mercredi 18 février 2009

Ascendance : Victor Baltard dessiné par Ingres en vente chez Christie's (vente Yves Saint Laurent et Pierre Bergé)

Portrait de Victor Baltard, architecte des Halles de Paris,
par Jean-Auguste-Dominique Ingres -
Mine de plomb sur papier.
Photo prise dans les années 1980 dans la famille
avant que cette oeuvre n'entre dans la collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé.
Vente à venir du 23-25 février. Christie's - Paris.

Il y a quelques années sortait le livre d'art sur l'oeuvre de Louis-Pierre (1764-1846) et Victor Baltard aux Editions du Patrimoine - monum. Nous nous retrouvions près de 80 descendants de ces architectes du XIXe siècle à l'Ecole Stanislas à Paris, afin d'écouter une conférence un dimanche par l'auteur Pierre Pinon.

C'était la première fois que l'auteur de cette monographie d'architectes se retrouvait pour un de ses livres devant une partie des descendants des artistes, plus d'un siècle après leur disparition.
Il était ému de partager avec nous ses découvertes, son voyage dans la correspondance, les projets d'architectes, tous déposés aux archives nationnales.

Face à un tel auditoire il nous livrait avec humour des anecdotes sur Louis-Pierre, père de Victor qui remontait en nageant la Seine à contre courant pendant que sa famille marchait sur le quai près du Louvre. C'était une autre époque !

La famille élargie continuait depuis lors d'organiser quelques rencontres familiales chaque année, de diffuser un bulletin de famille et préservait quelques souvenirs. Un portrait de Victor, puis de son épouse (réalisé par Ingres en 1836 dans les jardins de la villa Médicis) figuraient ainsi encore dans notre famille plus éloignée jusqu'en 1985.

Yves Saint Laurent et Pierre Bergé acquérirent celui de Victor Baltard, grand prix de Rome en 1833, élève de la villa Médicis où il rencontra Ingres et Flandrin qui peignit également le portrait de sa fille Paule. Il réalisa les Halles de Paris (1851 et 1857), l'Eglise Saint Augustin (1860-1871), fut en charge de la rénovation des Eglises de Saint Germain des Prés, de Saint Etienne du Mont... lorsqu'il était architecte en chef de la Ville de Paris sous Haussmann.

Son père Louis Pierre réalisa comme chef d'oeuvre le palais de justice de la ville de Lyon, et fut en charge de terminer les derniers éléments du Panthéon à Paris. Il réalisa également de nombreuses gravures de l'ouvrage de Napoléon sur la campagne d'Egypte que je m'amuse de temps en temps à collecter. Et fut le premier professeur de dessin et d'architecture de l'Ecole Polytechnique créée par l'Empereur.

Aujourd'hui à l'occassion de la vente de la collection d'Yves Saint Laurent et Pierre Bergé, le dessin de cet ancêtre se retrouve sur le marché de l'art. L'idée de l'acquérir me dépasse totalement. J'espère qu'un membre fortuné de la famille élargie pourra néanmoins se le permettre...

De mon côté je m'amusais à retrouver la médaille donnée à Louis-Pierre Baltard le jour de la création de la "Société Centrale des Architectes" en 1843.


"Le beau, le vrai, l'utile". © Collection Brocard II
Médaille d'admission à la Société Centrale des Architectes.
Louis Pierre Baltard, le 27 mai 1843.


Une note accompagnant le portrait de Victor Baltard dans le catalogue de la maison Christie's mérite le détour et met en perspective avec acuité et reconnaissance le travail de Ingres.
J'en reprends ici quelques éléments tirés des archives de la famille Baltard ou d'autres sources.

Victor Baltard : "Mr. Ingres a fait mon portrait samedi: jamais son crayon n'a rien fait de plus vivant; la manière est différente de ce qu'elle est ordinairement; avec la même précision, il y a une couleur qu'il ne donne pas ordinairement; il semble qu'il se soit servi de son pouce pour estomper dans certains endroits; ce chef-d'oeuvre a été enlevé en quatre heures.'.

Note de Christie's : ces quelques mots enthousiastes et admiratifs, consacrés au présent dessin, sont tirés d'une lettre envoyée de Rome le 6 septembre 1837 par Victor Baltard (1805-1874) à son ami le peintre Hippolyte Flandrin (1809-1864) (voir M.-M. Aubrun, op. cit., p. 121). Tous deux s'étaient rencontrés à Rome, alors qu'ils étaient pensionnaires à l'Académie de France à Rome, dirigée depuis 1835 par Ingres.

... Le départ de Rome du jeune ménage fut pour Ingres un véritable déchirement. Dans une lettre à Hippolyte Flandrin, le même à qui Baltard annonçait la réalisation du présent dessin, Ingres avouait: 'Nous aussi avons le coeur navré du départ, mieux dire un arrachement, de mes bons Baltard. Je ne puis vous dire combien ils nous manquent, lui, son aimable épouse et sa petite adorable fillette.' (lettre du 22 novembre 1838, voir D. Ternois, 'Lettres inédites d'Ingres à Hippolyte Flandrin', Bulletin du musée Ingres, no. 11, juillet 1962, p. 11).
Dans une correspondance à l'archéologue Raoul-Rochette, Ingres ajoutait: 'Nous avons perdu le charme de la plus aimable intimité...Plus de petite fille...' (Naef, 1977-80, op. cit., III, p. 253).

...A la mort du grand peintre, c'est Baltard qui est chargé de concevoir sa sépulture du cimetière du Père-Lachaise. Cette tombe, modeste et digne, est constituée d'une simple stèle décorée de quatre pilastres et d'une palme dans laquelle une niche carrée abrite un buste du peintre et ami.

Pierre Pinon dans "Louis-Pierre et Victor Baltard", Edition Monum : "On n'oubliera pas que Victor au-delà des polémiques, est de fait un des pionniers de l'architecture métallique...

Mais Louis-Pierre et Victor sont peut-être plus importants pour leur place dans l'histoire de la culture et de la profession d'architecte que pour leurs oeuvres architecturales elles-mêmes...

L'essentiel des Baltard est donc aussi ailleurs : dans le rôle de théoricien de l'enseignement et des prisons, de Louis Pierre, dans le rôle de l'architecte officiel, fonctionnaire qui gère des églises médiévales, qui est membre de tous les jurys et de toutes les institutions, de Victor."
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