dimanche 25 juillet 2010

Vicissitudes des collections d'art aborigène


Trois œuvres de Daniel Walbidi. Exposition "Art Inuit - Art Aborigène",
Abbaye de Daoulas, près de Brest.
© Collection Brocard II.


Dans la grande famille des collectionneurs d'art aborigène, cette période de l'été 2010, porte son lot de nouvelles assez inattendues. Mise en perspective.

Un collectionneur s'avère une sorte d'oiseau rare, stable, méticuleux et passionné. Il sélectionne, accumule, dessine une sorte de cohérence face à des mouvements artistiques parfois un peu chaotiques. Là où d'autres ne reconnaissent qu'une succession de toiles, lui va inventer son chemin, défricher, donner un supplément de sens aux œuvres acquises. Les collectionneurs sont souvent précurseurs. En avance sur les musées, ils jouent de temps à autres un rôle nécessaire de prescripteur.

Pourtant leur tâche est rude. Ils se doivent de construire leur réseau, de défendre leur crédibilité, au delà des aléas des moyens financiers ou non. Face à des toiles rares, ils doivent s'armer de patience. Comme certaines grandes entreprises, ils développent des techniques de "business intelligence" pour suivre de près la création et le marché.

Leur engagement, le temps passé est souvent récompensé par de belles découvertes. Tant d'efforts conduisent souvent les collectionneurs à ne pas se séparer de leurs toiles durement acquises. Ou bien pour en acquérir d'autres encore, surtout pour ceux soumis à une certaine économie de moyen.

Leur rythme est lent, patient. Leur démarche se construit sur des années, pièce après pièce.
La tentation est souvent grande de chercher à s'entourer de multiples œuvres. La raison voudrait que les collectionneurs ne se concentrent que sur des merveilles. Mieux vaut acheter une toile exceptionnelle par an que dix. Les grands connaisseurs du marché, les galeristes expérimentés l'invitent à cette prudence. Cependant le dilemme est difficile entre l'excitation de l'acquisition et la construction progressive et laborieuse d'une collection, même modeste, sur 20 ou 30 ans.

Fortune faites, certaines collections émergent rapidement à coups d'achats successifs et très rapprochés. La disponibilité éventuelle d'œuvres sur le marché donnera une coloration spécifique et pas toujours heureuse à leur démarche. Rien ne vaut la durée pour pondérer les stars d'un jour et les excès du marché. Des réputations se fondent et se défont aussi vite.

Des collections apparaissent de temps à autre en vente aux enchères. A l'occasion de la fin d'une vie, d'une succession, des bijoux émergent sous le marteau en ivoire.
A ces occasions, les catalogues de ventes cristallisent souvent dans de magnifiques catalogues, tels des livres d'art, toute l'œuvre du collectionneur.
D'autres collectionneurs quant à eux, cèdent une partie de leur patrimoine à des musées sous la forme d'une donation, occasion de persister dans la mémoire collective bien au delà de ses propres espérances...

Cet été met met en perspective, quelques collectionneurs de renom dans le domaine de l'art aborigène. Ces inclinaisons, motivations, et choix tranchés introduisent une sorte de rupture qui ne me laisse pas indifférent :

1. La cession de plus de 300 objets et toiles aborigènes d'un grand intérêt au Hood Museum of Art, par les collectionneurs Will Owen et Harvey Wagner aux USA. Cela me donne l'occasion d'évoquer la nouvelle adresse de son remarquable blog "Aboriginal Art & culture: an american eye". Un must pour se tenir au courant de la vie du mouvement d'art aborigène, avec à chaque billet des analyses puissantes et fines, développées par ce passionné éclairé.

2. La vente de la collection William et Lucy Mora le 21 juillet dernier chez Deutschner & Hackett. Ce grand galeriste d'art aborigène (William Mora gallery), cède ainsi à un tournant de vie sa fort belle collection. Le marché n'a pas été insensible avec plus de 92% des lots vendus pour un montant global de 1 142 000 dollars australiens. Je vous invite à la découvrir en ligne pour en apprécier toute la valeur si ne n'est continuer à développer un regard.

3. La cession également fort étonnante de quelques œuvres (toiles et objets) de la collection Gabriella Pizzi à la prochaine vente de la maison Sotheby's Australia. Une des plus grandes collections d'art aborigène, reprise par la fille de Gabriella. Sa mère étaient connue pour son niveau d'exigence sans parler d'un caractère très affirmé. Leur collection a voyagé à travers le monde. Grâce à leur entremise, des artistes aborigènes furent également accueillis à la Biennale de Venise, dont la grande Emily Kame Kngwarerreye en 1997, à titre posthume.
Le 26 juillet prochain il sera possible de découvrir la réaction des collectionneurs face à des peintures de Papunya, réalisées aux toutes premières heures de la naissance du mouvement d'art contemporain aborigène. Je vous invite ici également à poser votre regard sur ces très belles œuvres.
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