mercredi 7 avril 2010

Au gré des circonvolutions de l'arbre, l'empreinte des siècles

@ Photo de l'auteur
Arbre suspendu des Alpes maritimes.

Il y a presque 20 ans, je révisais mon droit dans une ancienne propriété de Provence, tout un été. Ce fut un mois dans une sorte de prison dorée, entre nature à perte de vue, pré-montagnes, grand-père et amis de la famille. Les journées étaient interminables. Les efforts de concentration difficiles.

Les seuls échappatoires consistaient à grimper la montagne, seul, en croisant biches et renards à l'occasion. Armé d'un appareil photo, j'aimais flirter avec les limites de la propriété sur les crêtes.
Tout du long, les arbres morts formaient comme une ligne de sentinelle.

Je fus impressionné par ces pins soldats, figés entre deux états, grillés par la foudre. Ils semblaient tout à fait morts, dépouillés de leurs écorces, mais encore bien présents dans la finesse des branchages.

Il existait en eux comme le pari impossible, d'une vie encore perceptible, d'un espace temps arrêté, d'une majesté imperturbable.
Les veines du bois suggéraient une vigueur suspendue, un combat perpétuel et inexorable contre les éléments.

La densité de la matière, la cohérence de l'ensemble commençait à se fissurer. Des lignes de fracture apparaissaient. Ce qui fut un deviendrait multiple. L'arbre fondrait un jour pour rejoindre bientôt l'atome.

Longtemps ces arbres m'ont accompagné dans la poésie de leur disparition. Les photos sont restées mais eux n'existent plus aujourd'hui.
Dans ce cliché, au gré des circonvolutions, l'empreinte des siècles s'exprime.

2 commentaires:

myriam a dit…

Quelle superbe série de photographies ! Et indéniablement je sens une osmose entre ces clichés et un certain nombre d'œuvres aborigènes que vous nous avez fait découvrir ...

Bertrand a dit…

Bonjour Myriam,

Merci pour votre visite. Quelle bonne idée que ce concept d'osmose. Si je me souviens bien de mes notions de physique, on parle de pression osmotique et de flux et reflux en fonction du taux de salinité ?
Peut-être en effet ces photos prises quelques années avant mon intérêt pour l'art aborigène furent-elles comme un chemin m'invitant, me pressant dans d'autres directions.

J'aime beaucoup dans l'art aborigène cette capacité à résumer, symboliser des paysages, en quelques "lignes de vie" abstraites, conjuguant immensité et proximité, présent et passé, objet et spiritualité...