mardi 27 mai 2008

Rêve de la Prune Sauvage : les grandes dames d'Utopia

Utopia © "Rêve de la Prune Sauvage" de Angelina Kngale. 122 x 122 cm.
Collection privée, Bruxelles.

Depuis bientôt quatre ans je ne cesse de rêver de l'Australie. Du continent noir des aborigènes. De la terre rouge. Du sang versé. Du chemin de réconciliation entamé aujourd'hui. De mon plongeon dans ces peintures à Utrech au tout début, puis à Paris, Brussels, Londres, Sydney...

De plus en plus à distance, je découvrais cet art qui tutoie l'histoire de l'humanité. A travers notre culture, nos filtres, nos visions... j'appréhendais un autre univers, si différent, si proche de nos nomades d'Afrique. J'y retrouvais le vent du désert. Le souffle des mythes ancestraux. La fragilité de traditions préservées....

Ce furent quatre ans d'aventures artistiques au coeur des toiles aborigènes. Je m'y suis abîmé. Financièrement. Je m'y suis ré-inventé, transformé. Jamais mon regard ne sera le même. Aujourd'hui ces peintures m'accompagnent, habitent certains lieux, témoignent de cette fougue créative de l'humain.

La perception de mes proches changea tour à tour. Surprises. Doutes. Amusement. Inquiétudes... Puis une sorte de reconnaissance d'une originalité, d'une passion, d'un engagement pour ces arts premiers. Cela me ralentit un temps. M'imprima un élan. Confirma une certaine liberté. On ne vit qu'une fois !

Cette quête de l'art aborigène me fit toucher la fin d'un cycle. Celui où une passion atteint ses limites. La capacité à aller plus loin. A découvrir de nouvelles terres. A dégager des moyens pour cela, tout en restant dans la modestie d'une vie.
Tant d'autres avant rencontrèrent ces bornages. Où une collection invite au détachement, à ouvrir les frontières, à savoir libérer certaines oeuvres pour aller vers d'autres.

Ce ne fut pas un simple échange. Les toiles accueillies un temps, restent en mémoire, sont autant de galets sur un chemin. Celui que je n'ose encore appeler une collection. Si petite, si menue serait-elle face à la diversité des oeuvres aborigènes, des communautés, des courants, des styles, des techniques. Il y reste tant à découvrir...

Aujourd'hui, une nouvelle étape imprime ce parcours. Je viens de recevoir une oeuvre de San Francisco. Une toile de l'artiste Angelina Kngale, envoyée par la galerie Song Aboriginal Art et son excellent curateur. Elle rejoint ainsi une autre peinture présentée dans un billet du blog.

Je reste fasciné par ce travail du Rêve de la Prune Sauvage. Parmi les milliers de points bancs apparaissent délicatement quelques touches fines de couleurs. Vert, rouge, jaune... ils suggèrent les prunes sauvages, leurs étapes de murissement.
Des chemins de collecte s'y dessinent. Un itinéraire chanté voit le jour. Le tactile rejoint le symbolique.

Prenons de la hauteur. La terre s'éloigne. Les ancêtres sont au-delà des nuages. Le souvenir de la pluie s'aventure dans ces nuages percés par le soleil du désert.

Enfin la nuit tombe. Les lumières s'atténuent. Le ciel étoilé s'illuminent et apparaît la voie lactée.
Regarder cette peinture. Laisser s'évader son imagination. Se nourrir de la sérénité nécessaire à un travail si soigné. Contempler ces mouvements et ondulations douces, remplit le coeur de sagesse. L'ensemble envoute, invite en ces lieux. Quelle serait la visite de ces grandes dames de la communauté d'Utopia ?

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