jeudi 9 décembre 2010

Art aborigène : entre marché et parfum d'éternité

En ce moment, j’entends ici ou là différents acteurs se plaindre des évolutions du marché de l’art aborigène. Certains galeristes considèrent qu’il a atteint son apogée avec la disparition progressive des grands maîtres et une jeune génération qui tarde ou s’essouffle dans un deuxième élan.
Dans une logique mercantile, ils envisagent même de fermer leur département d’art aborigène.

On ne peut nier qu’une certaine morosité règne en raison de la crise financière, hier économique et aujourd’hui sociale.

Des réformes fiscales en cours en Australie mettent également à mal les placements en œuvre d’art, réalisés dans le cadre des plans de pension. Des amateurs et collectionneurs inspirés pouvaient ainsi profiter de leurs tableaux le temps d’attendre l’heure de la retraite. Une subtilité économique sans doute contradictoire avec l’idée commune que l’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre : en d’autres mots les fruits de sa pension ne devraient être disponibles avant « la quille ».

D’autres invoquent le droit de suite pour souligner à quel point une bonne idée comporte de nombreux pièges. En offrant 5% du prix du tableau au peintre ou à ses descendants, lors de chaque cession d’une œuvre, les prix se trouvent immédiatement portés à la hausse et ralentissent la dynamique du marché.

Toutes ces considérations économiques me laissent assez perplexes.
En effet si l’on recherche des toiles d’exception, cela reste toujours la croix et la bannière pour les repérer et les acquérir. Les listes d’attente pour les artistes les plus en vues restent d’actualité. Les grandes toiles gardent leurs aficionados et affichent des prix forts peu démocratiques.

Bref, à mon sens l’art aborigène n’est pas en crise mais il gagne en maturité.
Cette sorte de stabilité qui couvre le marché, évite la survenue de spéculateurs sans scrupule.
Laissons les artistes s’épanouir, offrir des toiles de qualité à de juste prix, et cela à de vrais amateurs, sensibles non pas aux bénéfices potentiels, mais au véritable parfum d’éternité qui se cache derrière chacune de ces peintures.

Je disais il y a quelques temps à une doctorante en art aborigène, que ces artistes m’avaient apporté bien plus que leurs toiles. Avec une immense modestie, ils nous proposent leur regard pour observer leur monde, notre univers, avec une tout autre approche audacieuse, sur le ton d’une musique oubliée, dans une sorte de fertilité croisée des cultures.
Enregistrer un commentaire