dimanche 9 mars 2008

Badinage de collectionneur II...

A quelques jours près, cela fait 4 ans que je suis tombé en art aborigène. Je ne pourrais que remercier le musée d'Utrecht et son intéressante galerie du rez de chaussée. Grâce à elle, j'achetais ma première peinture.

Quelle bonne idée d'associer une galerie à un musée. Imaginez tous ces visiteurs après leur découverte d'une exposition. Face à la révélation d'un choc esthétique, certains se trouvent délaissés, abandonnés à leurs bouquins. Alors qu'une galerie attenante leur permettrait éventuellement d'entretenir la flamme naissante d'une passion pour l'art.

Certes, il serait difficile d'acheter aujourd'hui un Georges de la Tour, ou bien un Monnet. Mais l'enthousiasme soulevé par leur découverte, pourrait très bien se sublimer dans une oeuvre contemporaine accessible, dans la continuité de cette initiation réussie à l'art.
Combien de jeunes artistes seraient heureux de participer à cette symbiose "du musée... aux artistes" ?

Cependant acheter une peinture s'avère un chemin jonché de barrières psychologiques. Pour un même budget, une famille hésiterait bien moins face à un écran plat. Mais pour une peinture c'est différent, jubilatoire et stressant à la fois.
On hésite. On tente d'appréhender le montant. On a peur de se tromper.

Quelle est la fiabilité de mon goût ? Tel un chaland, peut-être me suis-je laissé séduire par la mise en scène de la galerie ? Ce vendeur, cette vendeuse ne m'ont-ils pas influencé ? Comment cette toile habitera chez moi ? Qu'en penseront mes proches ?

Les questions sont multiples. Presque comme si votre personnalité prenait un tournant. Un peu comme si vous changiez de monde.
Vous aimez l'art. Vous achetez des oeuvres. Et la cohorte d'évolutions et de qualificatifs jusqu'au stade de collectionneur. Vous devenez prêt à affronter le jugement des autres. Vous prenez des risques. Vous vous détachez du lot. Vous affirmez vos goûts dans l'achat d'une oeuvre...

J'ai du mal à expliquer ce premier stress d'hésitation. Des amis ressentirent la même angoisse quel que soit le montant de l'oeuvre achetée. Il pourrait il y avoir une explication très vénale. Laissons cependant de côté les spéculateurs. Ceux qui calculent par anticipation le montant investi aujourd'hui et de ce qu'il donnera demain. Et regardons plutôt l'acheteur néophyte, qui se laisse juste séduire par une toile représentant une bonne partie de son salaire. C'est une somme !

Il envisage de l'utiliser pour acquérir un tableau d'un artiste peu connu. Il y a vraiment un peu de folie là-dedans. Un geste d'abandon. Il est prêt à sacrifier cette somme sur l'autel d'une émotion. Il n'a pas beaucoup de ressources mais il s'expose.
C'est tellement différent des grands collectionneurs d'art qui disposent de moyens presque illimités. Eux créent la tendance, influencent les côtes.
Lui, il trace sa route à pied, humblement. Ses choix sont pensés, loin des autoroutes du marché. Il ne pourra jamais ou juste par chance, acheter une oeuvre d'un artiste déjà connu, tant les listes d'attente sont longues, ou les galeries préfèrent vendre à des grands noms pour développer la valeur des oeuvres.

Cet acheteur néophyte aura donc une approche de l'art pondérée par son propre cheminement, et ses enthousiasmes sincères... Sur cette route il deviendra un véritable amateur cherchant à appréhender l'oeuvre, à échanger avec elle, à développer ses connaissances de la matière, du style, du sens véhiculé... Il acceptera de se laisser apprivoiser par ces créations.

Cette rencontre intime avec l'art ne le laissera peut-être pas indemne. Par cette entrée, puis une immersion probable dans une collection même modeste, il construira quelque chose, il poursuivra un engagement, se nourrira d'un dialogue quotidien avec les oeuvres.

Certains s'intéressent à la dimension thérapeutique de l'art, dans la phase de création ou de contemplation. Reste que cette rencontre avec l'esthétisme confinant au beau, nourrit la pensée, le coeur, émousse des sentiments plus sombres, accompagne l'amateur dans son parcours lui donnant quelque chose de rare et d'exceptionnel...

Au delà des matériaux, au delà de la simple représentation, c'est un peu comme si chaque oeuvre était un cadeau de l'artiste, comme l'offrande de son univers, d'un message, du témoignage d'une philosophie de vie.

La peinture de Katleen présentée plus haut fut évoquée dans un précédent billet.
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