dimanche 11 avril 2010

Affres du marché de l'art aborigène ?

Depuis quelques mois, on assiste en Europe à un intérêt grandissant pour l'art aborigène. Des musées enrichissent leurs collections d'art contemporain ou d'art "premier" de façon plus ou moins éclairée. De nouveaux galeristes virtuels ou avec "pas de porte" lancent de multiples expositions couplées à des conférences pertinentes ou décalées, et cela avec plus ou moins de succès.
Des maisons de vente aux enchères en France comme Tajan ou Gaïa, s'y engouffrent avec énergie...
Des groupes de discussion apparaissent dans les réseaux sociaux ou sur Twitter...

C'est incontestable, l'art aborigène devient presque à la mode avec des effets bénéfiques et néfastes. D'un côté, cela encourage les artistes à créer des œuvres. Toute peinture d'art aborigène trouve aussitôt un acheteur en Australie, de la main à la main dans la rue, à travers les réseaux des communautés ou dans les "temples" des galeries.
De la toile documentaire pour touriste, à l'œuvre décorative ou au chef d'œuvre, les distances restent néanmoins importantes.

Les résultats de deux ventes aux enchères illustrent ce phénomène où le meilleur peut côtoyer le plus modeste.
Prenez par exemple la maison Tajan s'essayant à l'art aborigène dans une vente le 17 Mars dernier. Sur 52 tableaux d'art aborigène proposés, seul 7 furent vendus, ce qui représente juste 13% des lots. Un très mauvais score. Les raisons peuvent être recherchées dans différentes directions :
  • l'absence de provenance claire et sérieuse pour les toiles présentées ?
  • la présence irrégulière de certificats délivrés par les communautés d'artistes ?
  • une sélection d'œuvres pas toujours à la hauteur d'un évènement comme celui-ci ?
Cette tentative s'avérait pourtant intéressante. Il reste à espérer que la maison Tajan, connue pour la qualité et l'ambition de ses ventes, tentera d'autres initiatives avec plus de succès.

A l'inverse la maison de vente aux enchères Deutscher and Hackett en Australie, s'est illustrée par une vente d'art aborigène assez remarquable le 24 mars dernier, juste une semaine après Tajan. Plus de 60% des lots furent vendus, avec quelques records pour de jeunes artistes.
C'est d'ailleurs ce point qui me séduisait particulièrement, avec le rassemblement de toiles historiques (1972), de peintres émergents et d'artistes plus confirmés. Dans cet éventail les organisateurs ont réuni ce qui se fait de mieux en art aborigène, avec une sélection sans aucun compromis sur les provenances. Je vous invite à la découvrir en suivant ce lien.

Ces dernières années, deux expositions-ventes d'art aborigène furent également organisées sur Bruxelles, avec un succès plus que mitigé. A peine 3 toiles furent vendues à chacune de ces occasions.

De la même façon, les ventes de certaines galeries ont bien plus été portées (en chiffre d'affaires) par les acquisitions successives du Musée du Quai Branly et du Musée des Confluences de Lyon, que par les achats des quelques rares collectionneurs en France.

Et pourtant à côté de cela, le marché de l'art contemporain se porte à merveille. Certes il a souffert de la crise, mais le prix des toiles atteint toujours des sommets en comparaison de celles de l'art aborigène. Dés lors il convient de s'interroger :
  • S'agit-il d'une incompréhension face à cette forme d'art ?
  • Du manque de repères culturels ?
  • D'une histoire qui n'est pas la nôtre ?
  • D'une complexité peu accessible ?
  • D'un écartèlement jamais résolu en art "ethnographique" et art contemporain ?
Difficile de répondre. Le mouvement s'affirme pourtant comme bien vivant, avec de multiples jeunes artistes talentueux. Sans doute s'agit-il d'un des seuls mouvements artistiques identifiés, cohérents et inventifs autour du XXIe siècle...

De belles reconnaissance arrivent également des Etats-Unis avec une exposition d'art Aborigène au MET à New-York il y a quelques mois, ou d'Europe avec de fort belles expositions au AAMU (Aboriginal Art Museum d'Utrecht) dont la dernière "Crossing frontiers" sur Paddy Bedford.

Peut-être l'art aborigène ne rencontrera-t-il jamais un marché important. Tant pis ou tant mieux car avant tout quel régal pour les yeux, le cœur et l'intelligence des amateurs.
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