mardi 2 novembre 2010

Vivre avec son époque



Titre : Ngayuku ngura - My country,
par l'artiste aborigène Wawiriya Burton
152 x 122 cm
© Collection privée Brocard-Estrangin




A 17 ans, alors que d'autres embrassaient l'avenir, passant la main sur leur passé... je découvrais notre histoire familiale suite au décès de ma grand-mère.

Un brin mythique et jalonnée de quelques grandes figures, elle offrait un séduisant romantisme pour un adolescent. Rat de bibliothèque certains jours, intrus dans les caves familiales les autres, je partais à la recherche des archives, silences ou témoignages des anciens. Je vivais à la frontière de deux époques, entre futur exigeant et lumières d'hier.

Cette dichotomie a forgé ma mémoire, mon goût de garder une trace, d'entretenir des relais entre les générations. Objets après objets, dans la découverte des déserts ou dans la modestie du quotidien, un petit univers de témoins m'accompagnait.

Puis un jour, ce fut un grand fracas. Je me devais d'inventer mon chemin, de résoudre cette équation entre tradition et modernité, de trouver la voie d'un nouvel environnement.

J'étais à la recherche d'une certaine synthèse, d'un lien fort entre toutes ces dimensions, à la fois matérielles, philosophiques et mythologiques.

Sans doute la découverte de l'art aborigène a joué le rôle d'un sorte de catalyseur. Il peut séduire comme vecteur puissant d'une tradition multi-millénaire, comme force d'innovation réinventant sans cesse l'époque du Rêve.

Le passé devenait une béquille, un levier, un tremplin pour inventer son avenir. L'art une sorte de transgression progressive des principes hérités. Collecter les oeuvres des artistes disparus n'avait plus de sens. Je me devais de vivre avec mon époque. J'avais envie d'écouter le rythme palpitant d'un art contemporain, immédiat, au coeur de la création, dans la découverte de toiles et d'artistes du présent spontané.

Dans cette quête toujours modeste je décidais de m'orienter vers les nouvelles communautés aborigènes émergentes. C'est ici et pas ailleurs que se vit la vibration continue du mouvement artistique.
C'est dans cet esprit que j'apprécie particulièrement les créations de l'artiste Wawiriya Burton présentée ci-dessus. Née en 1928 elle fut également finaliste il y a quelques mois du Telstra Price award 2010.
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