mardi 26 mai 2009

Dialogue entre art inuit et art aborigène : un destin, une histoire nomade


© Family, by Lucy Tasseor Tutsweetok, Eskimo point.
© Collection privée Brocard-Estrangin
Il existe assez peu de similitudes entre l'extrême chaleur du bush australien et le froid glaciaire inuit, excepté peut-être un destin ou une histoire nomade.

Ce fil rouge, cette itinérance me touche dans sa résonance et pérennité à travers les peuples premiers, comme un lointain écho de vérités plus essentielles à redécouvrir aujourd'hui, sur les rythmes biologiques de l'Homme, sur l'intimité durable avec la nature.

Cette statue de l'artiste inuit Lucy Tasseor Tutsweetok (1934-), représente dans une semi-abstraction une famille eskimo. Les visages sont à peine suggérés par quelques incisions dans la pierre, en mémoire des dessins sur le sable composés avec son grand-père dans sa jeunesse. Les bras restent absents ou épousent les formes du basalte.
Ce grand maître inuit préfère travailler en douceur la roche, la surface naturelle du matériaux invitant à y lire les traits aléatoires d'un visage.

Dans cette famille, la tête du père domine l'ensemble. Ses deux bras et épaules se confondent avec le visage de la mère sur la gauche de la sculpture, et celui de l'enfant sur la droite. Ce dernier présente une tête couchée dans le dos maternel comme s'il était bercé ou porté.

Cet ensemble souligne la cohésion de la cellule familiale, les liens étroits de solidarité entre les membres dans cet univers hostile, dans une sorte de communion avec la matière brute de la pierre. Cette impression est renforcée par un étrange igloo sur la droite, habitacle précaire et chaleureux de ce foyer nomade.

Cet objet figure maintenant au dessus d'un meuble avec d'autres sculptures inuits. Ils témoignent modestement et avec force d'une spiritualité et d'un savoir en déshérence. Ils deviennent l'incarnation d'une culture en péril.
A côté d'eux quelques peintures aborigènes expriment dans l'abstraction un autre univers nomade. Apogée d'une civilisation ou chant du cygne, l'art devient dans ces communautés le seul vecteur témoin de ce qu'ils furent. La création artistique s'y affirme comme un passage de témoin, une source de revenu incontournable pour une improbable subsistance des mythes et messages aborigènes et inuits.

Pour en savoir plus sur cet artiste, je vous invite à lire la fiche sur Lucy dans Wikipédia, à découvrir un article du Musée de l'homme, ou à vous rendre sur le site de la Spirit Wrestler Gallery.
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