lundi 7 juin 2010

Donner l'exemple : un art aborigène sous contrôle ?


Le 30 mai dernier se tenait une nouvelle vente d'art aborigène organisée par la maison Gaïa.
Certains lots ne manquaient pas d'intérêt avec des grands noms de la communauté de Papunya comme Makinti Napanangka, Ronnie Tjampitjinpa, ou bien Naata Nungurrayi.
Mais les résultats flirtent finalement avec ceux de la dernière vente de Tajan en Mars dernier, déjà évoquée dans ce billet sur les affres du marché de l'art aborigène.

Sept jours plus tard, les résultats de la vente ne semblent pas publiés sur leur site. Cependant si l'on considère les biens disponibles en "after sales", il est assez aisé de se faire une idée.
Sur le catalogue de la vente, on trouve 16 pages avec une moyenne de 5 peintures par page : soit 80 pièces. Dans la partie "après ventes", 11 pages offrent 55 œuvres à vendre.
Il semble donc qu'uniquement 32% des toiles présentées ont trouvé preneur.
Un score faible une fois encore.

Les raisons ne manquent pas : une crise financière qui s'éternise. Une qualité des œuvres en progrès mais qui laisse encore un peu à désirer.
Et éternel débat, des provenances encore peu suffisantes pour des collectionneurs avertis : des photos de l'artiste remplacent bien souvent les certificats des communautés quand cela pourrait être possible.

Je reconnais que c'est injuste de soumettre les Aborigène à ces règles. Personne n'a jamais reproché à Picasso de peindre de multiples toiles et dessins en signant juste une partie et sans passer par des regroupements d'artistes ou des comités pour les vendre.
Cette approche et cette rigueur sur la provenance, revient presque à mettre sous tutelle les artistes et cela pourrait être inacceptable.

Cependant, si l'on peut souhaiter que cette approche rigoriste soit temporaire, le temps que ce marché de l'art aborigène gagne en maturité, elle est aujourd'hui souhaitable. Elle évite en effet l'exploitation malsaine par des "carpet-baggers", et apporte un revenu équilibré à l'artiste comme à sa communauté. Cela favorise un développement souvent au plus profond de l'outback, là où la vie économique reste très fragile, et permet la construction d'antenne médicale, ou encourage encore une redistribution de cette manne sur les nombreux artistes bien moins côté que les grandes stars.

Je comprends le choix de l'expert ayant préparé la vente, souhaitant offrir une vue large sur l'art aborigène sans se focaliser toujours sur les certificats. Son expérience lui permet de reconnaître la patte des artistes et les prix souvent accessibles n'encouragent que fort rarement des faux.

Néanmoins, si certains peuvent accepter de payer entre 500 et 3000 Euro pour une œuvre décorative, il est fortement exagéré de proposer des œuvres au delà de 10 000 Euro sans une provenance garantie. En effet jamais l'artiste n'a touché la grande partie de cette forte somme, ce qui est loin d'être juste. Un droit de suite vient d'ailleurs d'être mis en place afin de permettre aux artistes vivants et à leur ayant droits de profiter des reventes successives des toiles, ceux-ci gardant la propriété intellectuelle et les droits d'image de leurs créations.

J'oserais espérer dans les futures ventes un distingo plus net entre œuvres décoratives et toiles de haut niveau.
Les peintures d'art aborigène décoratives se défendent bien face à d'autres créations d'artistes inconnus en Europe et qui ont de grandes chances de le rester. Le style, les effets sont magnifiques et généreux et peuvent séduire dans un budget plus léger un très large public. Tant mieux. C'est une peinture plaisir tout simplement. Qu'importe la rigueur tant que l'on reste comblé à petit budget.

En revanche, quand nous sommes en face de toiles importantes, la provenance devient plus fondamentale comme évoqué plus haut. Elle permet également une revente éventuelle sans soucis aussi bien chez Sotheby's que dans d'autres maisons de vente aux enchères à l'international. Il convient de ne pas perdre cela de vue et par conséquent d'inviter les maisons françaises à donner l'exemple.
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