mardi 30 mars 2010

Créativité des peuples nomades et individualité


© Parlka (Barramundi) by Sonia Kurarra
Mangkaja Arts. 120 x 90 cm.
With the courtesy of Short St Gallery, Broome.

© Collection privée Brocard-Estrangin

L'émergence d'artistes dans les communautés aborigènes a toujours suscité une certaine réserve dans le monde de l'art. Pour beaucoup d'observateurs les anciens nomades reproduisaient des mythes, des rêves selon des codes convenus, dans une sorte de pédagogie de la répétition.
Nous étions loin de ces ruptures introduites par les artistes contemporains occidentaux.

Puis apparurent dans l'art aborigène des individualités. Du batik aux multiples productions de toiles acryliques, tout d'un coup un artiste se trouvait en situation d'inventeur, adoptant un style propre, reconnaissable entre tous, subtile. Cet élan créatif prenait forme et ouvrait la porte à une avancée vers un nouveau langage artistique, les prémisses d'un nouveau mouvement.
Certains grands maîtres de 26 à 80 ans, continuent d'enseigner aujourd'hui leurs techniques, la dynamique impulsée par un nouveau degré d'abstraction dans la complexité, ou à l'inverse d'une spontanéité fulgurante et audacieuse... Il n'y a pas d'âge pour devenir mentor ou coach des plus jeunes s'essayant aux pinceaux.

De temps en temps cela m'amuse d'entendre des galeristes spécialisés parler sans ambage de tel ou tel mouvement un peu "boring", glissant vers l'ennui. Certes, les toiles y sont magistrales, captivantes, délicatement inventives, mais souvent dans une logique sans surprise.

En innovation, comme en art, la rupture confine au Saint Graal. Artistes et galeristes la recherchent avec une soif inconsolable. Il s'agit du code, de la clef vers un autre univers, une autre dimension créative.

C'est sans doute cela qui me plait chez les Aborigènes où se concentrent finalement tant de talents et d'artistes. Leur capacité à éveiller cette force d'expression, à l'élever au rang d'un métier, peut-être le seul qu'on leur autorise sans difficulté, laisse songeur... surtout si l'on pense à d'autres peuples artistes des Tassilis du Sahara, de Lascaux ou de la grotte Cosquer...

Avons-nous oublié notre potentiel artistique ? Ou bine ces peuples disposaient-ils d'une élite chaman-artiste ? Difficile de trancher. Le pourcentage d'artiste s'avère tellement plus important dans ces anciens peuples nomades, non capitalistes, libérés de l'appât du gain, convertis à une autre forme d'harmonie et d'éveil...

L'artiste Sonia Kurarra déjà présentée sur le blog ici, réalise des toiles de plus en plus surprenantes. Si elle a commencé à peindre dans les années 90, ses créations prennent un nouveau virage depuis près de deux ans. Elle couche aujourd'hui sur la toile les formes épurées presque abstraites des plantes et animaux de sa région marécageuse, avec une palette de couleur assez inattendue.

Dans la toile présentée plus haut, un fond délicatement nuancé de vert cède ici la place à une composition aérienne et tumultueuse de motifs blancs et nacrés. Dans cette approche pétulante, offrant un chaos spontané, se détache une structure équilibrée, signifiante et probablement séduisante ?
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