lundi 17 novembre 2008

Pérennité ou vacuité d'une collection ?

© Collection privée Brocard-Estrangin

Tête en bois pour surmodelage d'une tête de momie.
Egypte. Période Ptolémaïque tardive.
Il est des moments où je me demande ce qui motive la recherche d'objets, ce désir presque insatiable de réunir, de mettre en scène ces témoins d'un autre temps.
Ils traversent les générations et s'émoussent à peine. Ils racontent leurs histoires à qui sait écouter le chant silencieux des peuples d'hier.

Entre durée et fragilité, ce visage en bois de palmier parle. Séché comme une brindille par les vents du désert, il porte aux commissures des lèvres des traces de chaux, comme un masque mortuaire affiné aux traits du visage du défunt.
Dans le creux des yeux, les craquelures de la matière suggèrent la peine des proches aujourd'hui disparus. Cette tête en forme de tronc, burinée par les injures de presque 20 siècles, souligne néanmoins avec son propre calendrier, une fin inéluctable.

Collectionner, revient peut-être à ouvrir d'autres fenêtres, en se mettant pourquoi pas dans la peau d'un sculpteur : observer l'objet sous tous les aspects pour y deviner les vibrations et lignes directrices de la pierre ou du bois ; le prendre en main, ressentir, extrapoler le geste.
Dans cet exercice, il existe comme une sorte de sublimation. L'objet s'efface pour laisser la place à son créateur. C'est un peu comme si vous traversiez la matière à sa rencontre. L'objet n'est pas encore. Il s'invente presque avec vous.
Puis il prend de l'âge. Sa surface est affectée par l'acidité des mains, les usages répétés. A tel point que les pigments, matières rituelles, fumées lui offrent une nouvelle peau.

Collectionner rassure certainement. Je me souviens d'un rêve lointain... Enfant, je me levais en pleine nuit, avec un rêve toujours en tête une fois la lumière allumée. Un peu comme si j'étais au centre d'un immense disque tournant, vide avec quelques meubles dénaturés, sans âme, froids, totalement étrangers et pourtant si proches au quotidien. Ce rêve étrange m'accompagna des années puis disparut.
Toujours est-il qu'aujourd'hui, un appartement épuré, un meuble vide, dégagé, s'il plait un temps, ne résistera pas à l'appel des objets...

Collectionner interroge également sur son propre chemin. Face à des objets millénaires, l'amateur d'art n'est cependant qu'une virgule dans la légion des collectionneurs.
Espèce rare, de temps en temps isolé, il n'a pas toujours l'occasion de partager sa passion mais y aspire. Il rassemble, partage, assemble au fil de sa vie...
Tel un passeur, l'amateur d'objets perçoit néanmoins peut-être plus qu'un autre la fugacité de son passage. Après lui, les objets porteront son message devenu silencieux, le témoignage d'un terrain exploré, de choix peut-être audacieux.

Une sorte de dialogue pourra même se prolonger dans les questions laissées aux descendants. Que faire de cette modeste collection ? Si je devais garder quelque chose, vers quoi porterait mon intérêt ? Quel objet serait le plus symbolique de l'être disparu et porterait un peu son esprit ?

Il s'agira peut-être d'un poids pour ses héritiers. Un fragile témoin. Au mieux garderont-ils quelques souvenirs "totem", emblématiques, conservés dans la famille. Tandis que le reste de la collection pourra prendre le chemin de la dispersion.
In fine, le collectionneur aura en guise de pierre tombale, un épitaphe composé par la litanie des provenances sur les catalogues de ventes aux enchères ou dans la base de données d'un nouvel amateur...
Reconnaissance ou vacuité d'une collection ?
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