mardi 20 juillet 2010

Art aborigène : oser la couleur


© Sonia Kurrara, with the courtesy of Mangkaja Arts Fitzroy
120 x 90 cm.
Ma petite nièce adorerait cette peinture. Ces nuances de rose, de violet et de rouge mordoré, auraient tout pour la ravir. D'ailleurs, si elle le pouvait elle se teindrait les cheveux tout en rose. Du haut de ses trois ans, elle le demandait à sa maman, sans aucun succès... ou bien après ses 18 ans ! Autant dire une éternité pour cette petite fille.

Oser la couleur. Ce processus fut assez lent et progressif pour moi. Je pourrais dire que l'art aborigène m'a accompagné en douceur sur ce chemin. Au tout début je fus happé par les couleurs terres, ocres du désert central. Puis progressivement, je fus appelé vers un expressionnisme plus marqué et des couleurs de plus en plus audacieuses et vives.

Ce chemin un peu transgressif au coeur des couleurs, illustre également les tensions du mouvement d'art aborigène. Jetées sur la toile délicatement dans une dynamique pointilliste, ou exprimées avec véhémence par les jeunes artistes émergents, ces couleurs marquent un tournant, une sorte de liberté conquise dans la création artistique.

Si certains artistes reprennent les thèmes des anciens, avec les motifs traditionnels, ils leur ajoutent une personnalité propre, un regard différent, une sorte de rupture en osant des palettes de couleurs innovantes. L'oeuvre quitte ainsi le terrain du bush et va conquérir d'autres univers créatifs. La couleur devient une sorte de passeport, un vecteur assurant la transition entre un art tribal et un art assurément contemporain.

Je dois l'avouer, ce n'est pas le rose qui m'a séduit dans cette peinture. Dans la subjectivité des sexes je reste encore assez hermétique à cette teinte. C'est bien plus ici la façon de combiner et de décliner toutes ces nuances de rose, qui interpelle. L'ensemble invite à une contemplation différente de l'environnement de l'artiste Sonia Kurrara.

Les enchevêtrement de plantes multiples, transformées, réincarnées dans ces nouvelles couleurs, dépassent les limites du terroir. Il y existe comme une sorte de carnation. De la cartographie du paysage, nous pourrions passer à une sorte d'échographie du corps, vers une animalité palpitante. Sentez ces formes qui ondulent sur la toile...

En tant que collectionneur amateur, j'ose à mon tour ces couleurs, me laisse en partie submerger par elles, dans la dynamique nourrie de ce mouvement d'art contemporain.
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