samedi 8 mars 2008

Multiplicité des sens d'une peinture aborigène...

Je souhaiterais approfondir le sens de cette peinture. Réalisée par la jeune artiste Rosemary Pitjara, celle-ci me fut transmise sans aucun détail. Néanmoins la complexité de l'exécution, la richesse des symboles suggérés, les jeux audacieux des couleurs me séduisèrent.
En son centre se dessine comme un chemin de guérison, rythmé par un enchevêtrement de plantes médicinales de trois sortes différentes, ou à trois niveaux de maturité contrastés. Vert foncé comme une plante en pleine croissance, gorgée d'eau et de nutriments. Jaune comme l'herbe séchant quelques temps après la récolte. Blanc, comme les feuilles brûlées par un soleil de plomb ôtant tout pigment. Ces états alternent entre eux sur la toile dans un effet de balancier aléatoire.
Un mince filet de pointillés jaunes souligne chaque parcelle, suggérant soit un espace rituel, soit l'esquisse de quelques peintures corporelles utilisées lors des cérémonies réservées aux femmes.

En écho aux plantes récoltées par la gente féminine, répondent des lignes parallèles avec les mêmes nuances de couleur. Il pourrait s'agir de la suggestion des vagues imprimées par le sable dans le désert ou d'une autre alternative aux peintures ornant les responsables des rituels.

Le "chemin" en diagonale qui traverse la toile, est lui-même souligné par des lignes ourlées de vert. Comme une onde de choc, ou les crêtes de dunes à l'infini, ces lignes vertes se conjuguent dans une alternance de motifs floraux et géométriques. Cet effet de répétition concourt à donner un effet de perspective et de volume à la toile. Aux points cardinaux, les dunes de plus en plus petites, semblent ensuite s'évanouir.

Cette interprétation subjective ne couvre sans doute pas tous les sens attachés à cette oeuvre, en espérant également qu'elle ne les trahit pas. Il existe tellement de dimensions concomitantes, visibles ou sacrées, dans lesquelles s'expriment l'esprit complexe des aborigènes d'Australie, qu'une toile reste toujours un peu mystérieuse, dans une invitation à aller plus loin dans la découverte de cette culture.

L'artiste Rosemary Pitjara, née en 1970 dans la région d'Utopia, est la nièce d'Emily Knangwarreye.
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