mardi 2 décembre 2008

Redonner vie aux objets lors d'un repas entre amis ?

Cette semaine, je changeais différents objets de place dans mon appartement avant un dîner.
Deux statues en bronze présentées sur le blog, attirèrent le regard des invités une fois celles-ci disposées bien évidence sur la table basse.

Certains me demandèrent si ces deux magnifiques lionnes étaient nouvelles ? D'où elles venaient ? Quelle était leur histoire ?
C'est souvent une sorte de jeux, que de raconter l'histoire des objets. Chacun a ses petits secrets, sa dose d'exotisme, une collecte originale, ou reste porteur du message d'un peuple oublié... C'est leur langage... Ils me parlent...

Non ces deux statues n'étaient pas nouvelles. En fait elles étaient exposées dans l'apprtement depuis plus de 4 ans. Mais curieusement presque personne n'avait encore remarqué la finesse du travail du sculpteur, la chair presque vibrante suggérée par un moulé vigoureux dans le bronze, la noblesse d'expression des têtes de ces lionnes, souffrantes ou désabusées après une chasse infructueuse...

A chaque fois cela métonne. Comment des objets peuvent-ils passer ainsi entre les mailles du filet. Ils ne sont pas petits pourtant. Entre 6 et 8 kilos chacun pour ces deux bronzes...
La densité d'un intérieur égare peut-être le regard du visiteur. L'aura, le rayonnement de certains objets porte sans doute ombrage à d'autres.
Il en est des modes aussi. L'intérêt s'arrête en premier sur les objets dans l'air du temps, jettant dans le gouffre de l'oubli d'autres chefs d'oeuvres. Il n'y a pas de justice, ni de reconnaisance dans ce jeux.

Peut-être devrais-je plaider coupable dans ce domaine. Je suis seul responsable de la disposition des lieux. Rien n'est laissé au hasard. Des combinaisons s'établissent entre des thématiques d'objets de régions pourtant différentes. Des clins d'oeil improbables y interrogent les invités.
J'ai donc la responsabilité de faire tourner ces objets, de les placer en évidence. Chaque regard porté ainsi sur eux, leur redonne vie, comme un souffle de respiration.

Dans cet esprit ce soir là, je tentais également autre chose. Entre nous les silex taillés sont assez ingrats pour des néophytes. Cela reste un caillou, rien d'autre pour la majorité d'entre nous.
Pointes de flèche, haches taillées, haches polies, couteaux, grattoires... j'en dispose d'une large panoplie magnifique, vibrante des gestes des anciens, avec toutes les nuances jaspées des silex du désert du nord du Niger. Cela ne vous étonnera pas, mais personne ne les remarque.

Aussi ce soir là, je disposais ces outils sur la table, en guise de porte-couteaux, et de décoration de tour de table. Cela fait très "bobo" je reconnais, mais le résultat fut intéressant.
Ces objets si négligés passèrent de main en main. Une archéologue imagina et ré-inventa le geste de l'ouvrier lithique ce qui lança un débat sur la taille des silex. D'autres glissèrent leurs doigts dans les creux, s'étonnant de l'ajustement si approprié à leur main.

Le temps d'un dîner, ces outils étaient sous les feux de la rampe, bien plus que dans la vitrine d'un musée. Ils y retrouvaient le champ de leurs usages passés, en cuisine, aux temps lointains du néolithique...
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