vendredi 11 juin 2010

Un cercueil sablier géant pour l'homme poussière

Ce tronc évidé d'eucalyptus toise le monde des vivants du haut de ses deux mètres. Hier arbre élancé et fier, nourri d'une sève généreuse, il fut progressivement grignoté par les termites en son cœur.

Ce qui était plein et dense a cédé la place au vide, dans un combat minuscule, derrière l'invisibilité de la surface.

Dans la tradition aborigène, ces troncs restent convoités. Certains deviendront des instruments de musique, offrant de subtiles résonances par l'espace libéré. Les fameux didgeridoos.
D'autres comme ici* deviendront des Lorrkkons, sorte de cercueil à ciel ouvert. Les os du défunt, concassés et mélangés à l'ocre sacré y seront accueillis dans ce glaive planté en terre.

L'arbre avait puisé son énergie dans les forces telluriques. L'insecte a stoppé le processus. Puis l'homme disparu, dont on taira le nom durant la phase de deuil, va réhabiter l'espace vacant.

Sa substance rouge s'y dissout progressivement dans une sorte de sablier géant. Les éléments se conjuguent. L'homme poussière revient au sol tandis que le tronc poursuit sa dégradation progressive.
Puis le défunt retrouvera son nom dans la mémoire collective, une fois le processus achevé.

La symbolique est puissante et magnifiée par le travail de hachures rituelles abstraites ou rarrk déjà évoqué sur le blog, ici ou .





















(*) Lorrkkon, Hollow log 2008212 x 20 cm. © John Mawurndjul
Provenance : Maningrida, Palya Art, Maison de vente Gaïa
© Collection privée Brocard-Estrangin
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