mercredi 9 juillet 2008

Naissance d'une collection d'art aborigène


Rêve du Lézard Diable par Kathleen Petyarre ©, Utopia. 137,5 x 137,5 cm.
© Collection privée Brocard-Estrangin

Ce furent quelques pas. Un objet par çi, par là. Des découvertes, des enthousiasmes. Une impression de maîtriser le sujet. Puis d'être à nouveau perdu tant l'art aborigène est vaste. Un apprentissage en somme, formant un petit chemin vers ce je ne sais quoi...

Cet engagement, cette démarche n'avait pas de nom. C'était celle d'un amateur s'espérant éclairé. Pas toujours certes. Mais curieux, puis de plus en plus exigeant dans sa recherche des objets, des toiles...

Quelques visiteurs du blog soulignèrent qu'il faudrait un jour annoter, référencer, documenter tout cela. Ce fut une simple présentation power-point au début. Un fichier excel ensuite... J'étais de connivence avec Bill Gates dans le monde Microsoft. Puis ce travail documentaire changea d'outil pour aller sur des logiciels spécialisés suggérés par une galerie parisienne. Plus simples, plus appropriés, pour ranger par catégorie, enregistrer la vie des objets qui rentrent, qui sortent.

Ces petits pas s'apparentaient à ceux d'une tortue. Doucement, mais surement, je progressais vers une collection. Des contacts avec des représentants Austrade, du ministère de l'Economie Australien, me dirent d'un clin d'oeil qu'à partir de 30 toiles, il était envisageable d'évoquer une collection. Petite certes. Mais une collection tout de même.

Les semaines passèrent. Cette idée germait dans ma tête. Elle était sans forme, juste en devenir... Il y avait de l'ambition dans ce concept de collection. Le choix de ne pas s'arrêter en chemin, de continuer... Un pari sur l'avenir. Un engagement pour le futur. Cela était-il raisonnable. Les jours passèrent...

Quel nom donner ? Le sien ? Trop narcissique. Un nom inventé ? Cela ne serait pas pour me déplaire. J'en ai inventé un certain nombre dans mon boulot. Des marques internes, des noms de projets, des impulsions qui impriment un sens à un service, à quelque chose en devenir...

J'ai douté. Rejeté l'idée. Puis finalement ce soir, je me lance. Champagne ! C'est décidé. Une collection, modeste aujourd'hui, mais pleine de promesse, voit le jour. Elle s'appellera "Collection Brocard II". Un nom étrange me direz-vous. C'est vrai. Il y a presque de l'américain dedans. Comme ces dynasties familiales où les fils portent le prénom du père chiffré, générations après générations.

Et bien "Collection Brocard II" est un peu dans cet esprit. Il s'agit d'un hommage à un ancien de la famille. Cet homme est un peu oublié aujourd'hui en Russie et totalement dans le reste du monde. Henri Brocard était pourtant le fondateur en 1864 d'une entreprise franco-russe de parfumerie et de beauté qui fut la plus importante dans le monde en 1913*.

Dans le monde de l'art, Henri Brocard s'illustra en constituant avant 1900 une des plus importantes collection d'art privée en Russie, exposant celle-ci sur la place Rouge, l'ouvrant au public, partageant certaines de ses acquisitions avec le Musée de l'Hermitage. Son domaine de prédilection était les primitifs flamands. A sa mort, il avait rassemblé près de 10 000 oeuvres d'art, dont plus de 3 000 peintures, comme évoqué sur un autre blog. L'ensemble fut malheureusement nationalisé en 1917 lors de la révolution, et en partie dispersé aujourd'hui.

Donner le nom de "Collection Brocard II", restera donc juste un humble hommage à cet ancêtre. Il disposait de moyens considérables. Il me sera impossible de rivaliser. Je me prête à imaginer que son goût de la collection a traversé mes gènes.
Lors d'un master en marketing il y a quelques années, je développais un mémoire sur le "marketing des odeurs" pour m'apercevoir ensuite qu'Henri Brocard avait étudié l'impact des essences sur la psychologie humaine avant la fin du XIXe siècle. Un autre lien.
J'apprécie infiniment les plantes médicinales. Il en cultivait de multiples dans sa propriété de Moscou, avec tout son talent de parfumeur-créateur. Une nouvelle connexion.

Ces jeux de correspondance m'amusent, me nourrissent un peu. A travers cette collection en devenir, je releverai ainsi un peu la mémoire de ceux qui nous précèdent. Cela deviendra un juste tribut et une invitation à aller plus loin dans cette passion.

Longue vie à la collection d'art aborigène BROCARD II, à découvrir en partie ici !

(*) Sur base des chiffres d'affaire comparés des groupes industriels existants du secteur, dans le cadre d'une étude en cours de la Harvard Business University, à paraître fin 2009.
Enregistrer un commentaire