mardi 9 juin 2009

Quelle est la différence entre une toile décorative et une œuvre d'art ?


Margaret Scobie. Bush Medecine Leaves. Utopia. 150 x 135 cm.
Collection privée

Quelle est la différence entre une toile décorative et une œuvre d'art ? Vaste question posée par des amis il y a peu. Le sujet a certainement été traité ailleurs avec talent. Cependant dans le domaine de l'art Aborigène et en particulier de la communauté d'Utopia il prend une saveur particulière.

Certains galeristes diront en effet que la toile de Margaret Scobie ci-dessus est une peinture décorative. Certes elle ne porte pas un message "ancestral" lié aux temps du rêve (temps immémoriaux et mythologiques de la création du monde) mais traite des plantes médicinales collectées dans le bush australien. Elle pourrait être dés lors "décorative" car elle ne véhicule pas un sens ou message particulier ?

D'autres observeront les effets visuels produits sur la toile et parleront d'un caractère esthétique plaisant à l'oeil, sympathique, dans la ligne des œuvres d'autres artistes comme Gloria Petyarre, également sur les terres d'Utopia. Elle peut plaire tout simplement.

D'autres encore évoqueront l'importance de la production de tableaux de ce type dans une logique de multiplicité versus l'unicité d'une création. Cette déclinaison de très nombreuses fois d'un thème, les idées de répétition ou de séries multiples... ne conviendraient guère à l'idée d'œuvres d'art...

Je me souviens de la remarque d'un spécialiste, évoquant ces seuils de rupture, où naissent des individualités, des styles personnels, l'émergence d'un courant. Certains objets, certaines toiles sont les témoins de ces changements, de ces ondulations et deviennent presque des manifestes. En cela ils acquièrent un nouveau statut et flirteraient avec l'idée d'œuvre d'art.

Certaines personnes pourraient dire, cette toile séduit, flatte le regard, mais ne provoque pas, ne suscite pas de question. Elle est là c'est tout, présente, porte d'harmonie et c'est déjà bien suffisant.

Des amis évoquèrent les effets de mode, l'influence de conservateurs ou conseiller en art attachés à faire naître des artistes, à les valoriser. La logique de prescription pourrait être un passeport vers la reconnaissance d'une oeuvre d'art. C'est une question d'époque et de tendance.

Certains galeristes souligneront la rareté des œuvres disponibles, feront jouer l'émulation entre collectionneurs selon l'équation : ce qui est rare est cher, moins disponible et donc plus exceptionnel...

Le distingo entre objet décoratif et objet d'art pourrait être sans fin... Reste que je ne regrette pas l'acquisition de cette toile de Margaret Scobie (cousine de Gloria Petyarre et nièce d'Emily Kngwarreye) au tout début de mes aventures sur les chemins d'une collection. Un mouvement particulier du vent sur les feuilles, les subtilités bicolores de ces plantes médicinales, ouvrent une fenêtre vers un autre univers de guérison chamanique.
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