de la peintures s'élèvent dans les blancs, juste ourlés d'un mince filet rouge. Les effluves restent plus discrets, nous y retrouvons les notes de tête du parfum, plus éphémères. Bacchus y verrait peut-être une tonalité plus minérale presque proche du silex, comme ce désert blanc, héritage de mers primitives que l'artiste souhaitait sans doute également représenter sur ce parcours initiatique.

Au delà de ces correspondances il est intéressant de noter que cette toile date des dernières années de production de l'artiste. Cinq à dix ans plus tôt elle partageait un style beaucoup plus cursif avec des motifs clairement distincts, des lignes directrices un peu comme l'artiste Weaver Jack. Puis une rupture l'a conduit sur un terrain composé d'à-plats élaborés à partir de multiples points juxtaposés.

Alma Webou, grande coloriste, inventrice de son paysage natal, a également inspiré le jeune artiste Danel Walbidi déjà présenté à différents endroits sur le blog. Je suis d'ailleurs impatient de revoir ce lundi les 3 toiles de lui que j'avais eu l'occasion de prêter à l'Abbaye de Daoulas pour l'exposition Art Inuit - Art Aborigène.

In fine, le langage de cette peinture d'Alma, en provenance de l'estate de l'artiste, contient une sorte de langage universel. De temps à autres elle me fait songer au grand Mark Rothko.
Métaphores, correspondances entre artistes et différents univers dialoguent avec fertilité dans cette œuvre au crépuscule d'une vie.

* Manga "Les Gouttes de Dieu" de Tadashi AGI et Shu Okimoto, édition française chez Glénat.

jeudi 9 décembre 2010

Art aborigène : entre marché et parfum d'éternité

En ce moment, j’entends ici ou là différents acteurs se plaindre des évolutions du marché de l’art aborigène. Certains galeristes considèrent qu’il a atteint son apogée avec la disparition progressive des grands maîtres et une jeune génération qui tarde ou s’essouffle dans un deuxième élan.
Dans une logique mercantile, ils envisagent même de fermer leur département d’art aborigène.

On ne peut nier qu’une certaine morosité règne en raison de la crise financière, hier économique et aujourd’hui sociale.

Des réformes fiscales en cours en Australie mettent également à mal les placements en œuvre d’art, réalisés dans le cadre des plans de pension. Des amateurs et collectionneurs inspirés pouvaient ainsi profiter de leurs tableaux le temps d’attendre l’heure de la retraite. Une subtilité économique sans doute contradictoire avec l’idée commune que l’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre : en d’autres mots les fruits de sa pension ne devraient être disponibles avant « la quille ».

D’autres invoquent le droit de suite pour souligner à quel point une bonne idée comporte de nombreux pièges. En offrant 5% du prix du tableau au peintre ou à ses descendants, lors de chaque cession d’une œuvre, les prix se trouvent immédiatement portés à la hausse et ralentissent la dynamique du marché.

Toutes ces considérations économiques me laissent assez perplexes.
En effet si l’on recherche des toiles d’exception, cela reste toujours la croix et la bannière pour les repérer et les acquérir. Les listes d’attente pour les artistes les plus en vues restent d’actualité. Les grandes toiles gardent leurs aficionados et affichent des prix forts peu démocratiques.

Bref, à mon sens l’art aborigène n’est pas en crise mais il gagne en maturité.
Cette sorte de stabilité qui couvre le marché, évite la survenue de spéculateurs sans scrupule.
Laissons les artistes s’épanouir, offrir des toiles de qualité à de juste prix, et cela à de vrais amateurs, sensibles non pas aux bénéfices potentiels, mais au véritable parfum d’éternité qui se cache derrière chacune de ces peintures.

Je disais il y a quelques temps à une doctorante en art aborigène, que ces artistes m’avaient apporté bien plus que leurs toiles. Avec une immense modestie, ils nous proposent leur regard pour observer leur monde, notre univers, avec une tout autre approche audacieuse, sur le ton d’une musique oubliée, dans une sorte de fertilité croisée des cultures.