Multiplicité des sens d'une peinture aborigène...
Je souhaiterais approfondir le sens de cette peinture. Réalisée par la jeune artiste Rosemary Pitjara, celle-ci me fut transmise sans aucun détail. Néanmoins la complexité de l'exécution, la richesse des symboles suggérés, les jeux audacieux des couleurs me séduisèrent.
{EDIT 9/03} A l'occasion de la mise sous chassis de la toile, je viens de reprendre une photo pour vraiment rendre justice à cette oeuvre. / {EDIT}.
En son centre se dessine comme un chemin de guérison, rythmé par un enchevêtrement de plantes médicinales de trois sortes différentes, ou à trois niveaux de maturité contrastés. Vert foncé comme une plante en pleine croissance, gorgée d'eau et de nutriments. Jaune comme l'herbe séchant quelques temps après la récolte. Blanc, comme les feuilles brûlées par un soleil de plomb ôtant tout pigment. Ces états alternent entre eux sur la toile dans un effet de balancier aléatoire.
Un mince filet de pointillés jaunes souligne chaque parcelle, suggérant soit un espace rituel, soit l'esquisse de quelques peintures corporelles utilisées lors des cérémonies réservées aux femmes.
En écho aux plantes récoltées par la gente féminine, répondent des lignes parallèles avec les mêmes nuances de couleur. Il pourrait s'agir de la suggestion des vagues imprimées par le sable dans le désert ou d'une autre alternative aux peintures ornant les responsables des rituels.
Le "chemin" en diagonale qui traverse la toile, est lui-même souligné par des lignes ourlées de vert. Comme une onde de choc, ou les crêtes de dunes à l'infini, ces lignes vertes se conjuguent dans une alternance de motifs floraux et géométriques. Cet effet de répétition concourt à donner un effet de perspective et de volume à la toile. Aux points cardinaux, les dunes de plus en plus petites, semblent ensuite s'évanouir.
Cette interprétation subjective ne couvre sans doute pas tous les sens attachés à cette oeuvre, en espérant également qu'elle ne les trahit pas. Il existe tellement de dimensions concomitantes, visibles ou sacrées, dans lesquelles s'expriment l'esprit complexe des aborigènes d'Australie, qu'une toile reste toujours un peu mystérieuse, dans une invitation à aller plus loin dans la découverte de cette culture.
L'artiste Rosemary Pitjara, née en 1970 dans la région d'Utopia, est la nièce d'Emily Knangwarreye.





4 commentaires:
C'est la 2ème fois que j'essaye d'envoyer un commentaire et j'ai un message d'erreur...
Je disais que cette toile est impressionnante dans la mesure où parfois on a l'impression qu'elle est un morceau de broderie tellement elle est riche détaillée. C'est un excellent choix et ton récit la mets encore plus en valeur:-)
Il est vrai que ce tableau fascine par l'impression de volume qui est rendu, cette diagonale serpentiforme qui ne fait qu'enfler sous le regard. Ce n'est pas la même région, mais chez les Abelam, en Papouasie-Nouvelle Guinée, le fait de dessiner des hachures et ce de manière adéquate, permettait de rendre le tableau brillant. Cela s'opposait au "terne" ; si cette "brillance" était obtenue, alors elle favorisait la manifestation des ancêtres (Mais je crois que c'est expliqué par Morphy dans l'article From Dull to brilliant, non pas chez les Abelam mais chez les Yolngu en Terre d'Arnheim,.. peut-être est-ce sous-jacent ici ?)
@ Détails / Sipane
Merci de persévérer car c'est toujours un plaisir de vous lire. Je pensais avoir simplifié l'envoi de commentaire avec Blogger... Visiblement ce n'est simple. Sans doute lié à toutes les options qu'ils offrent pour créer des liens avec d'autres plateforme... Je viens de mettre en ligne une meilleure photo à l'occasion de la mise sous chassis pour ce dimanche pluvieux... Bonne semaine,
Bertrand
@ Détours des Mondes
Bonjour Lyliana,
L'effet de brillance est en effet passionnant chez les Aborigènes. Je ne savais pas qu'il y avait également des effets de ce type recherchés en Papouasie Nouvelle Guinée...
J'évoquais dans d'autres billets, en effet l'effet de brillance en particulier dans les nacres peintes Lonka Lonka où se conjuguent les motifs "vibratoires" et les reflets de la nacre.
Dans les commaunautés du désert central, des effets de brillance peuvent être visibles chez les artistes de Papunya. Je pense en particulier à Elisabeth Marks Nakamarra évoquée dans un post, sa fille Nellie, ou bien le grand Ronnie...
Effectivement dans le nord, le Rarrk, peut également souligner un effet vibratoire, appel aux anciens... J'apprécie beaucoup dans ce sens le travail de John Mawurdjul, fort renommé, qui a peint en France le planfond de la librairie du Musée du Quai Branly.
Merci pour vos derniers billets sur l'Océanie, dont celui sur les Churingas, passionnant. A bientôt,
Bertrand
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