jeudi 18 décembre 2008

Bonnes fêtes... Broderies russes à hauts reliefs...

Broderies russes à hauts reliefs, fin XVIIe siècle.
© Collection privée BROCARD II.

Dorure, velours rouge... Ces codes couleurs nous rapprochent de Noël et m'invitent à vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d'année. J'aimerais aussi vous remercier pour vos visites sur ce petit espace de partage et d'échange, "Sur les pas d'une collection". A bientôt en 2009. Avant cela quelques mots sur ces broderies bosselées, ou broderies à hauts reliefs russes.

Bien avant mon enthousiasme pour les tableaux, je collectionnais quelques étoffes anciennes. Des origines familiales du côté de l'ancienne Russie, m'invitèrent vers ces carrés de soie précieux brodés de fils d'or ou d'argent, au coeur de l'Empire des Tsars.

De la fin du XVIe au XIXe siècle, ils témoignent d'un raffinement et d'une maîtrise du tissage dans les pays de l'Est, que certains font remonter à une haute antiquité.

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La broderie d'or russe est caractérisée par la perfection de sa composition : toutes les représentations s'équilibrent réciproquement dans le plan et restent bien proportionnées, leurs contours sont soumis à un certain rythme intérieur et même l'espace non recouvert par la broderie garde le caractère d'un dessin ornemental. La composition reflétée dans un miroir avec une construction symétrique du dessin par rapport à un axe central vertical est caractéristique de la broderie d'or de la fin du XVIème et du début du XVIIème siècle. Le "peintre en chef" de ces temps ne se pose pas de problèmes de peinture, mais en revanche il est passionné par la recherche du rythme et la distribution des messes dans le plan. La particularité des couleurs de cette broderie constitue un mélange contrastant de l'or et de l'argent sur un fond foncé (de préférence noir ou rouge), ce qui donne à la broderie un aspect solennel."

"Pour la broderie ornementale de la deuxième moitié du XVIIème siècle, les dessins somptueux sont caractéristiques. De cette époque date une composition comportant, au centre, un motif fondamental doté symétriquement, des deux côtés, d'éléments complémentaires. Le plus souvent, il s'agit d'une grande fleur stylisée, richement élaborée, de laquelle partent des rameaux sinueux garnis de feuilles ou de fruits. De telles compositions rappellent, par leurs proportions et leur caractère, l'ornement des vignettes des incunables de l'ancien Moscou". * cf. sources en bas de page.
Dans ces étoffes se conjuguent des éléments totalement opposés, comme la douceur de la soie, et la dureté du métal, qui est presque effacée dans des fils précieux enroulé autour d'une trame de soie.

Broderies russes à haut relief, fin XVIIe siècle.
© Collection privée BROCARD II.

Les velours brodés de fils d'or ci-dessus composaient les éléments de parures religieuses comme les scapulaires des popes. Ils furent réutilisés ici dans la confection du pourtour d'un large coussin unique et rare. Celui-ci aurait pu orner le canapé d'un salon de l'ancienne famille Brocard à Moscou, ou un siège de leur musée.

De nombreux symboles chrétiens y figurent, comme un calice, un épi de blé, des grappes de raisin, le tout avec grâce et un foisonnement symétrique subtil. Le tissage de l'or aurait pu être identique d'un élément à l'autre, mais la créativité du tisserant s'y exprime dans le moindre motif, avec ici quelques zig-zag savamment disposés, ou des lignes parallèles. Tout cela ajoute un effet de mouvement et de bruissement, comme si la vie reprenait sur ce velours, accentuée par le chatoiement du métal.

(*) Source : "La broderie et la dentelle russes", L. Yefimova et R. Belogorskaïa, Office du Livre, Editions Vilo, Paris, 1982 pour la version russe, 1986 pour la version française. Et ce site bien documenté.
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