mercredi 5 août 2009

Inuit et Aborigène : un art passeport citoyen

© Jutai Toonoo, Kraft Dinner.
Cape Dorset. Serpentine. 11" x 8.5" x 7"
with the courtesy of Inuit Gallery in Vancouver
Collection privée Brocard II



En quelques années j'ai appris à apprivoiser, à connaître les déserts du Yemen, d'Israël, Jordanie ou Irak.
La première rencontre un peu difficile fut avec ces étendues constituées uniquement de pierres sèches, brûlées par le soleil. Certes elles étaient grandioses, immenses, mais ressemblaient aux paysages de certains treks en Montagne vers les 3000 mètres d'altitude, là où la végétation se fait rare et cède la place au minéral. Ce n'était pas tout à fait neuf. Dans ces pierres atomisées, il n'existait pas ce niveau de perfection visible dans les dunes.

L'impression fut très différente au Sahara, mon premier vrai désert de mer de sable. Une exitation un peu folle, l'envie de courir sur les dunes, dans les creux. Une émotion forte comme une petite boulle de feu iradiant votre ventre. C'était le désert, le vrai, l'absolu. J'y étais comme un enfant, émerveillé.

Lors de nos marches, je pouvais y rencontrer ses habitants visibles ou invisibles, accompagnés de leurs chargements ou de leurs témoignages en pierre ou en gravure. Nous pouvions y ressentir des présences, imaginer les lieux, les époques, ouvrir notre regard et nos âmes à plus de simplicité. Ces anciens apparaissaient là dans le creux d'un rocher, dans une meule polie croisée en chemin, dans une paroie peinte.

Finalement, le nomadisme, la vie itinérante, ses cohortes d'objets légers, furent ma porte d'entrée vers l'art aborigène et l'art inuit, dans un jeu de correspondances et d'émotions partagées.

C'est en 1948, que la sculpture Inuit prend un élan contemporain. Désoeuvrés, marginaux, les inuits périclitaient, oubliés dans cette phase de transition du nomadisme vers des communautés plus sédentarisées.
Quelques années tard, en 1971, les aborigènes d'Australie prenaient également le chemin de l'art en peignant une école de la communauté de Papunya. L'art devenait chez eux une sorte de passeport citoyen, ouvrant à une reconnaissance culturelle et à la récupération de certaines terres. Enfin après quelques siècles de colonisation, les aborigènes trouvaient une petite place dans un monde économique capitaliste aux antipodes de la philosophie nomade.

Inuits, Aborigènes, ces deux peuples entrèrent dans le chaudron de l'art contemporain par accident. Certes ils étaient artistes dans leur âme et dans leurs chairs depuis toujours... Mais leur entrée dans le monde de l'art fut presque le fruit du hasard. Avec à chaque fois, une rencontre, l'intérêt et la sensibilité d'un occidental. C'est bien la volonté farouche de quelques individus, leurs invitations multiples qui firent basculer ces peuples en péril dans un dynamique vertueuse et noble de création.

Dans l'oeuvre Inuit ci-dessus, sculpture de la région de Cap Dorset, intitulée "Kraft Dinner", différents messages sont inscrits sur la pierre.
L'artiste Jutai Toonoo y souligne ici un message sybillin : "It wasn't too long ago when only people well off had weight problems..., I don't trust Santa".

Il attire sans doute notre attention sur les questions liées aux bouleversements alimentaires induits par la sédentarisation et les pathologies associées : diabète, cholestérol, carries, affectent en effet ces populations hier épargnées.

Les trois visages présents dans cette composition, soulignent de façon assez classique et subtile la cohésion de la cellule familiale inuit. Cependant sur cette oeuvre, une sorte d'élan semble suggérer un éloignement, un éclatement de celle-ci comme dans d'autres oeuvres de l'artiste.
La tête centrale semble donner naissance à un autre visage plus éloigné, comme une pensée vers un être cher ou des enfants maintenant autonomes.

Le grain de la serpentine est fin et offre des nuances multiples de vert. Une certaine force émane de l'ensemble. Ce fut suffisant pour m'aider à prendre une décision.

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