samedi 11 octobre 2008

L'art aborigène aux frontières de la déco

Un tapis avec un design reproduisant une oeuvre Aborigène de l'artiste Minnie Pwerle.
Source : Vogue Living May 2008, tapis de la compagnie Designer Rugs.

"Comment l'art aborigène pourrait-il s'intégrer chez moi ?" me demandaient des amis il y a quelques temps. "Tu connais ma maison, cela irait-il avec mes meubles ?", ajoutaient-ils.
C'était une question relativement étrange car je ne suis pas décorateur. A la limite, en guise de réponse, ils pouvaient déjà voir quelques toiles dans mon appartement, mariées avec des meubles anciens ou sans âge... Et puis cette vision juste esthétique pouvait sembler un peu limitée par rapport aux différentes dimensions que véhiculent l'art aborigène.

Nous commencèrent donc à débattre d'un agencement potentiel, de ce qui se cache dans cet art du bout du monde. Au fil des idées, d'autres questions émergèrent autour de l'appartenance de l'art aborigène à l'art contemporain. Par exemple, dans un appartement très design, une toile des communautés fera-t-elle "art premier", primitive, art nègre, ou plutôt création branchée de peintres en vogue ? Toutes ces notions se mélangent un peu dans l'esprit d'un néophyte et firent justement l'objet de débats importants hier quant à la place à accorder à l'art aborigène. Celui-ci fut ainsi longtemps refusé dans les Biennales autour du monde. Aujourd'hui on pourrait dire qu'il a gagné ses titres de noblesse, au point que la création communautaire se personnalise de plus en plus. On va parler d'un artiste en particulier, rechercher une signature, autant de signaux qui sont souvent abracadabrants face à la culture profonde aborigène.

Il y avait dans cette question, également l'enthousiasme d'être charmé par l'art aborigène et d'envisager un jour une acquisition. Peut-être une certaine appréhension aussi. L'art aborigène pourrait-il devenir anecdotique ou prédominant dans un intérieur ? Va-t-il changer ma vision et me conduire à remettre en cause l'ensemble de la décoration ? Faut-il conjuguer les peintures entre elles ? Ou une toile toute seule, isolée, marginale, peut-elle habiter le lieu et ouvrir une fenêtre sur d'autres univers, tout simplement... Des soucis aux antipodes des nomades du désert, du temps du rêve. Tellement accessoires face aux enjeux du monde... Bien que, finalement cet intérêt mérite le respect dans cette propension à se porter acquéreur demain du témoignage d'une des plus anciennes cultures du monde, du presque seul moyen de leur subsistance.
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